Par Richard Redding Antiques
Pendules et objets d'art d'exception XVIIe-XIXe siècle
Cette importante pendule de cheminée Empire finement ciselée représente le dieu Apollon couronné de laurier, debout près d'une boîte en forme d'autel et tenant une lyre drapée. Elle constitue un exemple exceptionnel et pleinement documenté de l'horlogerie parisienne Empire, portant les signatures conjointes de deux des bronziers les plus importants de la période, Claude François Rabiat et Pierre Chiboust, associées à une signature horlogère sur le cadran et à une composition sculpturale d'après un modèle célèbre de Pierre Philippe Thomire.
Sujet et iconographie
Le programme iconographique réunit les deux plus grands musiciens de la mythologie classique. Apollon, dieu olympien de la musique et de la poésie, préside la composition depuis sa position près de l'autel, la lyre tenue nonchalamment dans sa main comme s'il venait de s'interrompre de jouer. En dessous, le socle à gradins porte un fin bas-relief représentant le mythe d'Orphée et Eurydice, le ...
... musicien mortel qui tenta de ramener sa bien-aimée des Enfers par la puissance du chant. Une procession de divinités entoure la scène centrale. Les quatre lions ailés soutenant la base introduisent un registre impérial supplémentaire, faisant écho au langage sculptural monumental que Thomire développa pour le mobilier des palais de Napoléon.
Les auteurs de cette pendule Empire
Le revers de la boîte en bronze porte les signatures de Claude François Rabiat et de Pierre Chiboust, plaçant cette pendule au sein de l'un des partenariats les mieux documentés du commerce du bronze parisien au début du XIXe siècle.
Claude François Rabiat (1756 à 1815) était un fondeur-ciseleur parisien, reçu maître en 1778 après avoir été formé sous Étienne Vignerelle. Depuis son atelier de la rue Beaubourg, il fournissait des bronzes dorés aux bronziers et horlogers les plus éminents de l'Empire, notamment Pierre Philippe Thomire, Claude Galle, Pierre Victor Ledure, Feuchère, Bailly et Mallet. Des œuvres portant sa signature sont conservées au Mobilier National, au Château de Compiègne et dans les collections des anciennes résidences impériales.
Pierre Chiboust, actif à Paris vers 1806 à 1824, travailla aux côtés de Rabiat et reprit son atelier de la rue Beaubourg après le décès de Rabiat en 1815. Les bronzes portant la signature Chiboust se trouvent aujourd'hui dans de grandes collections européennes et sur le marché international, et sont cités dans la littérature savante comme représentatifs de la meilleure production parisienne Empire et du début de la Restauration.
La présence conjointe des deux signatures sur une même boîte constitue une preuve documentaire des années de transition autour de 1815, lorsque Chiboust consolidait sa succession à la maison tout en continuant à marquer les pièces du nom de Rabiat. Cette pendule représente ainsi une référence importante pour l'étude de la phase tardive de l'atelier Rabiat.
Le modèle d'Apollon debout près de la boîte en forme d'autel dérive d'une composition de Pierre Philippe Thomire (1751 à 1843), nommé « ciseleur de l'Empereur » en 1809 et premier bronzier parisien de l'Empire. Le bas-relief d'Orphée et Eurydice et les bases à lions ailés appartiennent au vocabulaire décoratif que Thomire développa pour ses pendules à portique dans les premières années du XIXe siècle.
Le mouvement
Le cadran en émail blanc à chiffres romains et deux aiguilles ajourées est signé Rabiat & Cie et Schüller Horloger, ce dernier généralement identifié à Mathias Schüller (mort en 1844). Le mouvement parisien sonne les heures et les demi-heures sur une cloche, avec suspension à fil de soie, et porte le numéro 1344 C au revers de la lunette. D'autres marques de fonderie visibles au revers comprennent le poinçon S.H frappé deux fois sur la base architecturale, un E sur le chant de la lyre et un E correspondant sur la douille du cadre servant de marques d'assemblage, ainsi qu'un G dans un cartouche carré au revers de l'applique. La pendule est complète avec sa clef.
Caractéristiques
Dimensions : hauteur 65 cm, largeur 45 cm, profondeur 21 cm.
État : la lyre détachée et frappée d'une marque d'assemblage E. La dorure au mercure conservant sa patine originale riche avec seulement de légères usures par endroits et quelques verdigris isolés. Le cadran en émail avec légères éclats. Complète avec sa clef.
Paris, vers 1810.
Bibliographie
H. Ottomeyer et P. Pröschel, Vergoldete Bronzen. Die Bronzearbeiten des Spätbarock und Klassizismus, 2 vol., Munich, 1986. P. Kjellberg, Encyclopédie de la pendule française du Moyen Âge au XXe siècle, Paris, 1997. J. D. Augarde, Les ouvriers du temps. La pendule à Paris de Louis XIV à Napoléon Ier, Genève, 1996. E. Niehüser, Die französische Bronzeuhr. Eine Typologie der figürlichen Darstellungen, Munich, 1997. J. Niclausse, Thomire, fondeur ciseleur 1751 à 1843 : sa vie, son œuvre, Paris, 1947. Tardy, Dictionnaire des horlogers français, Paris, 1972, p. 295 (sur Rabiat).
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