Par Richard Redding Antiques
Pendules et objets d'art d'exception XVIIe-XIXe siècle
D'après un modèle de Gabriel Grupello (Geraardsbergen, 1644 – Kerkrade, 1730)
France, XVIIIe siècle
Bronze à patine brune ; socles en bronze doré
Hauteur : 27 cm (avec socle)
Paire de statuettes en bronze à patine brune de belle qualité de fonte, représentant Atalante et Méléagre, la célèbre chasseresse et le héros du mythe calydonien, chacune montée sur un socle en bronze doré à pieds en volutes dans le goût Louis XV.
Atalante se tient en léger contrapposto, le bras droit tendu en avant dans un geste impérieux, tandis que la main gauche tient un arc. Un carquois rempli de flèches est passé en bandoulière dans son dos. Elle est vêtue d'une courte tunique de chasseresse et de brodequins lacés, avec un drapé mouvementé. À ses pieds, un lévrier est couché, la tête relevée avec vigilance ; derrière elle se dresse un tronc d'arbre coupé servant de support formel. L'arrière du socle porte le chiffre romain XIV. Méléagre, son pendant, tourne la ...
... tête vers la gauche avec un léger sourire, présentant de ses deux mains la tête du sanglier calydonien. Un chien de chasse se tient alerte à ses côtés. Il est vêtu d'une tunique classique dont la chlamyde retombe sur l'épaule, le traitement du drapé témoignant de la vigueur du modelé baroque flamand caractéristique de l'atelier de Grupello.
La fonte est de haute qualité tout au long des deux figures, avec une ciselure soignée dans les chevelures, la musculature et le pelage des animaux, et une patine brune chaude et régulière.
Le sujet
Le mythe de la chasse au sanglier de Calydon est l'un des plus célèbres de l'Antiquité classique, narré avec la plus grande ampleur dans les Métamorphoses d'Ovide (Livre VIII). Selon Ovide, Diane avait envoyé un gigantesque sanglier ravager la région de Calydon pour punir le roi Œnée de ses sacrifices négligés. Son fils Méléagre rassembla les chasseurs les plus habiles de son temps pour abattre la bête. Parmi eux se trouvait Atalante, vaillante chasseresse qui fut la première à blesser l'animal, permettant à Méléagre de lui porter le coup fatal. En hommage à sa bravoure, il lui offrit la tête du sanglier — geste qui suscita la jalousie des autres chasseurs et enclencha la chaîne tragique d'événements menant à la mort du héros. Le sujet connut une faveur toute particulière dans l'art baroque flamand et français, en tant qu'allégorie de la chasse comme domaine à la fois de la vertu guerrière et de l'amour courtois.
Gabriel Grupello et le modèle
Gabriël Grupello (1644–1730) fut un sculpteur baroque flamand d'une exceptionnelle polyvalence, auteur de sculptures religieuses et mythologiques, de portraits et d'œuvres monumentales en marbre, ivoire et bronze. Formé à Anvers dans l'atelier d'Artus Quellinus l'Ancien, il étudia ensuite en Italie, puis passa deux années à Paris et à Versailles, où il apprit la technique de la fonte du bronze et travailla aux côtés de ses compatriotes Philippe de Buyster, Gerard van Opstal et Martin Desjardins. En 1695, il fut nommé sculpteur officiel de la cour de l'Électeur Johann Wilhelm du Palatinat à Düsseldorf, la commission sculpturale la plus prestigieuse des pays de langue allemande à cette époque. Son œuvre de jeunesse révèle une tendance classicisante héritée de son séjour français, qui s'épanouit en Flandre en un baroque plein, nourri du cercle de Rubens — synthèse qui définit ses bronzes mythologiques.
Le modèle de Grupello représentant Atalante et Méléagre en paire de statuettes indépendantes fut l'une de ses compositions les plus largement diffusées, reproduite tout au long du XVIIIe siècle dans la production des fonderies françaises et franco-flamandes. La présente paire, avec son drapé au modelé vigoureux, ses accessoires animaliers finement travaillés et ses socles caractéristiques du goût Louis XV, est représentative d'une production d'atelier français de haute qualité du milieu et de la seconde moitié du XVIIIe siècle.
Une paire étroitement apparentée, d'après le même modèle, est reproduite dans Hans R. Weihrauch, Europäische Bronzestatuetten 15.–18. Jahrhundert, Braunschweig, 1967, p. 378, fig. 461 et 462, référence scientifique de premier ordre pour les statuettes en bronze européennes de cette période.
Provenance
Collection Arlette et Antony Embden, France.
Bibliographie
Hans R. Weihrauch, Europäische Bronzestatuetten 15.–18. Jahrhundert, Klinkhardt & Biermann, Braunschweig, 1967, p. 378, fig. 461–462 (paire apparentée d'après le même modèle).
Note sur l'inscription XIV : le chiffre romain gravé à l'arrière du socle d'Atalante indique vraisemblablement un numéro de fonderie ou de série au sein d'une édition répertoriée, pratique courante dans les grands ateliers de bronziers français du XVIIIe siècle, et constitue un précieux indicateur que ces bronzes faisaient partie d'une édition documentée.
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