Par Galerie PhC
Tableaux anciens des XVIIè, XVIIIè et XIXè siècles.
Ecole Napolitaine vers 1755/1770, Ulysse et ses compagnons affrontant Scylla. Attribution à Carlo Bonavia (actif de 1755-1788 ; meurt en 1788)
Huile sur papier marouflé sur toile de 55 cm par 38 cm.
Cadre de 74 cm par 57 cm.
Ulysse et Scylla
La scène représente très vraisemblablement un épisode du chant XII de l’Odyssée d’Homère : le passage d’Ulysse et de ses compagnons entre Scylla et Charybde, au cours du voyage de retour du héros vers Ithaque après la guerre de Troie.
Prévenu par Circé du danger qui l’attend, Ulysse doit faire franchir à son navire un étroit passage maritime dominé par deux périls. D’un côté se trouve Charybde, gouffre marin qui engloutit puis rejette les eaux de la mer ; de l’autre, Scylla, créature monstrueuse dissimulée dans une caverne au milieu d’une falaise abrupte. Homère décrit Scylla pourvue de six longs cous terminés chacun par une tête redoutable. Au passage des navires, le monstre surgit de son antre et ...
... saisit simultanément six marins. Circé avait averti Ulysse qu’il valait mieux sacrifier six compagnons que risquer la perte du navire et de tout son équipage.
Le peintre semble avoir choisi précisément l’instant culminant du récit. Le navire d’Ulysse longe dangereusement une imposante paroi rocheuse tandis que Scylla, presque confondue avec l’obscurité de son antre, déploie ses différentes têtes en direction de l’équipage. Plusieurs compagnons d’Ulysse sont arrachés au navire et emportés vers la falaise. Cette disposition correspond remarquablement au texte homérique, dans lequel Ulysse raconte avoir vu les mains et les pieds de ses compagnons s’élever au-dessus du navire tandis qu’ils l’appelaient une dernière fois.
L’identification à Scylla est renforcée par la topographie même de la composition. Chez Homère, le monstre n’apparaît pas librement dans la mer : il demeure caché dans une caverne située dans une haute paroi rocheuse, d’où ses longs cous et ses têtes se projettent pour saisir les navigateurs. Le peintre a précisément organisé son paysage autour de cette relation entre la masse verticale de la falaise, la cavité obscure, le monstre et le navire contraint de passer à proximité.
Le paysage joue ainsi un rôle narratif essentiel. La falaise monumentale occupe une grande partie de la composition ; une végétation sauvage s’accroche à ses anfractuosités tandis que les vagues viennent se briser à sa base. Le navire antique, dont les flancs sont ornés de boucliers circulaires, est pris dans une mer agitée. La petitesse des figures humaines face à la roche et à la mer accentue le caractère dramatique et sublime de l’épisode.
Attribution
L’œuvre peut être située dans le contexte de la peinture napolitaine de paysage de la seconde moitié du XVIIIe siècle, probablement vers 1755–1770. Plusieurs caractéristiques ont conduit à envisager une attribution à Carlo Bonavia.
Le premier rapprochement concerne le traitement de la mer. Les vagues sont construites par des masses gris-bleu et gris-vert, animées de crêtes claires et d’une écume blanc-crème appliquée en touches rapides. Cette conception atmosphérique de la marine appartient au courant profondément marqué par Claude-Joseph Vernet qui se développe à Naples au milieu du XVIIIe siècle et dont Bonavia est l’un des représentants les plus caractéristiques. Les œuvres de Bonavia ont d’ailleurs été fréquemment confondues avec celles de Vernet.
La construction des rochers fournit un second élément de comparaison. La falaise n’est pas décrite de manière analytique mais construite par juxtaposition de grandes masses brunes, ocres, gris-beige et crème. De petits rehauts clairs et parfois presque crayeux soulignent certaines cassures tandis que les anfractuosités sont obtenues par de profondes masses sombres. La végétation est intimement liée à cette structure rocheuse : petits arbres tortueux sortant des fissures, branches fines, racines pendantes et feuillages constitués de masses sombres ponctuées de petites touches claires.
Cette association d’une nature observée et d’un paysage largement recomposé est particulièrement caractéristique de Bonavia, dont les paysages et marines mêlent volontiers réalité et invention.
Les personnages présentent également des analogies avec le staffage de ses œuvres : silhouettes rapidement construites, petites têtes sombres, membres indiqués par quelques touches franches, rehauts de chair et accents rouges ou ocres permettant aux figures de se détacher du paysage. L’importance inhabituelle accordée ici à l’action mythologique n’est pas incompatible avec l’artiste : les sources anciennes qualifiaient Bonavia aussi bien de peintre de vues que de peintre d’histoire, précisément en raison de la présence de personnages en action dans ses compositions.
Un élément matériel mérite enfin une attention particulière. Une marine signée de Bonavia représentant un vaisseau dans une mer agitée au large d’une côte rocheuse est également exécutée à l’huile sur papier marouflé sur toile, technique identique à celle de la présente œuvre. Cette correspondance de support et de technique, associée aux rapprochements stylistiques concernant la mer, les rochers et la végétation, constitue un argument supplémentaire en faveur de l’attribution proposée.
Carlo Bonavia
La biographie de Carlo Bonavia demeure mal connue et ses origines restent incertaines. Actif à Naples durant la seconde moitié du XVIIIe siècle, il est principalement documenté par ses œuvres, dont les tableaux datés connus s'échelonnent de 1755 à 1788.
Peintre de paysages et de marines, Bonavia s'inscrit dans la tradition napolitaine héritée de Salvator Rosa et de Leonardo Coccorante, tout en subissant profondément l'influence de Claude-Joseph Vernet, au point que leurs œuvres ont parfois été confondues. Il développe toutefois une manière personnelle, caractérisée par une touche plus libre, des tonalités souvent crayeuses et une prédilection pour les côtes rocheuses, tempêtes, naufrages, cascades et paysages imaginaires.
Ses compositions associent fréquemment une nature spectaculaire à de petites figures de pêcheurs, marins ou voyageurs ; il introduit également dans certains paysages des sujets littéraires ou mythologiques. Rochers accidentés, végétation sauvage, effets atmosphériques et eaux animées constituent les éléments caractéristiques de son vocabulaire.
Bonavia semble avoir bénéficié d'une importante clientèle internationale, notamment parmi les voyageurs du Grand Tour, ce qui explique la présence ancienne de plusieurs de ses œuvres dans les collections britanniques. Sa production, aujourd'hui relativement rare, occupe une place originale dans le paysage napolitain du XVIIIe siècle, à la rencontre de la tradition méridionale et du renouvellement de la peinture de paysage introduit en Italie par Vernet.
Conditions générales de livraison :
Tous nos tableaux bénéficient d'un emballage soigné et sécurisé. Pas de restrictions géographiques.
Retrouver le mobilier ou les objets d''art similaires à « Ecole Napolitaine vers 1755/1770, Ulysse et Scylla- Attribution à Carlo Bonavia » présenté par Galerie PhC, antiquaire à Troyes dans la catégorie Tableaux XVIIIe siècle Louis XV, Tableaux et dessins.