Par Poncelin de Raucourt Fine Arts
Richard Caton Woodville, Junior
Britannique, 1856–1927
Le capitaine Kennedy, du 1er Royal Dragoons, capturant son premier Aigle à Waterloo
Crayon, aquarelle et gouache rehaussés de blanc sur papier
Porte une ancienne étiquette inscrite au revers ; inscription au crayon le long de la marge inférieure
50 × 39 cm
Exécuté vers 1894
Provenance
Ealing Gallery, Londres ;
Collection particulière, Royaume-Uni.
Richard Caton Woodville Junior fut l’un des plus célèbres peintres militaires britanniques de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Formé à Düsseldorf et à Paris, et étroitement associé à l’Illustrated London News, il développa un langage pictural dans lequel l’exactitude historique, l’intensité dramatique et une virtuosité technique exceptionnelle se trouvent réunies avec une rare efficacité. Ses meilleures œuvres ne se contentent pas d’illustrer des épisodes militaires : elles les transforment en moments de tension, de ...
... mouvement et de mémoire nationale.
La présente feuille est une étude préparatoire d’une qualité exceptionnelle pour une peinture à l’huile. Elle représente l’un des épisodes les plus symboliques de la bataille de Waterloo : la capture d’un Aigle impérial français par le 1er Royal Dragoons. L’Aigle français, placé au sommet de l’étendard tricolore, n’était pas un simple trophée militaire. Il constituait le signe de ralliement du régiment, l’emblème visible de l’armée napoléonienne et un symbole de l’honneur impérial. S’en emparer au combat était donc un acte d’une portée symbolique considérable, comptant parmi les plus éclatantes marques de victoire sur les forces napoléoniennes.
Woodville choisit ici l’instant décisif. Le capitaine Kennedy Clark se dresse sur sa selle, le bras tendu, tandis que la masse sombre de son cheval domine le centre de la composition. Face à lui, le porte-étendard français tente de retenir l’Aigle, son corps projeté en arrière par la violence de l’affrontement. La composition repose sur un puissant réseau de diagonales : l’épée, le mouvement du cheval, l’élan de l’étendard et la chute du soldat français se combinent pour créer une image d’une énergie remarquable.
La qualité d’exécution est saisissante. Les soldats environnants sont laissés dans un crayon rapide et nerveux, donnant l’impression que la bataille se déploie autour de la scène principale. À l’inverse, le groupe central est porté à un degré de finition extraordinaire. Le cheval est modelé par de profonds lavis sombres et de brillants rehauts de blanc ; le casque, l’épée, les brides et les détails de l’équipement militaire sont décrits avec une précision éblouissante ; l’étendard capturé est rendu avec un subtil jeu de plis, de lumières et de gris translucides. Le résultat dépasse largement le simple stade de l’étude : il s’agit d’une feuille très aboutie, presque picturale en elle-même.
Le sens du contraste dramatique est particulièrement remarquable. Le cheval noir, projeté au premier plan, devient l’ancrage visuel de toute la composition, tandis que l’étendard clair et les éclats de gouache blanche attirent le regard vers le cœur symbolique du sujet : l’Aigle capturé. Les rehauts de blanc confèrent au dessin un puissant clair-obscur et une brillance presque métallique, notamment dans le traitement de l’armure, du harnachement et des armes.
L’ancienne étiquette au revers, identifiant l’œuvre comme une étude pour une peinture à l’huile, est importante. La feuille conserve à la fois la spontanéité de la première conception et le degré d’achèvement d’une composition soigneusement élaborée. Elle permet de comprendre le processus de Woodville dans ce qu’il a de plus séduisant : la mise en place rapide du mouvement et du tumulte de la bataille, puis l’exécution précise et très raffinée de l’épisode principal.
Le sujet possède également une forte résonance historique. La capture de l’Aigle du 105e régiment d’infanterie de ligne français à Waterloo devint l’un des grands trophées de la charge de la cavalerie britannique. L’épisode fut ensuite associé à la fois au capitaine Alexander Kennedy Clark et au caporal Francis Stiles, ou Styles, dont les rôles respectifs dans la capture firent l’objet de discussions dans la mémoire régimentaire. Cette tension entre fait historique, héroïsme et légende donne à l’image une profondeur supplémentaire. Woodville ne se contente pas de représenter un événement : il façonne l’un des moments emblématiques par lesquels Waterloo fut commémorée en Grande-Bretagne.
L’importance de ce dessin réside donc dans l’union rare de son sujet, de son format et de son exécution. Comme œuvre sur papier, il est d’une qualité exceptionnelle, avec un niveau de finition rarement rencontré dans une étude préparatoire militaire. Comme image historique, il représente l’un des actes les plus symboliques de la bataille de Waterloo : la saisie d’un Aigle napoléonien, emblème de la France impériale, au moment même de sa défaite. Il s’agit ainsi à la fois d’un exemple brillant de l’art de Woodville dessinateur et d’une image puissante de l’histoire militaire britannique.
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