Par Poncelin de Raucourt Fine Arts
DEMANDE D'INFORMATIONS
EDUARD VEITH
(Neutitschein, 1858 – Vienne, 1925)
Deux études de demi-nus féminins, vers 1900
Fusain sur papier chamois
26,5 × 32,5 cm
Cachets de la succession de l’artiste au recto et au verso ; au recto, cachet cursif « Eduard Veith » et cachet « NACHLASS / E. VEITH / WIEN »
Formé à l’École des arts appliqués de Vienne auprès de Ferdinand Laufberger, qui compta également Gustav Klimt et Franz Matsch parmi ses élèves , Eduard Veith appartient à la génération qui assura la transition entre le grand décor historiciste de l’époque de la Ringstrasse et la sensibilité symboliste de la Vienne fin-de-siècle. Sa carrière prit un essor décisif en 1887 avec la décoration du Neues Deutsches Theater de Prague, avant de se poursuivre dans plusieurs théâtres autrichiens et étrangers, notamment au Volkstheater de Vienne. Il acquit également une grande réputation pour ses décors de la Neue Burg et pour la frise monumentale de l’ancien hôtel ...
... Meißl & Schadn, dans la Kärntner Straße.
L’importance de Veith tient moins à une rupture avant-gardiste qu’à la synthèse particulièrement accomplie qu’il opéra entre peinture monumentale, culture théâtrale et imaginaire symboliste. Tout en demeurant attaché à une conception savante et idéaliste de la figure, il introduisit dans ses compositions une sensualité atmosphérique et un goût pour les héroïnes mythologiques, les nymphes et les personnifications féminines qui l’inscrivent pleinement dans la culture visuelle de « Vienne 1900 ». Le Leopold Museum classe ainsi son œuvre à la jonction de l’historicisme et du symbolisme.
La présente feuille réunit vraisemblablement deux recherches de poses indépendantes, plutôt que les éléments d’une scène déjà arrêtée. À gauche, une jeune femme vue à mi-corps tourne le visage vers le haut ; la précision du modelé des yeux, de la bouche et de la chevelure contraste avec le traitement plus elliptique du buste. À droite, une seconde figure, plus ample, se déploie suivant une longue diagonale : le bras tendu, le renversement de la tête et la torsion du torse confèrent à la pose une qualité presque chorégraphique, caractéristique d’une étude destinée à une composition allégorique ou décorative.
Veith exploite ici avec virtuosité les ressources du fusain. Les contours, parfois à peine indiqués, alternent avec de larges passages estompés ; les réserves du papier font affleurer la lumière sur les épaules et la poitrine, tandis que les zones sombres disposées autour des visages en accentuent le relief. Cette opposition entre des corps lumineux et un environnement volontairement indéterminé éloigne la feuille du simple exercice académique et lui donne le caractère évocateur d’une vision.
Une datation vers 1900, dans une fourchette raisonnable comprise entre 1895 et 1905, paraît la plus convaincante. La souplesse du trait, l’allongement décoratif de la figure de droite et le caractère rêveur des modèles correspondent à la période de maturité durant laquelle Veith peint notamment le Jungbrunnen vers 1895, Die Königstochter avant 1902 et les Nymphes près d’une fontaine vers 1905. Aucun lien direct ne peut toutefois être établi, en l’état, avec l’une de ces compositions : la datation demeure donc stylistique plutôt que documentaire.
Les œuvres de Veith sont aujourd’hui conservées dans plusieurs des principales collections viennoises. Le Belvedere possède notamment le Jungbrunnen, les Nymphes près d’une fontaine, Die Königstochter et Alberich et les filles du Rhin ; le Wien Museum conserve son Autoportrait avec un modèle de 1885 ainsi que le Triomphe de Vindobona, projet pour le Volkstheater daté de 1888. Le Leopold Museum conserve Persée et Andromède, tandis que le MAK – Museum für angewandte Kunst possède un ensemble important de dessins et de documents issus de son atelier.
Les marques visibles sur la feuille doivent être considérées comme des cachets de succession et non comme des signatures autographes. Le MAK conserve des dessins provenant de la succession Veith, entrée en 1929, portant eux aussi un cachet « Eduard Veith / NACHLASS ». Ces marques confortent donc la provenance de l’atelier de l’artiste, sans fournir à elles seules d’indication chronologique.
Par sa liberté graphique et par l’élégance expressive de ses deux figures, cette feuille constitue un témoignage particulièrement séduisant de la manière dont Veith élaborait le type féminin idéalisé qui occupe une place centrale dans son œuvre symboliste et décoratif.
Bibliographie de référence :
Silvia Freimann, Eduard Veith (1858–1925). Kommentierter Werkkatalog mit Werkverzeichnis, Berlin, 2011.
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