Par Franck Baptiste Paris
Rare et spectaculaire pendule faisant office de candélabre à quatre bras de lumières.
Elle est composée d’un socle rocaille en bronze ciselé, doré et ajouré sur lequel repose un grande sujet en porcelaine de Chronos, symbolisant une allégorie du temps sous les traits d’un vieillard ailé muni d’une faux.
A l’arrière du socle se déploie une structure en fer forgé et tôle peinte, figurant un arbuste naturaliste aux branches sinueuses entièrement garnies de fleurs polychromes en porcelaine dont des roses, oeillets, chrysanthèmes, marguerites, renoncules, anémones…
Au centre de l’arbuste, fixé sur le tronc, figure le boitier en bronze à décor d’agrafes d’acanthes qui renferme le mouvement d’horlogerie.
Ce dernier est signé sur la platine arrière et sur le cadran « Gilles l’ainé à Paris ».
Le cadran émaillé blanc présente des chiffres romains pour les heures et des chiffres arabes pour les minutes.
Il sonne les heures et les ...
... demies.
-L’important sujet de Chronos (37 cm) en porcelaine de Meissen, est attribuable au sculpteur-modeleur Johann Joachim Kaëndler (1706-1771) ; il est mentionné dans les registres de l’année 1747.
Ce sujet fût probablement conçu à l’origine comme un porte-montre pour recevoir le mouvement dans le médaillon présenté par Chronos.
Un exemplaire similaire était présent dans la collection René Fribourg (sa vente, Sotheby’s New York Octobre 1963)
D’autres exemplaires sont conservés dans les collections de Burghley House, au musée de Seattle ou encore au Landesmuseum Wurttemberg de Stuttgart.
-Les fleurs en porcelaine pâte tendre sont attribuables à la « fleurisserie » de la manufacture de Vincennes.
-La signature du mouvement et du cadran de notre pendule est celle de l’horloger Pierre II Gille (1723-1784).
Après sa réception à la maîtrise le 18 novembre 1746, en tant que fils de maître, Pierre II Gille installe son atelier rue Saint-Martin, rue Saint-Denis et rue aux Ours. Au début de sa carrière il travaille avec son père, puis dirige son propre atelier au milieu du XVIIIe siècle et rencontre immédiatement un immense succès auprès des grands collectionneurs. A la mort de son père en 1765, Pierre II Gille reprit sa signature, apposant ainsi sur ses pièces la marque « Gille l’Aîné à Paris ».
Enfin, relevons qu’au XVIIIe siècle, des pendules portant la signature « Gille L’aîné » étaient mentionnées chez le marquis de Brunoy, le prince Charles de Lorraine, le puissant fermier-général Perrinet de Jars, le duc de Gramont, le prince de Condé et Auguste II de Saxe.
Notre pendule qui est le fruit du travail d’un bronzier, d’un horloger et de deux manufactures de porcelaine fût commanditée par un marchand parisien du temps de Louis XV, vers 1750-1760.
Ce type de réalisation au goût « Pompadour » très prononcé était l’apanage des plus grands marchands merciers comme Lazare Duvaux (1703-1758) , Simon-Philippe Poirier (vers 1720-1785) ou Thomas-Joachim Hebert (1687-1773).
Bel état de conservation, dorure d’origine, mouvement d’origine, suspension à fil de soie, petits manques et éclats au fleurs et quelques fleurs postérieures.
Dimensions :
Hauteur : 81 cm ; Largeur : 61 cm ; Profondeur : 27 cm
Provenance :
Ancienne collection du parfumeur Jacques Guerlain (1874-1763)
Vente « The exceptionnel sale », 27 Novembre 2018 , Christies Paris , lot 504
Notre avis :
Notre pendule est une allégorie du temps qui passe et faisait office de memento mori, rappelant la fragilité de l’existence et l’inéluctable fuite du temps.
Par ses dimensions monumentales (81 cm), la présence de quatre bras de lumière intégrés, l’extraordinaire profusion de plus de cinquante fleurs en porcelaine pâte tendre de Vincennes, dont certaines atteignent 7,5 cm de diamètre, ainsi que l’adjonction d’un important groupe en porcelaine de Meissen (37 cm), cette pendule constitue une réalisation d’un prestige tout à fait exceptionnel.
La complexité technique de l’assemblage et le prix exorbitant des marchandises nécessaires impliquent un prix de vente considérable, réservant ce type d’œuvre à une commande de tout premier rang, probablement de type princière.
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