Par Desmet Galerie
Sculpteur malinois sur albâtre (Malines, vers 1600)
L'ADORATION DES MAGES
Un relief monumental en albâtre malinois, d'un format exceptionnel pour son genre
Relief en albâtre, dans un cadre mouluré en bois ébonisé
Malines, Pays-Bas méridionaux
L'Adoration des Mages
Relief en albâtre : H 32 x L 27 cm
H 12 5/8 x L 10 5/8 pouces
Cadre
H 65 x L 58 x P 6 cm
H 25 5/8 x L 22 7/8 x P 2 3/8 pouces
Taillé en haut-relief dans un seul bloc d'albâtre d'une ampleur exceptionnelle et d'une parfaite pureté, ce panneau présente l'Adoration des Mages sous la forme d'un cortège fastueux et animé, plutôt que le groupement dévotionnel compact habituel au sujet. Sous une loggia Renaissance ornée d'une frise à guirlandes et se détachant devant la maçonnerie en ruine d'un ordre ancien cédant la place au nouveau, la Vierge est assise en majesté avec l'Enfant Jésus sur son genou, entourée d'un imposant cortège de rois, de pages et de porteurs en armes ...
... s'avançant de part et d'autre avec des vases d'or. L'ampleur même du bloc, de loin le plus grand élément de la composition, est la première chose que le relief donne à voir : il ne s'agit pas d'une miniature de cabinet mais d'une pièce de démonstration, taillée par un atelier malinois travaillant à la limite même de ce que la matière et le genre permettaient.
Le sujet est tiré de l'Évangile selon saint Matthieu (2, 1-12) : les Mages, guidés par une étoile, se rendent à Bethléem pour adorer l'Enfant Jésus et lui offrir de l'or, de l'encens et de la myrrhe. L'étoile apparaît ici dans l'angle supérieur droit du relief, équilibrée à l'angle supérieur gauche par une fleuraison sculptée, tandis que le mur en ruine à l'arrière-plan - un motif récurrent dans l'iconographie néerlandaise de la Nativité et de l'Adoration - signale l'effondrement du monde païen devant le nouvel ordre. Selon une convention bien établie dans l'estampe et la sculpture en relief flamandes, les Mages et leur suite ne sont pas vêtus en potentats du Proche-Orient mais en soldats princiers, revêtus d'armures fantaisistes à l'antique et coiffés de turbans empanachés - un langage qui permettait aux sculpteurs et graveurs néerlandais d'habiller un récit sacré du costume courtois et exotisé que leurs commanditaires associaient à la magnificence royale.
L'action se déploie en une frise continue sur toute la largeur du panneau. Au centre, le plus âgé des Mages, tête nue et barbu, s'avance, la main ouverte dans le geste de l'adoration, vers un petit socle à fronton sur lequel sont surélevés la Vierge et l'Enfant ; devant lui, un second roi s'agenouille et présente un coffret ouvert rempli d'or, vers lequel l'Enfant tend les deux mains. Derrière eux, leur suite avance en cortège : un porteur incline une grande aiguière au-dessus de sa tête, un autre soulève une urne couverte à piédouche qu'il transmet de main en main, tandis qu'à droite un quatrième serviteur, richement vêtu d'une cuirasse ajustée et d'un turban enroulé, porte un panier couvert et un oiseau de chasse encapuchonné - emblème, comme l'armure, du rang princier séculier plutôt qu'attribut tiré des Écritures. Au pied de la composition, un casque, une grille de fer et un petit chien sont disposés parmi les rochers, détails de nature morte incidents dont les sculpteurs malinois se servaient pour animer le registre inférieur d'un relief chargé.
Un Format Exceptionnel
Les sculpteurs sur albâtre de Malines travaillaient, par métier, la miniature. La corporation locale était connue sous le nom de gilde van de cleynsteeckers - la guilde des « petits tailleurs » - et son produit d'exportation habituel, le petit relief dévotionnel ou de cabinet, mesure généralement de l'ordre de 9 x 12 cm, serti dans un cadre modeste, doré ou ébonisé, à peine plus grand que le panneau lui-même. Un relief d'Adoration des Mages malinois très comparable, vers 1600, vendu chez Lempertz à Cologne en 2018, ne mesure que 12,5 x 10 cm hors cadre ; l'Adoration des Mages malinoise conservée au Rijksmuseum, datée du même intervalle vers 1600-1620 et montée elle aussi dans un cadre plaqué d'ébène, mesure 18 x 14,5 cm pour le relief et 29 x 25,5 cm avec son cadre. Même l'unique exemple relevé dans la littérature spécialisée comme exceptionnellement grand pour le genre - un relief de la Cène prisé autant pour son format que pour sa taille - n'atteint que 15 x 19 cm. Face à cette fourchette constante, le présent panneau d'albâtre, avec ses 32 x 27 cm, et son cadre, avec ses 65 x 58 cm, sont extraordinaires : plusieurs fois la surface du produit standard de cleynstekerswerk, et plus grand même que les rares exemples surdimensionnés recensés dans la littérature spécialisée et en salle des ventes. Fort peu de blocs d'albâtre de cette taille, de cette clarté et de cette pureté auraient été accessibles à un atelier malinois, et plus rares encore auraient été ceux confiés à une composition aussi ambitieuse.
Malines et la Guilde des Cleynsteeckers
La réputation de Malines comme centre de la sculpture de petit format sur albâtre et sur buis s'établit dès le début du seizième siècle, pour une part non négligeable sous l'influence du sculpteur de cour Jehan Mone, et s'épanouit durant la seconde moitié du siècle et les premières décennies du dix-septième, soutenue par un approvisionnement régulier en albâtre anglais parvenant sur le continent après que la Réforme eut mis fin à l'industrie de la taille de Nottingham et à son marché religieux intérieur. Les sculpteurs de reliefs malinois, organisés au sein de la guilde de Saint-Luc, produisirent en série des sujets bibliques, hagiographiques, mythologiques et allégoriques destinés à la dévotion privée et aux cabinets de collectionneurs à travers l'Europe, généralement par paires - une Adoration des Mages accompagnée d'une Nativité ou d'une Adoration des Bergers en pendant figurant parmi les combinaisons les plus courantes - chaque panneau étant identifié, lorsque la dorure subsiste, par un monogramme d'atelier peint sur un petit cartouche au bord inférieur. Parmi les maîtres documentés de ce milieu figurent la famille Tissenaken (Tobias, actif de 1596 à 1624, et Rombout), Jaak Verhulst (1580-1643) et Hans van Haechten (actif vers 1605-1620), entre autres dont les initiales apparaissent sur des panneaux conservés sans que leur identité complète n'ait jamais été établie. Aucun monogramme lisible ne subsiste sur le présent relief ; s'il en fut jamais peint un en or sur la marge inférieure, comme le voulait l'usage, il a disparu avec le reste de la polychromie et de la dorure d'origine du panneau, état courant chez ces reliefs une fois la couche de peinture usée. Le panneau se décrit donc au mieux comme l'œuvre d'une main malinoise accomplie du début du dix-septième siècle, produite au sein de la même culture d'atelier que les sculpteurs Tissenaken et Verhulst, plutôt qu'attribuée à un nom documenté précis.
Le Cadre
Le relief est serti dans un cadre mouluré en bois ébonisé.
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