Par Stéphane Renard Fine Art
Ce dessin est une œuvre typique de l’artiste andalou Ismael de La Serna dans les années 30, alors qu’il atteint une pleine maturité dans son art après une dizaine d’années passées à Paris. Son style se caractérise alors par un cubisme assagi, avec lequel il revisite avec brio l’un des grands thèmes de la peinture du Siècle d’Or espagnol : le « bodegón », soit une scène composée d’objets de cuisine, à la frontière entre nature morte et scène d’intérieur.
1. Ismael de La Serna, « un vrai peintre ! Aussi grand que Juan Gris ! »
Ismael González de la Serna est né en 1898 à Guadix, une ville située dans les contreforts de la Sierra Nevada, dans la province de Grenade en Andalousie. Il commence à peindre et à dessiner dès l'âge de neuf ans et se lie d'amitié avec Federico Garcia Lorca, qui deviendra le célèbre poète et dramaturge. C'est d'ailleurs La Serna qui, en 1918, illustre la couverture de son premier livre, Impresiones y ...
... Paisajes.
La Serna poursuit ses études à l'Académie des Beaux-Arts de Grenade, où il apprend les règles traditionnelles de la composition, de la forme et de la couleur. Un tournant décisif dans sa vie survient en 1917, lorsqu'il visite une exposition des impressionnistes français à Madrid, tout en poursuivant ses études à l'École royale des beaux-arts de San Fernando, également à Madrid. Selon son propre témoignage, il est alors déterminé à devenir un peintre « libre », voué aux nouvelles formes.
La Serna s'installe à Paris en 1921. Au début, il mène une vie bohème et sans le sou à Montparnasse, où il rencontre d'autres artistes espagnols, également attirés par une approche moins rigide et moins académique que celle des galeries et des critiques d’art espagnols de l'époque. Il est présenté à Picasso par l'écrivain, critique et collectionneur d'art connu sous le nom de Tériade. Selon Tériade, Picasso, en voyant le travail de La Serna, se serait exclamé : « Enfin, un vrai peintre ! Aussi grand que Juan Gris ! ».
En 1927, Tériade lui consacre un article dans un numéro de la revue Cahiers d'Art, et la Galerie Paul Guillaume organise une exposition de cinquante œuvres de La Serna qui est très bien reçue. Une exposition individuelle à la Galerie Flechtheim à Berlin connait le même succès, toutes les œuvres trouvant preneur.
Ismael de La Serna est chaleureusement accueilli dans toute l'Europe. En 1928, il signe des contrats pour exposer ses œuvres à la Galerie Zak à Paris en 1930 et à la Galerie Le Centaure à Bruxelles. Le critique d'art et fondateur des « Cahiers d'Art », Christian Zervos, célèbre dans sa revue l'incroyable talent de dessinateur de La Serna. En 1932, il retourne triomphalement en Espagne, où il fait une tournée d'expositions couronnées de succès. En 1936, il participe à une exposition au Musée du Jeu de Paume à Paris, et en 1937, il expose à l'Exposition internationale de Paris dans le pavillon espagnol, aux côtés de Picasso qui y présente son tableau Guernica pour la première fois.
La Serna adopte un style post-cubiste, bien que pendant la Seconde Guerre mondiale, ses peintures soient davantage influencées par l'expressionnisme et l'abstraction. Au cours des années 50 et 60, sa peinture devient plus abstraite, évoluant vers des compositions de couleurs et de formes pures. Ismael de La Serna meurt à Paris en 1968. En 1974, le Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris organise en son honneur une rétrospective monographique de près d'une centaine de peintures couvrant toute sa carrière.
Son œuvre est représentée dans un grand nombre de musées parmi lesquels Le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, le Centre Beaubourg, le Centre Reina Sofia de Madrid, la Galerie nationale de Madrid et la Galerie nationale d'art moderne de Mexico.
2. Un bodegón cubiste
Dans ce dessin, La Serna s’inscrit dans la tradition espagnole remontant au siècle d’or de la représentation de bodegón , un genre bien spécifique de nature morte qui présente uniquement des éléments ayants trait à l’alimentation (ustensiles de cuisine, vaisselle, gibier, légumes …), dans un intérieur de cuisine, dans lequel sont parfois également introduits des personnages.
Si La Serna s’inscrit dans cette tradition en représentant, dans une cuisine dont on devine la large cheminée en arrière-plan, deux larges jarres et un verre posés une table recouverte d’une nappe, il en renouvelle l’approche en introduisant une assiette contenant deux brioches et un croissant bien parisien, mais surtout par le traitement simplificateur, fortement inspiré du cubisme, des volumes et des brillances.
La nature morte fortement architecturée constituée par les deux jarres, le verre et l’assiette se retrouve comme bousculée par l’insertion au premier plan d’un fauteuil placé de trois-quarts, comme s’il venait d’être abandonné par une présence invisible, mais également par l’introduction, à gauche des deux jarres, d’éléments résolument géométriques dont le sens figuratif nous échappe.
3. Encadrement
Nous avons choisi d’encadrer ce dessin dans une simple baguette de bois, en prolongement d’un lavis gris qui apporte de l’éclat et de la profondeur à l’œuvre.
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