Par Desmet Galerie
Cette sculpture en bronze représentant un lion attaquant, sinon dévorant, un cheval constitue une interprétation libre par Barthélémy Prieur (1536–1611) du groupe antique en marbre qui se trouvait sur la Piazza del Campidoglio à Rome durant la majeure partie du XVIe siècle, avant d’être transféré au Palazzo dei Conservatori en 1589.
Le groupe en marbre du lion et du cheval figure parmi les sculptures antiques qui ont nourri l’imaginaire collectif des artistes de la Renaissance. Sa grande popularité au XVIe siècle est attestée par les nombreuses estampes diffusées, telle celle gravée par Giovanni Battista de Cavalieri en 1585. Cette gravure montre l’état de la sculpture avant sa restauration en 1594 par Ruggiero Bescapè, alors que la tête et les membres du cheval étaient perdus. Dans d’autres cas, ces lacunes ont offert aux dessinateurs et sculpteurs un terrain d’expression créative, leur permettant d’interpréter et d’adapter le modèle au goût ...
... contemporain. C’est notamment le cas de l’étude d’Amico Aspertini du tout début du XVIe siècle, aujourd’hui conservée au Metropolitan Museum of Art, où les membres postérieurs ainsi que la tête du cheval sont restitués afin d’exprimer une douleur agonisante.
Que Prieur ait réalisé ce groupe avant ou après la restauration, le bronze n’est pas une copie stricte : la main du sculpteur y est prépondérante, y compris dans les parties de l’Antique antérieures à 1594. Le lion apparaît plus élancé et davantage détaché du cheval, laissant se déployer à l’arrière une patte plus fine mais musculeuse, tandis que l’autre prend appui contre le cheval. Ces éléments caractéristiques du lion constituent précisément une marque reconnaissable de la facture de Prieur, Anthony Radcliffe ayant établi des rapprochements entre ce lion et d’autres œuvres. Il souligne les similitudes typologiques et de patine avec le Lion marchant de la collection Thyssen-Bornemisza (également conservé au Metropolitan Museum), ainsi qu’avec le Lion dévorant une biche, aujourd’hui dans la collection Hill, dont plusieurs exemplaires sont connus, notamment un dans la collection Robert H. Smith.
Outre la similitude du type de lion, le Lion dévorant une biche présente une composition comparable. L’attribution certaine de ce groupe a été rendue possible grâce à l’inventaire après décès d’André Le Nôtre en 1700, jardinier auquel on doit les jardins de Versailles et collectionneur averti, mentionnant deux bronzes représentant un lion dévorant une biche. Les inventaires de Prieur — l’un dressé après la mort de sa première épouse en 1583, l’autre après son propre décès en 1611 — ne mentionnent pas un tel groupe. Ils signalent toutefois la présence de réductions d’après l’Antique ainsi que de plusieurs modèles de lions et de chevaux parmi divers animaux, en cire et en bronze. Il est ainsi plausible que le présent bronze ait été créé par l’assemblage innovant de fontes préexistantes mentionnées dans ces inventaires.
Le cheval permet également de rattacher ce bronze à l’œuvre de Prieur, puisqu’il a été rapproché de celui du groupe équestre Henri IV terrassant ses ennemis, conservé au Victoria & Albert Museum (inv. A.42-1956). La fonte a été adaptée au groupe présent, reflétant une nouvelle fois le processus créatif de Prieur visant à accentuer le pathos de la scène. L’une des oreilles du cheval est rejetée en arrière, accentuant le mouvement de la tête, suffisamment tournée pour assister à l’attaque. Si le cheval de ce groupe dérive du modèle conservé au V&A, cela permet de situer sa réalisation probablement après 1591, date à laquelle Prieur fut nommé sculpteur du roi, travaillant aux décors du Palais du Louvre ainsi qu’à de nombreux portraits du roi et de la reine.
Avant de recevoir ce titre honorifique d’Henri IV, Barthélémy Prieur avait été sculpteur de cour de 1564 à 1567 auprès du duc Emmanuel-Philibert de Savoie à Turin. De retour à Paris, il dut quitter la ville vers 1575 pour environ une décennie afin d’échapper aux persécutions, Prieur étant de confession protestante. Sa religion limita la nature de ses commandes, l’amenant à produire moins d’œuvres religieuses que ses contemporains. Toutefois, après son retour dans la capitale à l’appel du roi, il y occupa une position éminente.
Ce groupe en bronze s’inscrit dans la tradition des bronzes de la Renaissance issue des œuvres et des groupes animaliers de Giambologna, que Prieur connaissait probablement. Néanmoins, sa version du sujet antique témoigne clairement de l’invention et de l’élégance propres à Prieur, parvenant à exprimer un pathos intense dans les limites d’une œuvre de petit format.
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