Par Desmet Galerie
Cette paire d’étalons, l’un au pas amblé et l’autre cabré, constitue un remarquable exemple d’un groupe de petites statuettes équestres en bronze attribuables, sur des bases documentaires, stylistiques et techniques, au sculpteur et orfèvre anglo-italien Francesco Fanelli (1577 – avant 1652).
Francesco Fanelli naquit à Florence, où il reçut au moins une partie de sa formation dans l’atelier de Giovanni Bandini (vers 1540–1599), qui, à sa mort, lui légua l’usage de ses modèles. Dès 1605, il est attesté à Gênes, où il semble être resté établi au moins jusqu’en 1630. Entre 1630 et 1632, Fanelli se rendit en Angleterre afin d’y exercer comme sculpteur de cour auprès du roi Charles Ier. Durant son séjour en Angleterre, tout en travaillant d’autres matériaux, il produisit également la série caractéristique de petites figures en bronze pour lesquelles il est aujourd’hui particulièrement renommé, remarquables par la fraîcheur et la ...
... vigueur de leur modelé ainsi que par le traitement des surfaces. Il quitta vraisemblablement l’Angleterre au début de la guerre civile, peut-être pour la France ou pour retourner en Italie.
Une grande partie de ce que l’on sait de Fanelli en tant que créateur de petits bronzes repose sur quelques rares sources documentaires précieuses. La première figure dans l’inventaire des collections du roi Charles Ier au palais de Whitehall, dressé en 1638–1639, peu avant le déclenchement de la guerre civile en Grande-Bretagne, où sont mentionnées des statuettes de Cupidon et de saint Georges, toutes deux à cheval. On sait que Charles Ier possédait au moins cinq bronzes de Fanelli, tous vendus lors des ventes des collections royales sous le Commonwealth au début des années 1650. Au siècle suivant, l’antiquaire et graveur George Vertue (1684–1756) écrivait que « Fanelli, sculpteur florentin, […] réalisa de nombreuses petites statues, modèles et fontes en bronze, qu’il vendait à des amateurs pour être placées sur des tables, des armoires ou des étagères à titre d’ornement… ».
Vertue ajoutait que « beaucoup furent achetées par William, duc de Newcastle, et conservées à Welbeck ». Il dressa une liste de dix bronzes de Fanelli qu’il avait vus lors d’une visite à Welbeck Abbey, alors résidence d’Edward Harley, comte d’Oxford. Les dix bronzes représentaient des chevaux, isolés ou en groupe, notamment saint Georges. Bien que certains aient été dispersés lors de la vente du comte d’Oxford en 1742, cinq de ces bronzes sont toujours conservés dans la collection Portland à Welbeck Abbey. L’un d’eux, décrit par Vertue comme « un cheval allant l’amble », correspond précisément au modèle du cheval au pas amblé de la présente paire. L’exemplaire de Welbeck conserve toutefois sa base rectangulaire d’origine, à surface traitée de manière naturaliste. Plusieurs autres bronzes similaires de chevaux au pas amblé sont connus. Ainsi, un exemplaire autrefois dans la collection Quentin représente un animal plus massif, doté d’une longue crinière soigneusement peignée. Ce modèle existe également en versions de plus grande taille, d’environ 31 cm de hauteur (exemple au Barber Institute of Fine Arts, Université de Birmingham), et fut également utilisé pour diverses statuettes équestres attribuées à Fanelli, parmi lesquelles une statuette du roi Charles Ier à cheval actuellement sur le marché de l’art, ou encore une figure du comte-duc d’Olivares à cheval.
La facture des deux bronzes correspond étroitement à celle des autres petits bronzes réalisés par Fanelli, en particulier durant sa période anglaise au début des années 1630. Le peintre allemand Joachim Sandrart, contemporain de l’artiste, commenta sa technique dans la Teutsche Akademie : « il excellait particulièrement dans la fonte des images métalliques et parvenait à restituer le modèle dans tous ses détails avec une telle netteté qu’il n’était pas nécessaire d’améliorer la sculpture par incision ou par reprise au ciseau ; il maîtrisait son art à un point tel qu’il savait couler des sculptures de dimensions importantes avec des parois d’une épaisseur comparable à celle d’un Reichsthaler [env. 2 mm], et, en témoignage de son habileté, je possède moi-même plusieurs œuvres en métal de sa main ». Les deux chevaux sont finement modelés, avec, comme l’indiquait Sandrart, un minimum de reprises visibles à la surface, notamment aux endroits où la patine noire épaisse s’est partiellement atténuée. Cette patine constitue par ailleurs une caractéristique très distinctive de la technique de Fanelli et se retrouve sur de nombreux bronzes qui lui sont aujourd’hui attribués.
George Vertue décrivait le modèle du cheval au pas amblé comme « ambling », terme suggérant une allure douce et nonchalante. En réalité, les deux chevaux sont représentés dans des mouvements hautement contrôlés, dont la tension est perceptible dans le jeu des muscles du cou. Chacun semble exécuter un mouvement spécifique issu de l’art raffiné de la haute école, ou manège. Aujourd’hui connu sous le nom de « dressage », discipline olympique, cet art est peut-être encore mieux illustré par les présentations de l’École espagnole d’équitation de Vienne. La haute école se développe au XVIe siècle, parallèlement à l’élevage et à l’entraînement de chevaux de qualité, contribuant à codifier et à préserver des mouvements initialement destinés au combat de cavalerie. L’un des textes fondamentaux en la matière est le traité d’Antoine de Pluvinel, Le Maneige royal, publié pour la première fois en 1624, accompagné de 64 planches illustrant les différents exercices. Le cheval au pas amblé semble exécuter un mouvement proche du piaffer, dans lequel le cheval trotte sur place. Le cheval cabré, quant à lui, exécute un mouvement correspondant à la pesade ou levade, dans lequel il se dresse sur ses membres postérieurs, les antérieurs repliés.
Comme mentionné précédemment, George Vertue indiquait que « William, duc de Newcastle » avait acquis un grand nombre de bronzes de Fanelli. William Cavendish (1593–1676), futur duc de Newcastle, était un aristocrate et un membre éminent de la cour de Charles Ier d’Angleterre et d’Écosse. Il combattit courageusement pour la cause royaliste durant la guerre civile, avant d’être contraint à l’exil sur le continent après la défaite de Marston Moor en juillet 1644. Avec son épouse Margaret, il vécut notamment à Anvers, dans l’ancienne maison de Rubens, entre 1648 et 1660.
Conditions générales de livraison :
Nous prenons en charge avec soin l'emballage des objets.
Nous travaillons avec des transporteurs spécialisés en oeuvres d'art.
Pour les objets de plus petites tailles nous faisons les envois avec DHL.
Les envois sont suivis et assurés.