Par Artimo
Le Chasseur d’autruche d’Alfred Dubucand est un exemple saisissant de sculpture orientaliste à son plus haut niveau. Doté d’un sens remarquable du mouvement et d’une grande finesse technique, l’artiste saisit un moment précis et dramatique au cœur d’une chasse traditionnelle à l’autruche en Afrique du Nord.
La composition montre un chasseur arabe lancé à pleine allure, galopant à travers un paysage désertique luxuriant. D’une main, il tient les rênes ; de l’autre, il brandit un bâton de chasse, prêt à frapper l’autruche qui fuit devant lui. La queue soufflée du cheval, la posture penchée du cavalier et les longues jambes tendues de l’autruche contribuent à une sensation intense de vitesse et d’urgence.
La maîtrise de Dubucand réside dans l’extrême attention portée aux détails et aux textures : le rendu minutieux du plumage de l’autruche, les plis délicats de la tunique du chasseur, la musculature expressive du cheval témoignent ...
... tous d’une profonde compréhension de l’anatomie et de la forme. Le travail de patine est tout aussi raffiné, des rehauts dorés viennent souligner certaines zones, guidant le regard du spectateur et accentuant la profondeur et les contrastes de la scène.
Cette sculpture ne se limite pas à l’action : elle reflète également une réalité historique. Inspirée des pratiques de chasse nord-africaines, l’autruche était traditionnellement poursuivie jusqu’à l’épuisement, avant d’être assommée à l’aide d’un gourdin en bois. Le bec ouvert et les ailes à demi déployées de l’autruche dans l’œuvre de Dubucand traduisent ce moment décisif : lorsque l’animal, exténué et vulnérable, est sur le point d’être atteint.
Le Chasseur d’autruche témoigne de la virtuosité de Dubucand et de son talent pour la narration. Il associe précision naturaliste, regard anthropologique et intensité dramatique en un seul bronze remarquable, un joyau de la sculpture orientaliste du XIX? siècle.?
Le Chasseur d'autruche a été exposé notamment à l'Exposition internationale de Philadelphie de 1876 (n°384).
Alfred Dubucand (Paris, 1828-1894)
Né à Paris en 1828, Alfred Dubucand s’impose comme l’un des principaux sculpteurs français du XIX? siècle, reconnu pour ses bronzes animaliers d’une grande finesse. Élève de Justin-Marie Lequien et fortement influencé par Antoine-Louis Barye, Dubucand développe rapidement un style personnel, alliant rigueur anatomique et sensibilité artistique.
Il expose pour la première fois au Salon de Paris en 1867, avec un modèle en cire représentant un faisan – acte fondateur d’une carrière intimement liée à cette institution prestigieuse. Il y présente ses œuvres jusqu’en 1883, suscitant l’admiration pour sa capacité à restituer la vitalité naturelle de ses sujets. Son répertoire privilégie les cerfs, chiens de chasse, chevaux et oiseaux de gibier, tous rendus avec un soin extrême du détail anatomique et des textures. Sa technique met souvent en valeur les structures fines des muscles et des veines, conférant à ses animaux une présence intensément réaliste.
Dubucand travaille principalement selon la méthode de la cire perdue, tout en expérimentant également la fonte au sable. Il accorde une attention particulière aux patines, qu’il choisit dans des tons chauds et naturels, accentuant le réalisme de ses figures. Son approche du traitement de surface témoigne d’une profonde compréhension des matériaux et des formes, ce qui distingue nettement son œuvre de celle de ses contemporains.
Outre ses études animalières, Dubucand explore également des thèmes orientalistes, donnant vie à des scènes évocatrices de la vie nord-africaine – cavaliers, chasseurs, nomades et leurs animaux. Bien qu’aucun voyage dans ces régions ne soit attesté, ses sculptures révèlent une fascination vive pour ces cultures lointaines.
Alfred Dubucand s’éteint à Paris en 1894, laissant un héritage de bronzes célébrés pour leur raffinement, leur dynamisme et leur beauté intemporelle.
LITTERATURE :
• DAUMAS, Général. “Les Cavaliers et les Cheveaux du Sahara.” Revue Des Deux Mondes (1829-1971), vol. 12, no. 5, 1851, pp. 944–67
• KJELLBERG, P. Les Bronzes du XIXe Siècle, Dictionnaire des sculpteurs. Les éditions de l’amateur, Paris, 1989. p. 299-301
MATIERE : Bronze à patine brune et rehauts dorés
SIGNATURE : “DUBUCAND”
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