Par Stéphane Renard Fine Art
Nous remercions le Professeur Sergio Marinelli de nous avoir confirmé le caractère autographe de cette œuvre de Felice Brusasorci. Son étude de l’œuvre (en italien), dont nous nous sommes inspirés pour cette présentation, est disponible sur demande.
Ce tableau, qui évoque irrésistiblement l’art de Paolo Veronese (1528 – 1588), est l’œuvre de l’un de ses compatriotes, Felice Brusasorci, un artiste qui a dominé la scène artistique véronaise après le départ de son illustre aîné pour Venise.
Il nous présente ici un épisode fameux rapporté par Xénophon – le choix d’Hercule appelé à renoncer aux plaisirs terrestres pour assurer l’immortalité de son nom –, un sujet très apprécié des milieux aristocratiques de la Renaissance, et représenté ici dans une composition originale. Il s’agit vraisemblablement d’une œuvre de jeunesse de l’artiste, exécutée lors de son premier séjour à Florence vers 1560, dans laquelle il mêle le ...
... raffinement chromatique inspiré de Veronese à une certaine préciosité maniériste toute florentine.
1. Felice Brusasorci, l’autre grand peintre de Vérone dans la deuxième moitié du XVIème siècle
Felice Brusasorci a dominé la scène artistique véronaise des années 1565 à la fin du siècle, en étant tout à la fois le peintre le plus moderne et le plus prestigieux de la ville, mais également le maître de la jeune génération d’artistes véronais née autour de 1580 .
Son talent précoce valut au jeune artiste d’être mentionné dans l’édition de 1568 des Vies de Vasari. Dans le chapitre consacré à l’architecte Sanmicheli, celui-ci nous indique que ce jeune homme prometteur, fils du peintre Domenico Brusasorci auprès de qui il a reçu ses premiers enseignements, séjourna autour de 1560 à Florence chez un dénommé Bernardo Canigiani, un ami de son père, afin d’y perfectionner son art.
De retour à Vérone, Felice Brusasorci entre en 1564 à l’Académie Philarmonique, le cercle culturel de la ville, axé particulièrement sur la pratique de la musique. Il affirme sa suprématie artistique sur la scène locale par la réalisation de grandes commandes pour les principales églises de la ville ; celles-ci démontrent son adhésion aux formules stylistiques du maniérisme tardif florentin développées à cette même époque par les élèves de Vasari. Il retourne d’ailleurs pour un deuxième séjour à Florence en 1597.
Après avoir été le maître de tous les artistes véronais de la génération suivante, Felice Brusasorci décède en février 1605 dans des circonstances mal élucidées, peut-être suite à un suicide ou à un empoisonnement de sa femme qui se serait ensuite enfuie avec un jeune clerc proche de son mari.
2. Le choix d’Hercule, un modèle antique parfaitement adapté au monde aristocratique de la Renaissance
Dans ses Mémorables (II, 1, 21-34), l'historien grec Xénophon rapporte les enseignements de Socrate. Celui-ci raconte un apologue, ou fable morale, que lui aurait enseigné son maître Prodicos de Ceos et qui place Hercule devant un choix difficile : doit-il suivre la vertu ou la volupté ?
Prodicos raconte qu’Hercule, à peine sorti de l’enfance, se retira dans la solitude et s’assit incertain sur la route qu’il allait choisir. Deux femmes de haute taille se présentent à ses yeux : l’une décente et noble, aux vêtements blancs ; l’autre chargée d’embonpoint et de mollesse, la peau fardée. Arrivées plus près d’Hercule, tandis que la première conserve la même démarche, la seconde, court vers le jeune héros et lui dit : « Je te vois, Hercule, incertain de la route que tu dois suivre dans la vie : si tu veux me prendre pour amie, je te conduirai par la route la plus agréable et la plus facile, tu goûteras tous les plaisirs, et tu vivras exempt de peine. Hercule, après avoir entendu ces mots : « Femme, dit-il, quel est ton nom ? — Mes amis, répond-elle, me nomment la Félicité, et mes ennemis, pour me donner un nom odieux, m’appellent la Perversité. »
Alors l’autre femme s’avançant : « J’espère, si tu prends la route qui mène vers moi, que tu seras un jour l’auteur illustre de beaux et glorieux exploits. […] Mes amis jouissent avec plaisir et sans apprêt des aliments et des boissons, car ils attendent le désir pour manger et pour boire. […] Quand est venue l’heure fatale, ils ne se couchent pas dans un oubli sans honneur ; mais leur mémoire fleurit célébrée d’âge en âge. Voilà comment, Hercule, fils de parents vertueux, tu peux en travaillant acquérir le suprême bonheur. »
Ces quelques extraits nous permettent de comprendre le succès de ce texte auprès des élites de la Renaissance, qui trouvaient dans l’épisode du choix d’Hercule la synthèse parfaite entre l’héritage mythologique (choisir ici-bas les peines et les labeurs pour assurer l’immortalité de son nom) et l’enseignement chrétien (accéder par une vie vertueuse à la félicité de la vie éternelle). Dans le contexte de la morale chrétienne, le Choix d’Hercule peut également s’analyser comme une image du libre-arbitre de l’homme dans le choix entre le Bien et le Mal.
3. Description de l’œuvre et œuvres en rapport
Brusasorci place ici Hercule, représenté de trois-quarts, la tête tournée vers le fond du tableau, entre la Vertu à sa droite et le Vice à sa gauche. La représentation de dos d’Hercule, qui nous amène à nous identifier au personnage, nous interroge également sur notre propre choix entre une vie dissolue et une vie vertueuse.
Hercule est représenté comme un éphèbe entièrement nu, portant sur l’épaule gauche une peau de lion dont il ramène à lui de sa main droite l’extrémité inférieure. Cette composition en frise, qui semble être une invention originale de Brusasorci, pourrait s’inspirer de la sculpture des trois grâces dont un exemplaire orne depuis la Renaissance la Bibliothèque Piccolomini de Sienne (photographie 9).
Quand la robe rayée de la Vertu, le Vice est dans une tenue nettement plus affriolante : sa (généreuse) poitrine dénudée est mise en valeur par un savant drapé orné de précieux camées.
Sergio Marinelli souligne dans son étude la profonde parenté entre ces trois personnages et ceux qui peuplent les autres œuvres de Felice Brusasorci. La figure d'Hercule, le principal protagoniste de cette scène, rappelle de manière évidente, avec sa musculature dessinée en relief, la manière de travailler de Felice Brusasorci, comme on peut le voir dans d'autres de ses œuvres documentées avec certitude, telles que la Flagellation du Christ (photographie 8).
La figure du Vice, représenté comme une jeune femme aux seins nus, semble être plus inspirée par l’œuvre de Veronese, tant dans sa physionomie générale que dans le détail de sa parure et de son vêtement (photographies 10 & 11).
4. Encadrement
Nous avons choisi pour l’encadrement de notre tableau un cadre italien du XVIIème siècle en bois laqué et doré, orné de lauriers et de rubans (qui font écho à la couronne dont la Vertu s’apprête à ceindre le front d’Hercule).
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