Par Desmet Galerie
Ce bronze finement fondu représentant le Christ mort illustre avec éclat la production dévotionnelle raffinée associée à Antonio Susini, le plus accompli des assistants et collaborateurs de Giambologna. La figure offre une image à la fois sereine et poignante du Rédempteur, exécutée avec une attention minutieuse portée à la surface et à la précision anatomique, qui trahit la formation d’orfèvre de Susini.
Le Christ est figuré les bras étendus en croix, la tête inclinée vers l’avant, les yeux clos dans la mort. Les proportions allongées sont adoucies par un subtil contrapposto : le torse s’incline délicatement vers la tête abaissée, les jambes se vrillent avec le pied droit légèrement relevé, tandis que le rythme général est animé par les plis frémissants du perizonium noué avec vigueur sur la hanche. Le corps conserve une souplesse retenue ; les détails finement repris au ciselet — cheveux, barbe, ongles — contrastent avec le modelé lisse ...
... et délicat des chairs. L’ensemble dégage une impression de noblesse fragile et de beauté méditative, rappelant les crucifix en bronze raffinés produits dans la Florence de la fin de la Renaissance pour la dévotion privée.
Le thème du Christ crucifié occupait une place centrale dans l’Italie de la Contre-Réforme, où il incarnait à la fois le mystère de la Passion et le sacrifice perpétuel de l’Eucharistie. Giambologna réalisa lui-même plusieurs crucifix en bronze dès les années 1580. Une lettre adressée en 1583 par Simone Fortuna au duc d’Urbino atteste déjà de cette production, et vers 1588 au moins deux exemplaires monumentaux furent fondus à Florence : l’un pour le couvent de Santa Maria degli Angiolini, l’autre pour la chapelle Salviati à San Marco (respectivement 46,8 et 45,8 cm de hauteur).
Notre fonte, de dimensions plus modestes, fut conçue pour une contemplation intime. Le raffinement de son exécution — visible dans la précision de la ciselure, la netteté des détails repris à la lime et l’homogénéité d’une patine chaude — l’inscrit fermement dans le petit groupe de bronzes attribués à Antonio Susini. Des exemples étroitement comparables sont conservés dans la Hill Collection à New York (bronze doré), à l’Art Gallery of Ontario de Toronto, au Liebieghaus de Francfort (inv. 1523), ainsi qu’au sein d’anciennes collections telles que la Johnson Collection et d’autres collections privées.
Né à Florence en 1558, Antonio Susini entra dans l’orbite de Giambologna grâce au mécénat de Jacopo Salviati en 1580. Il devint rapidement l’un des plus proches collaborateurs du maître, assumant une part essentielle de la production des bronzes de petit format au sein de l’atelier florentin. Après avoir fondé son propre atelier et sa fonderie en 1600, Susini poursuivit la réalisation de variantes d’après les modèles de Giambologna, notamment des crucifix, très recherchés par les princes et les collectionneurs privés. Sa réputation dans ce domaine demeura intacte jusqu’aux dernières années de sa carrière : en 1622, deux ans avant sa mort, il présenta pas moins de dix figures du Christ — cinq Cristo Morto et cinq Cristo Vivo — au duc Ferdinando I Gonzaga de Mantoue.
Ce Cristo Morto constitue un exemple particulièrement éloquent de l’art de Susini : l’alliance de l’invention de Giambologna et d’une finition méticuleuse propre à Susini reflète pleinement les valeurs dévotionnelles et esthétiques de la Florence du premier Seicento.
Références:
C. Avery, Giambologna: The Complete Sculpture, Oxford, 1987, pp. 199–200.
D. Allen, Renaissance & Baroque Bronzes from the Hill Collection, in P. Wengraf (ed.), London, 2014, pp. 158–163.
C. Avery & A. Radcliffe (eds.), Giambologna: Sculptor to the Medici, exhibition catalogue, Edinburgh/London/Vienna, 1978, no. 111.
Liebieghaus, Frankfurt, inv. 1523.
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