Par Spectandum
Les bonnets précolombiens finement tissés et richement colorés à quatre pointes, caractérisés par une calotte carrée et quatre extrémités saillantes, sont principalement associés à deux grandes civilisations andines : les Wari et les Tiwanaku. L'Empire Wari, qui domina les hauts plateaux du centre-sud et la côte occidentale de l'actuel Pérou, prospéra entre 500 et 1100 apr. J.-C. La civilisation Tiwanaku, implantée sur l'Altiplano de l'actuelle Bolivie, immédiatement au sud du territoire wari, fut contemporaine de celle-ci et s'épanouit dans les régions voisines pendant près de quatre siècles.
La plupart de ces bonnets à quatre pointes proviennent de contextes funéraires, où ils accompagnaient les défunts comme offrandes. Au sein des sociétés wari et tiwanaku, ils étaient vraisemblablement portés par des hommes de haut rang en tant qu'insignes de pouvoir et de prestige, aussi bien de leur vivant que dans l'au-delà. Des personnages coiffés de ces ...
... bonnets sont fréquemment représentés sur les céramiques des deux cultures, associés à d'autres attributs de l'élite, tels que des textiles somptueux, des parures de plumes et des colliers de perles.
Réalisés en fibres de camélidés — principalement de lama ou d'alpaga —, ces bonnets témoignent d'une remarquable maîtrise technique. Les fibres étaient soigneusement filées, puis teintes avant d'être nouées selon des procédés complexes. Les artisans des deux cultures employaient un vocabulaire décoratif comparable, composé de motifs géométriques tels que des losanges, des croix, des triangles à degrés, ainsi que de représentations stylisées. Ces similitudes iconographiques témoignent vraisemblablement d'un socle religieux commun et d'un ensemble de symboles partagés entre les Wari et les Tiwanaku. Malgré ces affinités artistiques, les chercheurs considèrent que ces deux civilisations conservaient des organisations politiques, des modes de gouvernance et des traditions architecturales distincts.
Si les Wari et les Tiwanaku partageaient certaines traditions techniques, leurs méthodes de fabrication différaient sensiblement.
Les artisans wari confectionnaient généralement séparément la partie supérieure du bonnet et les quatre pointes avant de les assembler. Les artisans tiwanaku réalisaient, quant à eux, le bonnet d'une seule pièce, en commençant par la calotte et les quatre pointes, puis en poursuivant progressivement le nouage vers le bas.
Par ailleurs, les bonnets à quatre pointes réalisés avec une surface veloutée (pile) sont principalement attestés dans les sites wari, tandis que les exemplaires dépourvus de cette finition sont caractéristiques des contextes funéraires tiwanaku. Ces différences techniques constituent aujourd'hui des critères essentiels permettant aux spécialistes d'attribuer ces textiles à l'une ou l'autre de ces deux grandes cultures andines.