Par Galerie Alexandre Piatti
Cette Vierge à l’Enfant est une sculpture médiévale remarquable, datée du tout début du XIVe siècle, et attribuable à un atelier lorrain. Taillée dans un calcaire très fin et tendre, elle témoigne de la grande qualité technique atteinte par les sculpteurs de cette région, alors particulièrement active sur le plan artistique. De légères traces de polychromie subsistent dans les plis les plus prononcés, rappelant que ces sculptures étaient à l’origine peintes et destinées à une perception visuelle riche et expressive.
L’oeuvre s’inscrit dans un contexte de forte diffusion du culte marial, la Vierge à l’Enfant constituant l’image religieuse la plus répandue du Moyen Âge qui s’est multiplié à partir du Xe siècle. Pensé comme une image de la Vierge, elle devait représenter une des trois représentations du Christ aux cotés de la Vierge en majesté et le Crucifié.
La Vierge est représentée selon le type classique de la Madone : elle se ...
... tient droite, le corps légèrement hanché dans un contrapposto prononcé, tandis qu’elle porte l’Enfant sur son bras gauche. Cette posture crée une oscillation souple de la silhouette, tout en conservant une impression de stabilité. Les proportions apparaissent volontairement un peu massives, avec un élargissement de la partie inférieure du corps, caractéristique bien connue des Vierges lorraines de cette période.
Le manteau, posé sur les épaules, est ouvert et dégage la poitrine, laissant apparaître une robe ceinturée. La ceinture constitue ici un élément iconographique essentiel : placée haut sur la taille, elle est partiellement dissimulée par la figure de l’Enfants. Elle accompagne le mouvement du corps et contribue à structurer la verticalité de la composition. Dans l’iconographie mariale, la ceinture renvoie traditionnellement à la chasteté et à la pureté de la Vierge, tout en soulignant la séparation symbolique entre le haut du corps, siège de l’esprit, et la partie inférieure, plus charnelle. Le voile très court, mais à chutes amples, est retenu par un simple diadème, attribut discret de la dignité royale de Marie.
Le visage de Marie, large et relativement plat, se distingue par un front puissant, un nez et une bouche menus, et un double menton sans disgrâce, donnant à l’expression une douceur grave et humaine. Cette physionomie, fréquente dans la sculpture lorraine, s’éloigne de l’élégance idéalisée parisienne pour privilégier une présence charnelle et tridimensionnelle. La statue réalisée en rond de bosse est en effet conçue pour être vue de tous côtés, occupant pleinement l’espace et se passant de tout cadre architectural.
La tête de l’Enfant est aujourd’hui manquante, lacune fréquente dans la statuaire mariale médiévale. Les épisodes d’iconoclasme ont souvent visé prioritairement la figure du Christ, image directe de Dieu, tandis que la Vierge était plus volontiers épargnée. Le corps de l’Enfant, à demi-nu, est enveloppé dans un drapé foisonnant, dont la prolifération de plis se prolonge et se fond dans ceux de la robe de la Vierge, créant une continuité plastique entre les deux figures et renforçant leur unité symbolique.
Dans sa main, l’Enfant tient un oiseau, motif iconographique fréquemment interprété comme une préfiguration de la Passion, renvoyant à l’âme, au sacrifice et à la mort annoncée du Christ. La main droite disparue de Marie, a quant à elle probablement porté un sceptre en forme de fleur, dont seul subsiste aujourd’hui le tenon. Attribut marial courant, il aurait contribué à l’équilibre général et à la tension formelle de l’ensemble.
Cette oeuvre reflète également les échanges culturels intenses dont bénéficiait la Lorraine à cette époque, sous la domination des comtes de Bar, en lien avec les régions germaniques, les Flandres et l’Angleterre. L’influence germanique se perçoit dans la solidité des volumes, la densité plastique et la présence spatiale affirmée de la figure, tout en restant profondément ancrée dans une tradition locale. Probablement destinée à une église paroissiale, une cathédrale ou une chapelle monastique, elle illustre la fonction dévotionnelle de ces sculptures, conçues comme des supports de méditation et de prière.
Ainsi, par sa présence monumentale et sa douceur humaine, cette Vierge à l’Enfant incarne avec force la spiritualité et le raffinement de la sculpture lorraine au tournant du XIVe siècle.
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