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Vase de type Warwick, Apollon et les neuf Muses
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Réf : 129823
135 000 €
Époque :
XIXe siècle
Provenance :
Italie
Materiaux :
Marbre de Carrare
Dimensions :
l. 77 cm X H. 51.8 cm X P. 58 cm
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Desmet Galerie
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Sculptures classiques


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Vase de type Warwick, Apollon et les neuf Muses

Lorenzo Bartolini (1777–1850) et son atelier
Florence, circa 1815-1830
Vase: H 51,8 x W 77 x D 58 cm
Base: H 102,5 x W 55 x D 46 cm

Ce remarquable vase en marbre blanc statuaire, reposant sur son haut piédestal d’origine, témoigne de l’engouement pour l’Antiquité qui anima l’Europe à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle. Il propose une réinterprétation monumentale du célèbre vase de Warwick, grand cratère romain découvert à l’état fragmentaire dans les années 1760 à la villa d’Hadrien, près de Tivoli. Loin de reproduire simplement ce modèle, le sculpteur en transforme le décor en un programme harmonieux consacré à Apollon et aux Muses. La finesse de l’exécution, la richesse iconographique et les rapprochements avec les œuvres de Lorenzo Bartolini (1777–1850) et de son atelier inscrivent ce vase dans le néoclassicisme florentin du début du XIXe siècle.

Sa silhouette rappelle celle du modèle antique : une large panse évasée ...

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... s’élève au-dessus d’une couronne de feuilles d’acanthe, sous une lèvre épaisse soulignée de motifs ornementaux. Le dessin se distingue toutefois par une légèreté et une fluidité particulières. Le pied associe un collet évasé et godronné à une moulure torique lisse, reposant sur une plinthe carrée. Le piédestal prolonge cette recherche d’équilibre entre rigueur architecturale et délicatesse sculpturale. Ses moulures sont notamment enrichies d’un kymation lesbique, ornement d’origine grecque alternant feuilles cordiformes et volutes. La précision des découpes et la souplesse de leur rythme trouvent des correspondances dans les supports associés à l’atelier de Bartolini, notamment ceux des vases Forbes de Pitsligo.

L’élément le plus remarquable est la frise de têtes qui entoure la panse. Là où le vase de Warwick présente des silènes barbus et des visages évoquant les réjouissances bachiques, cette œuvre déploie une suite sereine de jeunes figures masculines et féminines accompagnées d’attributs artistiques. Cette transformation du répertoire dionysiaque en une célébration d’Apollon et des Muses apparaît également dans les vases de Pitsligo. Ici, les visages s’enchaînent selon un rythme soigneusement équilibré : certains sont couronnés de laurier ou de fleurs, d’autres portent un bandeau, un collier ou des étoiles dans les cheveux. Lyres, flûtes, rouleaux, torches et tablettes musicales enrichissent cette évocation des arts et du savoir.

La principale tête masculine représente très probablement Apollon Musagète, protecteur et conducteur des Muses. Sa jeunesse idéale, sa chevelure abondante et la lyre placée derrière son épaule appuient cette identification. Les joues lisses, le nez droit, les paupières délicatement dessinées et les mèches souplement modelées rappellent les têtes idéales du cercle de Bartolini. Son expression sereine traduit une contemplation divine plutôt qu’une action narrative.

Autour de lui prennent place plusieurs figures féminines dont certaines peuvent être identifiées avec vraisemblance. La présence d’étoiles dans les cheveux et d’un globe marqué de signes célestes désigne Uranie, Muse de l’astronomie. Une figure couronnée de lierre et accompagnée d’une lyre évoque Érato, Muse de la poésie lyrique et amoureuse. Un rouleau suggère Clio, Muse de l’histoire, tandis qu’une tablette portant des notations musicales renvoie à Euterpe. D’autres attributs se prêtent à plusieurs lectures, témoignant de la liberté avec laquelle le sculpteur adapte les conventions antiques. L’ensemble célèbre les arts comme les expressions complémentaires d’un ordre harmonieux.

Sous les têtes se déploie un riche décor végétal composé de grappes de raisin, de feuilles d’acanthe et de rinceaux, ponctué de petites flammes pouvant évoquer l’inspiration. Traditionnellement associé à l’abondance, ce vocabulaire prend ici une dimension intellectuelle et poétique. Les feuilles, profondément dégagées du fond, présentent des nervures précises et des extrémités finement recourbées. Cette virtuosité rappelle les ornements des vases de Pitsligo et le travail des sculpteurs spécialisés des ateliers florentins.

Les anses constituent une autre invention remarquable. Traitées comme des branches noueuses et torsadées, elles entourent la partie supérieure du vase avant de rejoindre le bord. Leur surface restitue les irrégularités et les veines du bois, donnant l’impression d’une matière vivante transposée dans le marbre. Leurs entrelacements, creusés de passages profonds, conjuguent prouesse technique et élégance. Les frises d’oves, les palmettes et les moulures du piédestal témoignent de la même maîtrise du vocabulaire architectural antique.

L’œuvre s’inscrit dans la tradition de réinterprétation du vase de Warwick diffusée par les gravures de Giovanni Battista Piranesi. À la puissance théâtrale du modèle antique, les sculpteurs florentins substituent une sensibilité plus mesurée, conforme aux aspirations de la fin des Lumières et du premier romantisme. Le remplacement du cortège bachique par les Muses illustre cette évolution : l’Antiquité devient le support d’une réflexion sur la beauté, la connaissance et les arts. Les versions en vermeil de Paul Storr et l’exemplaire en bronze acquis par George IV témoignent de la diffusion européenne de ce modèle.

Les rapprochements avec les vases Forbes de Pitsligo concernent autant les proportions des visages et le traitement des chevelures que les acanthes, les palmettes et l’organisation du décor. Ils soutiennent une attribution à l’atelier de Bartolini, sans permettre d’identifier avec certitude une main individuelle. L’harmonie de la composition et la finesse des détails pourraient correspondre au travail d’un modeleur de premier plan, destiné à une clientèle internationale dans les années 1810 ou 1820.

Par son ampleur et son ambition, ce vase répond au goût des collectionneurs européens et des voyageurs du Grand Tour pour les réinterprétations monumentales de l’antique. La douceur du modelé et la présence contemplative des visages tempèrent la rigueur néoclassique. Plus qu’un objet décoratif, il constitue une évocation poétique de l’unité des arts et témoigne de la vitalité des ateliers florentins, où l’héritage antique devenait une source de création.

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