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Tableau en Compigné représentant la place Louis XV
Tableau en Compigné représentant la place Louis XV - Objets de Vitrine Style
Réf : 87806
5 000 €
Époque :
XVIIIe siècle
Signature :
Attribué à Thomas Compigné
Provenance :
France, entre 1764 et 1777
Materiaux :
Écaille de tortue, étain et or
Dimensions :
Ø 17 cm
Objets de Vitrine Miniatures - Tableau en Compigné représentant la place Louis XV
Galerie François Léage
Galerie François Léage

Mobilier et objets d'art du XVIIIe siècle


+33 (0)1 45 63 43 46
Tableau en Compigné représentant la place Louis XV

Ce petit tableau en feuille d’étain estampée et rehaussée d’or sur un fond d’écaille représente la place Louis XV, actuellement nommée place de la Concorde, à Paris. Au centre de cette place de forme octogonale, on distingue la statue équestre du roi Louis XV. Quatre profonds fossés protégés par des balustrades et ayant chacun deux guérites délimitant un vaste espace. Les cimes d’arbres de part et d’autre permettent d’évoquer la présence du jardin des Tuileries sur la droite et des jardins des Champs-Élysées sur la gauche. Dans l’axe de la statue équestre et dans le prolongement de la rue Royale, on distingue la façade de l’église de la Madeleine constituée d’un portail à fronton triangulaire surmonté d’une coupole sur un important tambour et dominée par une flèche. Elle est différente de celle que nous connaissons aujourd’hui, puisqu’elle correspond à un projet de 1764 réalisé par Pierre Contant d’Ivry (1698-1777), n’ayant ...

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... finalement pas abouti suite à son décès en 1777. De chaque côté de la rue Royale, deux vastes bâtiments encadrés de pavillons d’angles créent une ordonnance parfaitement symétrique à colonnades sur soubassement à refends. La scène est animée de personnages déambulant sur la place ainsi que d’un carrosse circulant sur le quai de la Seine, au premier plan. Délimitée par un vaste mur de pierre, la Seine est également agrémentée de deux embarcations.

La place Louis XV, actuelle place de la Concorde
La place Louis XV, actuellement connue sous le nom de place de la Concorde est issue d’une des plus vastes opérations d’urbanisme réalisée à Paris au milieu du XVIIIe siècle. Elle fut conçue pour accueillir la statue de Louis XV commencée par Edmé Bouchardon (1698-1762) et achevée par Jean-Baptiste Pigalle (1714-1785) qui avait été offerte par la municipalité de Paris au Roi à la suite de sa guérison en 1748. Situé entre le jardin des Tuileries et l’avenue des Champs-Élysées, l’emplacement, qui n’était encore à cette époque qu’une vaste zone servant de pâturages aux bestiaux, fut transformé en une place de forme octogonale entre 1755 et 1775.

À la suite d’un concours lancé en 1753, l’architecte Ange-Jacques Gabriel (1698-1783), désigné lauréat, fut chargé d’aménager une place ouverte au sud vers la Seine, à l’ouest vers l’avenue des Champs-Élysées, à l’est vers le jardin des Tuileries, ne fermant l’ensemble que sur le côté nord par deux bâtiments jumeaux. Encore visibles aujourd’hui, ces bâtiments accueillaient, à gauche, plusieurs hôtels particuliers faisant échos, à droite, au bâtiment du Garde-Meuble de la Couronne. Celui-ci devint, au moment de la Révolution, le siège du ministère de la Marine, prenant alors le nom d’hôtel de la Marine. La façade de l’église de la Madeleine visible sur ce médaillon n’a jamais été construite et permet de dater plus précisément cet objet. D’abord conçue comme une petite chapelle, la Madeleine devint au XVIIe siècle l’église paroissiale du quartier du Faubourg Saint-Honoré, bénéficiant de reconstructions. Pourtant, l’envergure de celle-ci devint insuffisante au XVIIIe siècle en raison de l’essor des quartiers ouest de Paris et il fut décidé de la construction d’une nouvelle église, plus adaptée à accueillir une population de plus en plus nombreuse et prestigieuse. Les plans en furent commandés en 1757 à Pierre Contant d’Ivry, architecte du duc d’Orléans qui proposa une église en forme de croix latine surmontée par un petit dôme, projet approuvé en 1764. Les fondations étaient creusées et le soubassement commençait à s’élever lorsque Pierre Contant d’Ivry mourut en 1777. Il fut alors remplacé par Pierre Boullée qui imagina un nouveau projet. Après de nombreux aléas, l’église de la Madeleine telle que nous la voyons aujourd’hui ne fut achevée qu’en 1842 suivant un projet encore différent.
Ces éléments nous permettent donc de dater assez précisément ce médaillon puisque la façade de l’église de la Madeleine correspond à celle du projet de Pierre Contant d’Ivry qui avait donc cours entre 1764 et 1777. Si les fossés et la statue équestre de Louis XV, remplacés à la Révolution par la guillotine puis par l’obélisque, ne sont plus visibles aujourd’hui, ce petit médaillon donne une image délicate de cette place. Il répond probablement à la fascination exercée à l’époque par ce lieu, qui fut le terrain d’un des projets d’urbanisme les plus marquants du XVIIIe siècle, mais surtout le symbole du lien entre Paris et le Roi. C’est en effet sur cette place que fut célébré le mariage du futur Louis XVI et de Marie-Antoinette, le 30 mai 1770 (donc à une date proche de celle où fut créé ce médaillon), avant que n’y fut installée la guillotine sous laquelle ces deux derniers périrent.

Les tableaux en Compigné
D’une grande préciosité et variété de matériaux, les tableaux en Compigné étaient réalisés selon un procédé mystérieux à partir d’une feuille d’écaille de tortue ou de papier cartonné sur laquelle était appliquée une feuille d’étain ou d’or. La surface pouvait ensuite être décorée à l’or, à l’argent, à la gouache et aux vernis colorés. Ces « miniatures » connues aujourd’hui sous le nom de Compigné, eurent un très grand succès dans les années 1760. Le petit format, caractéristique de cette production, nécessitait de travailler avec une extrême précision, probablement à l’aide d’une loupe, pour développer le perfectionnement des détails techniques et des coloris.

Thomas Compigné
Arrivé d’Italie probablement vers 1750, Thomas Compigni prit le nom de Compigné en s’installant à l’enseigne du Roi David, rue Greneta à Paris. En tant que tabletier, il était spécialisé dans la fabrication et la vente de boîtes, de jeux de trictrac, de dames et d’échecs, de tabatières et autres poignées de canne en écaille blonde incrustées d’or. Réputé pour la qualité de ses objets, il passa à la postérité par la production de tableaux précieux dont la technique reste aujourd’hui mystérieuse. En 1773, il présenta au Roi deux vues du château de Saint-Hubert et obtint le titre de tabletier privilégié du Roi sous Louis XV et sous Louis XVI. Ses thèmes de prédilection sont le plus souvent des vues de villes, de monuments et de châteaux dans des perspectives de parcs ou de paysages animés de petits personnages.

Bibliographie
Jean-Marie Bruson, Françoise Reynaud, Philippe Sorel, Rosine Trogan et Jean-Pierre Willesme, De la place Louis XV à la place de la Concorde, catalogue d’exposition, Paris, Musée Carnavalet, 1982.
Anita Semail, « ces délicats chefs-d’œuvre de la tabletterie au XVIIIe siècle : Les Compigné et leurs créateurs », Plaisir de France n° 427, mars 1975.
Ouvrage collectif, Compigné, peintre et tabletier du Roy, catalogue d’exposition, Grasse, Villa-Musée Jean-Honoré Fragonard, Juin-Juillet 1991.

Bon état général.

Galerie François Léage

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