Par Franck Baptiste Paris
Rare réchaud tripode en porcelaine de Meissen de forme dite “Schnäppele Casserole”, modèle identifié dans les archives sous le nom de "Reintel".
Ces réchauds étaient destinés à maintenir au chaud les liquides et préparations délicates lors du service.
Cette typologie, particulièrement peu courante, s’inscrit dans les grandes livraisons de services princiers exécutés pour la cour de Saxe et de Pologne au milieu du XVIII siècle.
La porcelaine, à pâte dure, est ornée d’un délicat décor en camaïeu pourpre figurant des scènes galantes d’après Antoine Watteau, traitées avec une grande finesse de pinceau dans un esprit profondément rococo. Le couvercle est sommé d’une prise naturaliste en forme de citron accompagné de sa feuille de citronnier, détail particulièrement raffiné et emblématique des recherches naturalistes menées à Meissen à cette période.
Quelques rares exemplaires de ce modèle sont aujourd’hui connus, dont certains portant ...
... les armes royales de Frédéric-Auguste II de Saxe, attestant leur destination à un usage princier au sein de services d’apparat de très grande ampleur.
L’exemplaire présent a été transformé à la toute fin du 18 ème siècle en pot-pourri, selon un goût typiquement français. Il est enrichi d’une monture en bronze doré finement ciselée, composée d’une galerie ajourée à frise de palmettes dans le goût étrusque.
La qualité d’exécution est remarquable : ciselure extrêmement fine, dorure au mercure à double patine, mate et brillante, témoignant d’un travail de tout premier ordre que l’on peut rapprocher des productions réalisées par des grands bronziers parisiens, comme Pierre Gouthière ou Pierre Philippe Thomire, à l’aube de la révolution.
Très bel état de conservation, un petit manque à une pétale de la fleur de citronnier.
La porcelaine Manufacture de Meissen vers 1745, au revers marque en bleu aux deux épées entrecroisées.
La monture en bronze, Paris vers 1785-1790.
Dimensions :
Hauteur : 20 cm ; Largeur : 20 cm
Réchauds de même type :
-Christie’s Londres 21 Septembre 2004, lot 111, aux armes de Frédéric-Auguste II, électeur de Saxe.
-Koller Jeudi 19 Septembre 2024, lot 1171, aux armes d’alliance de Saxe et de Pologne.
Notre avis:
Le réchaud que nous présentons est une pièce de très grand intérêt, tant par la rareté de sa forme que par la qualité de son décor et de sa monture. Ce modèle, directement lié aux services princiers de Meissen, est rarissime sur le marché. La transformation en pot-pourri à la fin du XVIII? siècle atteste de sa présence en France à une date ancienne, dans un contexte de goût prononcé pour les objets montés.
On ne peut exclure que ce type de pièce ait transité dans l’entourage de Marie-Josèphe de Saxe, fille de l’électeur de Saxe, arrivée en France en 1747 lors de son mariage avec le Dauphin Louis. Très attachée à ses origines, elle contribue à diffuser le goût saxon à la cour et à promouvoir les productions de la manufacture de Meissen auprès de l’aristocratie française.
Le fait qu’un exemplaire identique soit connu aux armes de son père renforce cette hypothèse : de telles pièces pouvaient être offertes dans un cadre diplomatique ou constituer des présents de choix au sein de cercles proches. Les dates de production de ce modèle correspondent pleinement à cette période d’échanges artistiques particulièrement féconds entre Dresde et Versailles.