Par Galerie Nicolas Lenté
Mobilier, et Objets d'Art de la Haute Epoque au XVIIIe
Portrait de dame en habit de bal masqué
Par François de Troy (1645–1730)
Signé en bas à droite : peint… de Troy…
Ecole Française du XVIIIème siècle, vers 1715-1720
Toile : h. 81 cm l. 65 cm
Cadre en bois doré et finement sculpté d’époque Louis XIV
Encadré : h. 102 cm, l. 86 cm
Provenance:
- vente collection Claudon, Paris, 23 juin 1926, lot 50
- Galerie Maroni, Paris en 1969 (documentation enregistrée sur le site RKD (centre de recherche en histoire de l'art aux Pays Bas https://rkd.nl/imageslite/1072333)
Notre portrait illustre avec finesse tout le talent et la virtuosité de François de Troy, où l’éclat maîtrisé de la couleur, la richesse des textures, la gestuelle raffinée s’unissent pour offrir une image idéalisée de la femme de haute société, à la fois distinguée, mystérieuse et pleinement inscrite dans la culture mondaine de la fin du Grand Siècle.
L’exécution de cette œuvre correspond à la période de maturité du ...
... peintre, au cours de sa longue carrière, et coïncide avec l’avènement de la Régence ainsi qu’avec l’émergence d’une nouvelle génération d’artistes qui marquent profondément l’école française durant le premier tiers du XVIII? siècle.
Dans le sillage de la mode des fêtes galantes initiée par Watteau et poursuivie par Lancret, le portrait figé hérité du règne de Louis XIV cède progressivement la place à des effigies plus libres et plus expressives, où la fantaisie se mêle désormais au réel.
Notre jeune dame est portraiturée tournée de trois quarts, à mi-taille dans un ovale feint qui renforce l’intimité et la présence du modèle. Une légère inclinaison du buste lui confère souplesse et élégance à la pose. Le regard, calme et direct, établit un lien mesuré avec le spectateur et participe à l’impression de distinction et de retenue propre aux portraits d’apparat.
Le visage, finement modelé, présente une carnation claire aux tons satinés, animée de joues délicatement rosées. Les traits sont idéalisés sans rigidité : bouche petite et fermée, nez droit, yeux sombres légèrement ombrés. La coiffure, relevée et disciplinée, dégage le front et souligne le port altier de la tête.
La dame porte un somptueux costume de bal masqué, thème en vogue dans le milieu aristocratique, dont les goûts et les mœurs se dirigent vers l’univers du divertissement et du théâtre. La robe de soie rouge terre cuite richement plissée, est ornée de galons et rehaussée d’un décolleté profond laissant apparaître une dentelle blanc ivoire. Les manches à crevés, révélant un chemisier blanc sous la soie colorée, constituent une référence explicite aux costumes de la Renaissance, ici délibérément réinterprétés selon le goût du tournant du XVIII? siècle, dans un esprit de fantaisie érudite propre aux bals masqués.
Un manteau de velours vert sombre, doublé de soie blanc ivoire, attaché aux épaules, enveloppe partiellement la figure. Le contraste entre le velours mat, la soie brillante et la dentelle diaphane témoigne de la virtuosité du peintre dans le rendu des matières précieuses. Le scintillement des rehauts de blanc, légèrement zigzaguée correspond au style graphique plus vibrant des dernières années de François de Troy.
La coiffure est complétée par un petit bonnet de soie rouge de terre cuite, dont la forme s’inspire des couvre-chefs féminins de la Renaissance, surmonté d’un chapeau ornemental assorti. Celui-ci est enrichi de bijoux en or jaune et d’une plume d’autruche blanc ivoire aux reflets nacrés, renforçant le caractère fastueux et théâtral du costume.
Dans sa main, la dame tient un masque noir mat, élément central de la composition. Cet accessoire, emblématique des fêtes masquées, introduit une dimension symbolique forte : il évoque le jeu mondain, la dissimulation et la séduction maîtrisée, tout en créant un contraste marqué avec la douceur du visage découvert.
Le fond frotté, typique de l’artiste est traité dans des tons brun chaud nuancés d’ocre, demeure volontairement neutre afin d’isoler la figure et de concentrer l’attention sur le modèle. L’éclairage doux et diffus sculpte les volumes sans effets dramatiques, conférant à l’ensemble une atmosphère feutrée et élégante.
Les habits de la jeune femme font allusion à ce qu’on appelle à l’époque le costume d’espagnolette dont la mode s’est répandu après que Philippe d’Anjou, petit fils de Louis XIV eut accède au trône d’Espagne en 1700. De nombreux portraitistes de la Régence ont popularisé cette tenue de déguisement pour les bals masqués auprès de leurs modèles, délaissant les travestissements mythologiques en vogue au siècle précèdent .
François de Troy (Toulouse 1645 – Paris 1730)
François de Troy, issu d’une famille d’artistes toulousains, se fait très tôt remarquer avec la réalisation d’armoiries pour l’entrée solennelle du Prince de Conti à Toulouse en 1662. On le retrouve ensuite à Paris où il poursuit sa formation dans l’atelier de Nicolas Loir, puis de Jean I Cotelle, dont il épouse la fille en 1668. D’abord peintre d’Histoire il est agréé à l’Académie en 1671 puis reçu en 1674 avec « Mercure et Argus ». Par sa fréquentation de l’atelier de Claude Lefebvre, il s’oriente vers l’art du portrait dont il sera l’un des plus grands représentants de la fin du règne de Louis XIV et de la Régence. On pense que grâce à ses liens d’amitié avec Charles Le Brun, premier peintre du Roi, il fut mis en contact avec Madame de Montespan, qui en fera l’un de ses artistes attitrés. L’entregent de l’impétueuse favorite lui permettra d’entrer en contact avec la famille royale et de tout ce qui compte à la cour et à Paris. Il sera aussi le portraitiste de la famille royale d’Angleterre, exilée en France au château de Saint-Germain-en-Laye à partir de 1689. Fin courtisan, François de Troy s’attacha ensuite au duc du Maine, bâtard chéri de Louis XIV et à son influente épouse, fille du prince de Condé. Adjoint à professeur en 1692, il est nommé professeur à l’Académie l’année suivante. Il en sera directeur de 1708 à 1711. Il sera aussi plusieurs fois sollicité par les échevins parisiens pour des commandes religieuses. Son fils Jean-François (1679 – 1752) collabora avec lui à la fin de sa carrière avant de relever le flambeau et de perpétuer la gloire familiale.
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