Par Galerie Nicolas Lenté
Mobilier, et Objets d'Art de la Haute Epoque au XVIIIe
Portrait d’un gentilhomme
par Robert Le Vrac Tournières (1667-1752)
Ecole Française du XVIIIème siècle, vers 1725
Huile sur toile
Dimensions : h. 81 cm, l. 64 cm
Important cadre en bois doré et richement sculpté d’époque Louis XIV
Dimensions encadré : h. 103 cm, l. 87 cm
Nous remercions Monsieur Eddie Tassel, spécialiste de Robert Le Vrac Tournières, d’avoir confirmé l’attribution de notre portrait à l’artiste, qu’il date vers 1725.
Bibliographie:
Sur l'œuvre de Robert le Vrac Tournières voir le catalogue de l'exposition du musée des Beaux-Arts de Caen: Robert Le Vrac Tournières, les facettes d'un portraitiste, par Eddie Tassel et Patrick Ramade; juin-septembre 2014 (Snoeck 2014)
Provenance :
Selon l’étiquette collée au dos : probablement comte Léon (1806-1881), fils naturel de Napoléon Ier
Collection Monsieur A… L…, sa vente à Paris, Hôtel Drouot, 15 juin 1903
Collection d’une institution privée américaine : The Barker ...
... Welfare Foundation
Vente Sotheby’s New-York, 17/01/1985, lot n° 162
Collection privée américaine
Le portrait que nous présentons s’inscrit pleinement dans la tradition du grand portrait aristocratique français du premier quart du XVIIIème siècle, héritée de l’esthétique louis-quatorzienne tout en annonçant l’assouplissement formel et la recherche du naturel propres aux années de la Régence. Formé dans l’atelier d’Hyacinthe Rigaud, Robert Le Vrac Tournières y déploie un langage pictural fondé sur l’élégance, la retenue et la maîtrise des effets de matière et de couleur.
La composition, volontairement sobre, met en valeur le modèle représenté à mi-corps dans un intérieur palatial sur un fond architectural discret. Les tonalités brunes, ocres et terreuses du fond créent un espace feutré et chaleureux, conçu comme un écrin destiné à faire émerger la figure en évitant tout effet décoratif superflu.
Un éclairage intense renforce la présence du modèle à l’expression douce et aimable, la vivacité du regard, sa calme sérénité, sont les signes d’une certaine dimension psychologique recherchée par l’artiste. Une ample perruque poudrée, composée de boucles légères, vaporeuses et parfaitement dessinées dans une mise en forme soigneusement ordonnée, contribue à valoriser le visage aux traits réguliers soigneusement modelé par de subtils dégradés de roses, de beiges et de gris chauds de la barbe naissante, sans contrastes abrupts.
La poudre blanche de la perruque semble délicatement retomber sur l’épaule du modèle, créant un effet de dépôt presque imperceptible sur son habit de velours brun aux tonalités de marron glacé. Ce détail d’un grand raffinement pictural met en évidence l’attention portée par l’artiste aux phénomènes de matière et de surface : le contraste entre la poudre mate et claire et la profondeur chaude, légèrement satinée, du velours accentue la richesse tactile de l’ensemble, tout en renforçant l’impression de présence réelle du personnage.
Les éléments dorés — boutons et broderies aux col et manches— ponctuent cette masse chromatique sobre par des accents lumineux et mesurés. Leur éclat contenu dialogue avec la dentelle blanche du jabot et des manchettes, traitée dans des blancs nuancés de gris, qui apportent une profondeur visuelle et soulignent la finesse du dessin dont l’artiste fait preuve.
L’exécution se révèle particulièrement sophistiquée dans le traitement du manteau, véritable pivot visuel de l’œuvre. L’étoffe de velours, loin d’une couleur uniforme, est brossée à partir d’une gamme chromatique de roses violacés, de pourpres profonds et de bruns lie-de-vin, parfois enrichis de reflets nacrés. Ces nuances, obtenues par un jeu subtil de glacis superposés et des empattements stridents confèrent au velours une profondeur vibrante et une grande richesse oculaire. La lumière s’accroche sur les crêtes des plis cassants et angulaires du tissu, révélant des transitions délicates entre ombres légèrement froides et rehauts plus chauds, ce qui donne au manteau une présence presque sensorielle, sans jamais rompre l’équilibre général.
La main qui retient le manteau, fait l’objet d’un soin particulier. Les doigts souples et longs, à l’auriculaire légèrement écarté témoignent d’un idéal de distinction et de raffinement aristocratique. Les ongles, lisses et délicatement brillants, signalent une pureté et participent à la codification sociale du portrait. Le geste très maniéré introduit une tension discrète et contrôlée, relevant d’un vocabulaire gestuel codifié propre au portrait d’apparat.
Sur le plan stylistique, l’œuvre se situe à la croisée de la solennité du portrait officiel et d’une approche plus souple et plus intime. La posture assurée, le regard direct et la richesse vestimentaire affirment le rang social du modèle, tandis que la fluidité de la touche et la subtilité des coloris adoucissent toute rigidité excessive. Tant par l’usage virtuose de la couleur que par l’attention portée aux détails, Robert Le Vrac Tournières livre ici une image exemplaire de l’aristocratie française sous la Régence, où l’art du portrait devient un vecteur privilégié d’élégance, de pouvoir et de distinction sociale.
Robert LE VRAC TOURNIERES (Caen 1667-1752)
Fils d’un tailleur de Caen, Robert Le Vrac se forme auprès de Bon Boulogne à Paris. Il devient membre de l’Académie de Saint-Luc en 1695. Le peintre se fait appeler Robert Tournières, ce nom désignant la terre d’origine de la famille, un lieu-dit près de Bayeux. Il collabore avec Hyacinthe Rigaud et exécute des copies de ses œuvres en 1698 et 1699. Il est reçu comme portraitiste à l’Académie en 1702. Tournières est remarqué au Salon de 1704 où il expose une vingtaine d’œuvres, essentiellement des portraits, individuels ou collectifs, et des peintures d’histoire. Ambitieux et plein de ressources, Tournières ne renferme pas son talent dans le genre étroit de portrait, mais touche à l’histoire profane et sacrée, la spécialité qui lui a valu une seconde réception a l’Académie en tant que peintre d’histoire.
Malgré cette double admission, c’est plutôt dans l’art du portrait qu’il a eu une longue et brillante carrière presque exclusivement parisienne. Pendant près d'un demi-siècle, c'est une clientèle aristocratique et bourgeoise qui fréquente son atelier. Son style singulier et reconnaissable tout en étant fidèle aux formules définies par Rigaud et Largilliere révèlent un talent et savoir-faire honorables. Un observateur doté de patience, il est connu pour ses coloris délicats, la souplesse de son pinceau et ses drapés élégants.
Souvent négligé et méconnu des critiques d’art, injustement relégué au second plan face aux géants du portrait XVIIIème, très peu gravé par ses contemporains, son œuvre sort de l’oubli et l’hommage lui a été rendu par le musée de Caen en 2014 avec une exposition monographique.
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