Par Franck Baptiste Paris
Rare et importante pendule en bronze finement ciselé et doré au mercure reposant sur une base mouvementée de forme rocaille entièrement ajourée.?Elle est agrémentée de tertres naturalistes, de branchages, de fleurs en porcelaine polychrome ainsi que de petits animaux de la ferme participant à l’esprit pastoral de la composition.
La scène accueille deux importants sujets en porcelaine, figurant probablement Arlequin et Colombine dans une interprétation galante et champêtre propre au goût du milieu du XVIIIème siècle.
Arlequin, vêtu d’un costume de fantaisie et coiffé d’un chapeau pointu, joue de la musette tandis que Colombine est représentée assise tenant un instrument à cordes.
Les personnages prennent place sous de légères treilles de jardin en bronze doré à décor ajouré évoquant les tonnelles des grands jardins aristocratiques.
À gauche s’élève un moulin miniature en bronze doré aux ailes ajourées faisant également office de lampe à ...
... huile, usage particulièrement rare sur ce type de pendule.
Le mouvement est perché en hauteur sur un important enroulement rocaille traité à la manière d’un arbre stylisé dominant l’ensemble de la scène.
Les deux principaux sujets en porcelaine sont enchâssés sur des bases pivotantes en bronze doré découvrant de petits casiers secrets dissimulés dans la structure, probablement destinés à accueillir des bijoux, monnaies ou petites pièces d’or.
Le cadran émaillé blanc à chiffres romains est inscrit dans un entourage asymétrique à décor de rocailles, feuilles d’acanthe et agrafes mouvementées.
Il est signé “Bunon à Paris”, pour Antoine-robert Bunon, horloger reçu maitre à Paris en 1763.
Le mouvement est également signé au revers sur la platine.
Suspension à fil de soie ; parfait état de marche, révisé par notre horloger.
Très belle qualité de ciselure et de dorure au mercure d’origine.
Bel état de conservation, usures à la dorure et petites restaurations à la porcelaine.
Les personnages en porcelaine par Johann Joachim Kaendler, manufacture de Meissen vers 1750.
Travail d’un grand marchand mercier parisien, époque Louis XV vers 1765.
Dimensions :
Hauteur : 53 cm ; Largeur : 46 cm ; Profondeur : 26 cm
Notre avis:
Cette pendule constitue un remarquable témoignage du goût parisien des années 1760, mêlant avec virtuosité le théâtre italien, l’univers pastoral et l’alliance entre le bronze rocaille et la porcelaine.
Les personnages sont directement inspirés de la commedia dell’arte, probablement Arlequin et Colombine, dont les figures furent largement diffusées dans les arts décoratifs du XVIII ème siècle. Toutefois, loin du théâtre populaire italien d’origine, ils apparaissent ici transformés selon le goût aristocratique français en élégants musiciens champêtres évoluant dans un décor idéalisé.
L’esprit général de la composition évoque fortement les pastorales de François Boucher ainsi que celles de Jean-Baptiste Huet, dont les scènes de bergers galants, de jeux amoureux et de musique connurent un immense succès sous le règne de Louis XV.
On retrouve ici ce même univers poétique fait de moulins, de treillages de jardins, de fleurs et d’animaux familiers, transposé dans l’art du bronze et de l’horlogerie.
À travers cette œuvre apparaît ainsi la transition entre l’exubérance du rocaille Louis XV et les prémices du goût Louis XVI, marqué par un retour à une nature idéalisée, à la simplicité pastorale et à une élégance plus mesurée.
Le moulin miniature occupant la partie gauche de la composition présente un intérêt tout particulier puisqu’il fait également office de lampe à huile. Ce dispositif renforçait considérablement l’effet théâtral de l’œuvre : à la tombée du jour, la lumière vacillante de la flamme animait les reliefs du bronze doré, les porcelaines polychromes et les ombres projetées par les treillages ajourés. Associée au mouvement de l’horlogerie perché en hauteur tel un arbre dominant la scène, la composition devait produire un effet spectaculaire et profondément vivant.
Cette recherche de mouvement et d’animation est caractéristique des créations les plus sophistiquées du milieu du XVIIIème siècle, où les bronziers et horlogers cherchaient à transformer la pendule en véritable décor miniature habité.
Les deux sujets principaux, montés sur des bases pivotantes découvrant des compartiments secrets, témoignent également du raffinement ingénieux de ces objets précieux conçus autant pour séduire que pour surprendre leurs propriétaires.
Notre pendule correspond parfaitement à ce goût « Pompadour » développé par les grands marchands-merciers parisiens qui associaient bronzes dorés, porcelaines et horlogerie dans des créations particulièrement sophistiquées.
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