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Le Suicide de Cléopâtre - Marie Éléonore GODEFROID, vers 1805
Réf : 129382
14 000 €
Époque :
XIXe siècle
Provenance :
France
Materiaux :
Huile sur toile
Dimensions :
l. 80 cm X H. 100 cm
Galerie Magdeleine
Galerie Magdeleine

Peintures et dessins du XVIIe au XIXe siècle


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Le Suicide de Cléopâtre - Marie Éléonore GODEFROID, vers 1805

Marie Éléonore GODEFROID (Paris, 1778 – Paris, 1849)
Le Suicide de CLéopâtre

Vers 1805-1806.
Huile sur toile.
H : 100 ; L : 80 cm.

Née en 1778, Marie-Éléonore Godefroid grandit au Louvre, où son père, Ferdinand-Joseph Godefroid, est restaurateur des tableaux du roi. Elle y est donc familière, dès l'enfance, des grands maîtres des collections royales. Formée d'abord par son père, elle entre à dix-sept ans comme professeure de dessin et de musique dans l'institution de jeunes filles fondée par Madame Campan à Saint-Germain-en-Laye. Ce pensionnat forme alors l'élite féminine du Directoire et de l'Empire. Elle le quitte au milieu des années 1800, lorsque Madame Campan est appelée à diriger la maison d'Écouen, pour se consacrer entièrement à la peinture. Elle se perfectionne alors auprès de deux anciens élèves de David, Jean-Baptiste Isabey et surtout François Gérard. Elle travaille aux côtés de ce dernier à partir de 1805, puis s'installe ...

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... sous son toit en 1812 et devient sa collaboratrice et sa principale copiste.

De 1800 à 1847, Godefroid expose au Salon presque exclusivement des portraits : les enfants du maréchal Ney en 1810, la reine Hortense et ses fils en 1812, puis les enfants du duc d'Orléans sous la Restauration. Elle est médaillée en 1812 et en 1824. Sa facture est si proche de celle de son maître qu'une partie de son œuvre a longtemps circulé sous le nom de Gérard. C'est l'une des raisons de son effacement rapide après sa mort.

Notre tableau représente Cléopâtre en demi-figure, au moment où elle approche l'aspic de sa poitrine.
La formule reprend le type bolonais de l'héroïne en demi-figure au regard tourné vers le ciel, que la jeune femme avait pu méditer dans les collections du Louvre. Elle le tempère toutefois par une retenue toute néoclassique.

L'attribution et la datation reposent sur la comparaison avec les portraits de l'artiste. Le tableau nous semble légèrement antérieur au Portrait de Madame Campan qu'elle exécute vers 1807. On y retrouve le même moelleux des chairs, modelées par passages insensibles ; le velours traité en larges plans lumineux, qui deviendra presque une marque de fabrique ; la chevelure mousseuse, divisée en larges mèches souples ; les mains aux doigts effilés et légèrement cambrés, que l'on reconnaît d'un tableau à l'autre.
Le drapé, surtout, est propre à l'artiste. Godefroid le veut lourd et fluide, comme alourdi par sa propre matière : l'étoffe tombe par son poids, en larges coulées, sans jamais se casser. Les arêtes des plis restent molles, arrondies, presque fondues dans la pénombre. Elle s'écarte ainsi du pli aigu et sculptural de la tradition davidienne, et la lumière glisse sur le tissu plus qu'elle ne le découpe. On retrouve ce drapé tout au long de sa carrière, jusque dans le portrait de Madame Campan commandé en 1845 par Louis-Philippe pour le Musée historique de Versailles.
La parenté est plus étroite encore avec le Portrait de Marie-Joséphine-Louise de Savoie attribué à l'artiste, dont le format est quasiment identique à celui de notre toile. Dans les deux tableaux, les plis épousent en courbes amples la rondeur des corps, et la poitrine est modelée avec le même arrondi.

L'empreinte de Gérard est ici évidente. Ancien élève de David, il avait délaissé la peinture d'histoire pour devenir le portraitiste le plus recherché de l'Empire. Il avait pourtant conservé dans ses effigies la dignité et l'idéalisation du grand genre.

Godefroid emprunte le chemin inverse : elle traite un sujet d'histoire à la manière d'un portrait, avec une figure unique, cadrée à mi-corps, isolée sur un fond sombre. Elle doit à Gérard la porcelaine des carnations, la lumière enveloppante qui détache la figure du fond, et le goût des étoffes somptueuses dont le rendu fait partie du sujet.

Pourquoi Godefroid n'a-t-elle jamais exposé ce tableau ? Il faut d'abord y voir une œuvre de formation. À vingt-sept ans, l'artiste entre dans l'orbite de Gérard, et l'exercice de la figure d'histoire, sous l'œil du maître, relève de la pratique d'atelier. Mais le silence du Salon tient aussi à la stratégie d'une carrière. Ancienne professeure de l'institution Campan, Godefroid construit sa réputation auprès des familles de l'élite impériale, qui lui confient le portrait de leurs enfants. Une Cléopâtre au sein découvert s'accorde mal avec cette image de respectabilité, à l'heure où la critique rappelle aux peintres femmes les limites de leur sexe.
Le tableau illustre ainsi parfaitement la démarche décrite dans ce catalogue. L'héroïne antique s'offre seule au regard, à la manière d'un portrait, et l'ambition du grand genre reste confinée à la sphère privée. C'est un témoignage rare de l'ambition d'histoire chez une artiste que la postérité n'a retenue que comme portraitiste.

Galerie Magdeleine

Tableaux XIXe siècle Empire

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