Par Kolhammer & Mahringer Fine Arts
Spécialisé dans les sculptures et les peintures de maîtres anciens
Atelier de maître en Bohême
Environnement Maître Theoderich, Prague
Vers 1410/20
Bois de tilleul sculpté
Originaux, version polychrome
Hauteur 107 cm
Saint Jean-Baptiste – Sculpture entre ascétisme et art de cour
Cette sculpture monumentale en bois de Saint Jean-Baptiste a été réalisée en Bohême peu après 1400. La sculpture, l’incarnation vivante et le traitement virtuose de la chevelure et des plis suggèrent une influence de l’atelier de Maître Théodoric, célèbre personnalité artistique qui fut peintre de la cour de Charles IV et dont l’atelier est considéré comme ayant marqué le style de l’art pragois vers 1380-1400.
Représentation et iconographie
Jean apparaît ici comme un sublime prédicateur de la pénitence, doté de ses attributs typiques : Le vêtement en poil de chameau – symbole du mode de vie ascétique – est sculpté avec une finesse étonnante. Les cheveux sont bouclés de manière presque symétrique et donc ...
... disposés en forme de cœur. Le tout est recouvert d’un manteau doré doublé de rouge et retenu par une broche, dont la splendeur offre un contraste saisissant avec le mode de vie simple du saint. Le saint se tient debout, pieds nus, sur la dalle – une mise à la terre accentuée qui fait référence à son existence dans le désert. Les pieds tendus aux orteils allongés rappellent encore une fois son ascétisme. Dans la main gauche, il porte un livre, probablement les Saintes Écritures, signe de son rôle de prédicateur. La main droite est levée dans le geste classique de la prédication : Le majeur, l’index et le pouce pointent vers le haut, expression parlante de sa mission prophétique. Les doigts allongés présentent des ongles de forme naturaliste et des encoches sur la paume, ce qui donne au personnage une impression de proximité.
Un travail de sculpture d’une grande finesse
On notera en particulier la finesse plastique des cheveux et de la barbe, sculptés de manière dense et symétrique, avec une seule boucle sur le front ; une caractéristique que l’on retrouve également dans la représentation de saint Guy dans la chapelle du Crucifix de Karlstein. Ces parallèles avec l’atelier de Théodoric – tant dans le style de la chevelure que dans la conception naturaliste du visage – plaident en faveur d’une proximité stylistique avec ce cercle d’artistes. Les traits du visage de Johannes sont modelés de manière extrêmement vivante : Des joues rougies et des yeux éveillés avec des sourcils proéminents et relevés confèrent au personnage une présence dialogique. Son regard semble s’adresser à un spectateur situé en contrebas, ce qui indique qu’il était autrefois placé en hauteur, probablement au sein d’un autel ou d’une structure plus large dans une église.
Style de plis et fluidité du mouvement
Le drapé du manteau doré allie un modelage proche du corps et le style volumineux typique de l’art tchèque des années 1400 : serré sur le torse, le tissu tombe en un élégant pli en cuvette qui s’ouvre vers le bas en de généreuses bordures dynamiques. Un pli en cuvette triangulaire marqué, avec de multiples plis, crée une animation vivante. La douceur dite « pâteuse » de la draperie fait référence à la période de transition vers le style dit « doux », tel qu’il a été développé de manière particulièrement riche dans le contexte bohémien.
Une œuvre du cercle de la cour de Prague ?
La proximité stylistique avec les œuvres de l’atelier de Théodoric suggère que la statue de Saint Jean pourrait avoir été réalisée par un maître sculpteur de cet environnement. Cet atelier, qui a contribué à la décoration de la cathédrale de Prague et du château de Karlštejn sous le patronage de l’empereur Charles IV, était un lieu d’intense collaboration artistique entre peintres, sculpteurs et peintres sur bois. Les œuvres de ce cercle n’étaient pas seulement l’expression de la piété religieuse, mais servaient également les besoins de représentation de la cour pragoise en plein essor, qui se mettait en scène comme la « nouvelle Rome ».
Pourquoi Jean-Baptiste ?
Jean-Baptiste a joué un rôle central dans la culture religieuse de la Bohême des années 1400. En tant que prédicateur de la pénitence et précurseur du Christ, il était une figure clé pour les mouvements de réforme qui s’exprimaient déjà à Prague avant les troubles hussites. Son message de repentance et de purification s’adressait particulièrement à un public urbain et académique, y compris à l’université de Prague, centre de débats théologiques. La représentation du saint en prophète enseignant, en conversation avec le spectateur, s’inscrit parfaitement dans ce contexte intellectuel.
Conclusion
Cette sculpture de saint Jean-Baptiste est bien plus qu’une image pieuse : elle allie la profondeur spirituelle à la plus haute élaboration artistique. Le lien stylistique avec l’atelier de Théodoric lui confère une importance supplémentaire en tant que témoignage de l’art tchèque. La présence saisissante du saint, le traitement virtuose de la robe, de la chevelure et du visage, ainsi que le rayonnement doctrinal en font un chef-d’œuvre de la sculpture tchèque du début du XVe siècle, créé dans un lieu où l’art, la piété et le pouvoir étaient étroitement imbriqués.
Littérature
Ji?í Fajt & Jan Royt, Magister Theodoricus. The court painter of Emperor Charles IV. The artistic decoration of the sacral rooms at Karlštejn Castle, Prague 1997.
Gustav E. Pazaurek, « Theoderich », in : Allgemeine Deutsche Biographie 37, Leipzig 1894, pp. 708-710.
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