Par Galerie Léage
France, époque Louis XV, vers 1750
Ébène et bronze doré
Provenance :
- Ancienne collection Henry Kravis
Exemples similaires :
- Écritoire en laque du Japon, 1745-1749, Londres, Wallace Collection (inv. F.109).
- Écritoire en laque du Japon, époque Louis XV, collection particulière.
- Encrier en bois de placage de bois de rose et amarante, époque Louis XV, ancienne collection Dillée.
Cette écritoire rectangulaire en ébène et bronze doré reposant sur quatre pieds évasés comprend trois compartiments destinés à recevoir du matériel d’écriture.
Les deux compartiments concaves latéraux en ébène servent de plumier. Ils encadrent un compartiment central subdivisé en quatre éléments : un encrier, un contenant pour l’éponge, un petit compartiment concave en ébène et une boîte à sable.
Les quatre faces en ébène et chaque compartiment ont leurs contours rehaussés de bronze doré. Des rinceaux feuillagés ornent les quatre angles. Chaque face ...
... est garnie en son centre d’une agrafe à motif floral. Des baguettes moulurées soulignent les formes chantournées des bordures inférieures de chaque face. Sur la partie supérieure, des faisceaux enrubannés encadrent chaque compartiment et élément du nécessaire à écrire.
L’art d’écrire
Dans une société? modelée par les savants et hommes de lettres des Lumières, et rythmée par les salons et soirées de personnalités influentes, l’écriture est le moyen le plus courant d’exprimer et de véhiculer ses idées, désirs ou ambitions. Des pièces, des meubles et des objets particuliers se voient dédier à la pratique de cette activité? véritablement portée au rang d’art par certains.
Communément désignée comme le « siècle des Lumières », le XVIIIe siècle faisait de ses intellectuels les principaux représentants de cette époque. L’écrit, principal support de la pensée, se veut leur medium privilégié?, et l’une de leurs principales activités. Deux types d’écriture coexistent alors : la correspondance, premier moyen de communication, pratiquée plusieurs fois par jour ; et l’écriture érudite de romans ou d’essais. L’une et l’autre sont souvent associées par leurs auteurs dans de riches échanges épistolaires grâce auxquels ils développent des idées nouvelles et les exposent à leurs pairs. En témoignent les correspondances de Louise d’Épinay, Voltaire ou encore Jean-Jacques Rousseau.
L’écriture, et avant tout l’écriture épistolaire, s’inscrit dans la recherche croissante d’intimité? caractéristique du XVIIIe siècle. Le plan des appartements se complexifie pour permettre à leur occupant de se retirer en son cœur, loin des pièces d’apparat à la sociabilité? obligée. Dans le secret d’un boudoir ou d’un cabinet sont rédigées des lettres toutes aussi intimes, dont le message n’est lu que par leur seul destinataire. Ayant valeur d’art pour certains,la correspondance est régie par diverses règles : la calligraphie, les lettres sont plus ou moins déliées, les ustensiles d’écriture matérialisant l’appartenance sociale de l’auteur. Le papier sur lequel les pensées sont couchées est souvent une grande feuille double, et non un simple feuillet, preuve de délicatesse envers son correspondant, et symbole de son rang.
L’habitude et le besoin d’écrire à divers moments de la journée poussent les ébénistes à doter de plateaux ou d’encriers de nombreux meubles ayant pourtant une destination tout autre. Les meubles de toilette, essentiels aux moments d’intimité?, et les serres-bijoux se voient parfois munis d’un nécessaire à écrire, agrémentés d’un encrier ou encore d’une tablette couverte d’un cuir, afin de pouvoir répondre en hâte aux billets urgents reçus lors de la toilette du matin. En plus de meubles dédiés, des objets comportant tout le nécessaire à l’écriture sont créés, telles les écritoires.
L’écritoire, un objet utilitaire
A la fois utilitaire et décorative, l’écritoire permet de ranger et de mettre à la disposition de l’épistolier les outils nécessaires à l’écriture. Elle se compose généralement d’un encrier, d’une boîte à sable contenant la poudre destinée à aspirer l’excédent d’encre, voire un compartiment pour l’éponge, voire d’un ou plusieurs plumiers sur lesquels sont posées les plumes d’oie servant à tracer ces belles lettres toutes en pleins et déliés.
Facilement transportable car généralement conçue dans des matériaux légers, elle peut même être munie d’une poignée. Mais certaines écritoires sont réalisées dans des matériaux précieux, à l’image de celle étudiée ici qui associe ébène et bronze doré.
Posée sur un bureau ou une table, l’écritoire est un objet raffiné qui suit le goût du moment et sert de support de créations originales permises par les marchands merciers. Elle est un véritable objet d’art sur lequel les bronziers exercent tout leur talent.
Cette écritoire fait écho au goût contemporain, typique de l’époque Louis XV, où les ornements en bronze issus de la Rocaille décorent et agrémentent un bâti chantourné, et soulignent le galbe des bordures.
Monture en bronze doré
L’idée de monter somptueusement des objets afin de les présenter avec un éclat particulier est ancienne. Dès le Moyen-Âge, des coupes ou vases en pierres rares, et au XVe siècle, des porcelaines, sont sertis d’or ou d’argent de manière à rehausser tant leur beauté? que leur caractère exceptionnel.
Si l’or et l’argent sont encore utilisés au XVIIe siècle, les montures de bronze doré connaissent un essor sans précédent à la fin du règne de Louis XIV, répondant en cela à la nécessité? d’économie qu’impose la période. Durant tout le XVIIIe siècle, des pièces d’exception sont confiées aux mains expertes des plus grands artisans du bronze qui créent alors des montures d’un extrême raffinement à partir de matériaux d’exception, souvent par l’intermédiaire d’importants marchands merciers. Disposant de moyens supérieurs à ceux de la plupart des artisans, ces marchands peuvent en effet acquérir des objets précieux par leur technique ou leurs matériaux, tels les pierres dures, la porcelaine, l’ivoire, la noix de coco, la nacre, la laque, et les bois rares comme ici l’ébène. Ensuite, ils se chargent de les faire monter d’ornements en bronze doré.
Cette écritoire en ébène et bronze doré est un bel exemple d’objet utile au quotidien et élevé au rang d’objet d’art par la préciosité des matériaux employés et le raffinement de sa monture.
Bibliographie
- Charissa Bremer-David, Paris, Life and luxury in the 18th century, Los Angeles, Getty Editions, 2011.
-Pierre Kjellberg, Objets montés du Moyen Age à nos jours, Paris, Les Éditions de l’Amateur, 2000, p. 34.
-Gérald de Montelau, L’esprit du XVIIIe siècle, le désir de créer, Paris, Méroé, 2018.
-Pierre Verlet, Les bronzes dorés français du XVIIIe siècle, Paris, Éditions Picard, 1987. Giacomo et Rozenn Wannenes, Les bronzes ornementaux et les objets montés, de Louis XIV à Napoléon III, Milan, Éditions Vausor, 2004, pp. 94-95.