Par Galerie Léage
Sud de la France, époque Louis XV
Bois naturel sculpté et ciré
Marbre brèche rouge griotte
Exemple similaire :
- Console en bois doré, Sud de la France, XVIIIe siècle, collection particulière.
Cette petite console en bois naturel, conçue comme meuble d’appui, présente un décor sculpté et ajouré à motif végétal.
La ceinture est ornée, au centre, de pampres de vigne composés de branchages, de feuilles et de grappes de raisin. Le traitement ajouré de ces éléments se prolonge sur les faces latérales.
Les quatre pieds prennent la forme de branches sinueuses, simulant des treilles autour desquelles s’enroulent des lianes de vigne. Leur surface est entièrement sculptée et ajourée, avec des feuilles, des vrilles et des grappes. Ces éléments se rejoignent à leur extrémité inférieure pour former l’assise du pied principal. Au niveau de la ceinture, le bois est évidé de part et d’autre des pampres, créant un effet de cavité comparable à ...
... l’intérieur d’un tronc d’arbre. La face arrière, prévue pour être placée contre un mur, ne comporte aucun ornement. Une bande de bois lisse surmonte la ceinture. Le plateau, à ressauts, est en marbre brèche rouge griotte.
La console au XVIIIe siècle
Apparue à la fin du XVIIe siècle, la console accompagne le développement des trumeaux de glace, avec lesquels elle forme un ensemble conçu pour structurer la paroi ou organiser la symétrie d’une pièce. Elle s’intègre durablement, au XVIIIe siècle, au vocabulaire du décor intérieur, en particulier dans les ensembles de boiseries.
À l’origine, la console est conçue comme un élément fixe, intégré à la menuiserie murale. Elle est réalisée pour un emplacement déterminé, le plus souvent entre deux fenêtres ou en pendant d’une cheminée. Le marbre de son plateau est alors généralement assorti à celui du foyer. Elle est destinée à recevoir des objets décoratifs tels que des bronzes, des vases ou d’autres pièces de collection.
Les meubles dits meublants, comme la console étudiée ici, entretiennent un rapport étroit avec les structures murales environnantes. Certains modèles sont parfois conçus pour s’y intégrer visuellement ou pour reprendre, dans leur sculpture, les rythmes et motifs du décor environnant. Le traitement des éléments sculptés, notamment les rinceaux végétaux, participe à cette continuité formelle. Propice au développement d’un important décor sculpté, elle témoigne ici de l’exubérance dont surent faire preuve certains sculpteurs sous le règne de Louis XV. Particulièrement inventifs, ceux-ci optèrent pour un décor audacieux et novateur.
Le répertoire ornemental de la console étudiée associe feuilles et grappes de raisins, un thème en accord avec le goût du milieu du XVIIIe siècle, alliant inspiration naturaliste et références bacchiques, le tout sculpté avec une verve remarquable.
Ce décor de pampres s’épanouit parfois dans le décor des intérieurs du milieu du XVIIIe siècle, et se prête tout particulièrement à l’expression des formes variées du style Rocaille. Ainsi, dans la salle de musique du château de Sans-Souci à Potsdam, aménagée dans les appartements de Fréderic II, un plafond à motif de treilles et de vignes fut exécuté par Michael Merck (1714- 1784) et doré par Adam Carlony. Cette composition évoque celle d’un jardin doré dans lequel les contemporains se plaisent à passer du temps, dans une typologie évoquant le vignoble situé à proximité du palais.
A proximité de cette salle, deux consoles placées dans la petite galerie présentent un décor bacchique. Deux bacchants s’y ébattent joyeusement dans un décor de vignes sur l’entretoise, illustrant ainsi les activités de ce lieu de plaisance, à l’image de la devise hédoniste de Frédéric Ier : « Vivre et laisser vivre ».
La console étudiée ici pourrait avoir pris place dans un décor de lambris coordonné, où panneaux de bois et trumeaux étaient sculptés de motifs végétaux, dans un goût résolument rocaille.
Un meuble du XVIIIe siècle probablement provençal
La console étudiée s’inscrit dans une production régionale influencée par les modèles parisiens, tout en développant des caractéristiques propres aux ateliers méridionaux.
Parallèlement aux formes développées par les artisans de la capitale, des productions mobilières régionales distinctes voient le jour dès la fin du XVIIe siècle. Paris exerce une influence sur ces artisans, qui reprennent les lignes générales du mobilier parisien, tout en les adaptant aux goûts locaux.
Parmi les styles élaborés au XVIIIe siècle, celui dit Louis XV est largement repris en province, notamment auprès de la noblesse locale. En Provence, les ébénistes et menuisiers, souvent désignés sous le nom de fustiers, développent un langage propre tout en s’inspirant des productions parisiennes. Arles, Nîmes et Fourques deviennent des foyers de production importants. Ce que la tradition désignera plus tard sous le nom « Louis XV populaire » y connaît une large diffusion. Marqué par des formes galbées, et un travail de courbes et de contre courbes, ce style fait triompher les ornements naturalistes, traduisant symboliquement l’amour, la rusticité locale, et le désir de prospérité. Les meubles sont fréquemment ornés de motifs inspirés de la nature environnante : gerbes de blé, pampres de vignes, fleurs des champs, roses, rameaux d’oliviers ou encore de laurier.
Les essences de bois utilisées proviennent en grande partie de ressources locales. Le mûrier, résistant à la vermoulure et suffisamment dur pour une sculpture précise, est souvent employé.
Le hêtre, plus souple est également utilisé.
Les fustiers sont à l’origine de la mise au point de plusieurs meubles spécifiques à la région, tels que la panetière, meuble d’apparat destiné au stockage du pain, ou le pétrin, réservé au pétrissage. À côté de ces créations localisées, ils produisent également des meubles correspondant à des typologies plus largement diffusées, comme la console étudiée ici. Celle- ci est adaptée aux intérieurs dans le goût de l’époque, dont les formes se propagent alors à l’échelle du territoire.
Une console comparable, aujourd’hui conservée en collection particulière, présente une silhouette ajourée similaire, notamment dans son piétement formé de quatre pieds réunis à leur base, sculptés comme des branches issues d’un même tronc. Son origine documentée dans le sud de la France constitue un élément de comparaison qui renforce l’hypothèse d’une provenance régionale pour la console étudiée.
Bibliographie
-Daniel Alcouffe (dir.), 18e aux sources du design : chefs-d’œuvre du mobilier 1650-1790, [catalogue d’exposition], Versailles, Domaine de Versailles et de Trianon, Éditions Faton, 2014.
-Françoise Deflassieux, Guide des Meubles et des Styles, Paris, Éditions Solar, 2005, p. 113. Petra Wesch, le château de Sans-Souci, la résidence d’été de Frédéric le Grand, Munich, Prestel Verlag, 2005.
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