Par Segoura Fine Art
Tableaux, Mobilier et Objets dart des 17e, 18e et début 19e siècle
Huile sur toile signée et datée
Blaise Desgoffe 1882 en bas à gauche
Dimensions : 92 x 64 cm
Dimensions avec cadre : 119 x 101 cm
Bibliographies :
E.?Benezit, Dictionnaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs, Editions Grund, Paris, 1999 Gérald Schurr, Pierre Cabanne, Dictionnaire des Petits Maîtres de la peinture (1820-1920), vol. 1, Edition de l'Amateur, Paris, 1996
Ballu Roger, La peinture au Salon de 1880 : Lespeintres émus, les peintres habiles, Editeur A Quantin, Paris William Gerts and Russell Burk, American Still-Life Paintings, p 135/201
After the Hunt: William Harnett and OtherAmerican Still Life Painters 1870-1900
Musées :
Musée de La Rochelle
Musée de Liège
Musée de Louvre
Baltimore Museum
Brooklyn Museum, New York
Metropolitan Museum, New York
Cette peinture est un chef-d'oeuvre de finesse technique et de raffinement décoratif. L'artiste met en scène une coupe d'une complexité fascinante,
en forme de coquille étroite ...
... et allongée, ornée de godrons rayonnants creux.
À l'extrémité de la coquille se trouve une statuette en argent doré de Neptune, majestueusement assis sur une coquille émaillée de blanc, symbolisant la
mer dans toute sa grandeur. Juste en dessous, un mascaron délicatement sculpté soutient des guirlandes de fleurs polychromes, apportant une
touche de légèreté et de couleur.
L'autre extrémité de la coupe est décorée d'une tête de monstre marin, en émail naturel, apportant un contraste saisissant avec la douceur des éléments précédents. Le pied balustre, orné de mascarons et de guirlandes émaillées, souligne la richesse des détails sculpturaux et la maîtrise du peintre dans la reproduction des matériaux.
L'ensemble repose sur une base élégante, soutenue par quatre sphinx dorés, offrant une stabilité et un raffinement supplémentaires. La base est décorée
d'une bordure dorée ornée d'une frise ajourée de fleurons en émaux translucides, ce qui renforce la dimension luxueuse de l'oeuvre. La coupe ellemême repose sur une console en marbre blanc, agrémentée d'une tenture de couleur brun clair, qui fait ressortir la luminosité et la richesse des matériaux. Cette composition, à la fois précieuse et spectaculaire, démontre l'incroyable habileté de Desgoffe à capturer la lumière et les textures, tout en équilibrant parfaitement les éléments sculpturaux et décoratifs.
L'oeuvre crée une ambiance visuelle riche et raffinée, parfaite pour sublimer tout espace. Une pièce unique, où l'art de la nature morte rencontre la splendeur de l'art décoratif.
Figure majeure de la peinture de nature morte en France au XIXe siècle, Desgoffe débute son apprentissage à l’École des Beaux-Arts de Paris en 1852, dans l’atelier d’Hippolyte Flandrin. Puis il poursuit sa formation sous la direction de l’académiste William-Adolphe Bouguereau. Bien que son premier enseignement ait été orienté vers la peinture d’histoire, c’est dans la nature morte qu’il trouve sa véritable vocation, un genre artistique qui l’amènera à se faire connaître.
Desgoffe expose pour la première fois au Salon des Artistes Français en
1854, avec une oeuvre représentant un jeu de bilboquet, un portrait, ainsi que deux études de gobelets en agate. Cependant, c’est au cours de ses
participations successives au Salon, entre 1857 et 1882, qu’il se distingue
véritablement comme peintre de natures mortes. Sa virtuosité dans la
représentation d’objets précieux et son réalisme saisissant suscitent
l’admiration des critiques, qui le comparent aux maîtres de la nature
morte hollandaise du XVIIe siècle, tels que Willem Kalf et Pieter Claesz.
Desgoffe se spécialise dans la peinture de natures mortes d’apparat, mettant en scène des objets de luxe et des pièces rares, souvent inspirées par les collections du musée du Louvre. Il consacre une partie de son travail à l’observation et à la reproduction de ces objets, principalement des pièces du XVIe siècle issues de la Galerie d’Apollon et de la salle Richelieu. Ses oeuvres, notamment des vases en cristal de roche, des aiguières en agate, et des pièces d’orfèvrerie, sont caractérisées par un sens du détail impressionnant et une capacité exceptionnelle à rendre la texture des matériaux, allant du verre au métal, en passant par les tissus et les pierres précieuses. À partir des années 1870, il élargit sa palette en intégrant des objets d’origine chinoise, japonaise et grecque,
probablement à la demande de ses commanditaires.
Le talent de Desgoffe est rapidement reconnu : il reçoit plusieurs distinctions, dont une médaille de 3e classe en 1861 et une médaille de 2e classe en 1863. Lors de l’Exposition Universelle de 1867, il expose une oeuvre emblématique, Un coin de cabinet de Louis XVI, qui illustre parfaitement son approche décorative et son goût pour le luxe. Son travail est unanimement salué pour son habileté technique, au point que le critique Roger Ballu, dans son ouvrage La peinture de Salon de 1880, affirme que le public s’extasiait devant la virtuosité de ses natures
mortes, souvent qualifiées de « trompe-l’oeil » parfait.
Cependant, bien que sa carrière de peintre de nature morte soit couronnée de succès, Desgoffe n’échappe pas aux controverses. Son ego démesuré et ses relations conflictuelles avec certains de ses contemporains alimentent les tensions au sein du milieu artistique parisien.
Malgré cela, il demeure une figure incontournable du XIXe siècle, et son oeuvre, bien que déclinant au XXe siècle en Europe, continue de jouir d’une grande réputation aux États-Unis, où son influence s’étend notamment à des artistes comme William Merritt Chase et William Michael Harnett.
En fin de carrière, Desgoffe se voit honorer par le titre de Chevalier de la Légion d'honneur, mais son oeuvre, aussi académique que spectaculaire, est peu à peu oubliée en Europe. Il laisse cependant un héritage considérable dans l’histoire de la peinture de nature morte, ayant marqué son époque par la perfection de sa technique et son attention aux détails, ainsi que par sa contribution à l’évolution de ce genre pictural dans la tradition académique.