Par Dei Bardi Art
Attribué à Fra Mattia della Robbia (Marco della Robbia, dit Fra Mattia ; Florence, 1468–1534)
Saint Joseph
Terre cuite peinte à froid, avec traces de polychromie
Toscane, vers 1505–1510
55 × 40 × 30 cm
Accompagné d'un certificat d'analyse par thermoluminescence
Saint Joseph est figuré assis, le buste légèrement penché, une main posée sur le genou, saisi dans une attitude de recueillement silencieux. Le visage, marqué par l'âge, porte les rides caractéristiques du grand vieillard biblique ; la chevelure bouclée, dégagée du front, ne couvre que les tempes, selon un type physionomique récurrent dans la statuaire robbienne de la Nativité. La sculpture devait à l'origine appartenir à un ensemble de crèche à figures amovibles, dont elle constituait vraisemblablement l'une des figures principales aux côtés de la Vierge et de l'Enfant.
La figure de Joseph, personnage longtemps secondaire dans l'iconographie chrétienne, connaît un essor de dévotion ...
... particulier aux XVe et XVIe siècles, porté par une théologie soucieuse d'ancrer l'humanité du Christ dans un cadre familial et terrestre. Cette évolution trouve à Florence un terrain particulièrement fertile, où la production de crèches en terre cuite à figures indépendantes connaît, entre la fin du Quattrocento et le début du Cinquecento, un essor considérable — tant par le nombre de commandes, publiques comme privées, que par la qualité des artistes qui s'y consacrent. Rudolf Berliner y a consacré une étude de référence, Die Weihnachtskrippe (1955), et les travaux de Giancarlo Gentilini ont depuis permis de mieux cerner l'ampleur de la production de l'atelier Della Robbia, installé via Guelfa, en la matière.
C'est Andrea della Robbia qui, le premier, donne à ce type iconographique sa formule la plus aboutie, notamment dans la crèche en terre cuite polychrome exécutée en 1474 pour le Duomo de Volterra : une Vierge aux traits juvéniles agenouillée devant l'Enfant, et un saint Joseph absorbé dans ses pensées. Ce schéma sera repris et transmis par ses fils, dont deux — Fra Ambrogio et Fra Mattia — entrèrent dans l'ordre dominicain, dans le sillage de la prédication de Savonarole, qui exerça une influence déterminante sur la production artistique de la famille. Fra Ambrogio en réalisa une pour l'église Santo Spirito de Sienne ; Fra Mattia — identifié par les sources modernes comme Marco della Robbia le Jeune (Florence, 1468–1534) — en exécuta une pour le Spedale degli Innocenti à Florence, aujourd'hui conservée au musée de l'institution et datée par celui-ci vers 1500.
C'est avec ce dernier groupe, et notamment avec la figure de saint Joseph qui en fait partie, que la présente sculpture présente les affinités les plus significatives : même posture assise et méditative, même tunique ceinturée à la taille, même drapé disposé sur les genoux, même traitement des mains et du visage ridés, même chevelure bouclée dégagée du front. Le choix de la terre cuite peinte à froid — plutôt que de la terre cuite émaillée pour laquelle l'atelier était par ailleurs célèbre — participe du même geste, motivé autant par des considérations pratiques que par un choix idéologique conforme à l'exigence de simplicité prônée par Savonarole, hostile à l'usage de matériaux jugés trop précieux — marbre, bronze — pour l'expression d'une piété humble.
Éléments de comparaison
Andrea della Robbia, crèche en terre cuite polychrome, 1474, Duomo de Volterra.
Antonio Rossellino, crèche en terre cuite, vers 1480, Metropolitan Museum of Art, New York.
Fra Ambrogio della Robbia, crèche en terre cuite, église Santo Spirito, Sienne.
Fra Mattia della Robbia (Marco della Robbia le Jeune), Madonna in adorazione e San Giuseppe, terre cuite polychrome, vers 1500, Museo degli Innocenti, Florence.
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