Par Galerie PhC
Tableaux anciens des XVIIè, XVIIIè et XIXè siècles.
Huile sur toile, anciennement rentoilée de 49 × 65 cm
Cadre ancien de 84 cm par 70 cm
(Les points et traits blancs observés sur les photos sont dûs à la prise de vue)
Notre tableau est une réplique d’atelier avec variantes du tableau peint par le Maître, conservé à la National Gallery, Londres.
Une autre version ancienne de la composition est conservée au Palais des Beaux-Arts de Lille.
Dans l'obscurité d'une vaste caverne infernale, le Mauvais Riche apparaît au centre de la composition, entouré d'une foule de créatures démoniaques et grotesques. Vêtu d'une longue robe bordée de fourrure, la barbe blanche et les mains levées dans un geste mêlant effroi et stupéfaction, il découvre le sort qui l'attend aux enfers.
Autour de lui se déploie un monde fantastique caractéristique des scènes de tentation et de sorcellerie de David Teniers le Jeune. À sa gauche, un démon ailé au corps humain et au visage grimaçant semble l'accueillir, tandis qu'au ...
... premier plan plusieurs figures monstrueuses se livrent à une musique burlesque : l'une joue du luth, une autre d'un instrument à vent. À droite, une imposante créature au museau démesuré accompagne un musicien coiffé d'un étrange couvre-chef. Dans les profondeurs de la grotte émergent encore de l'ombre démons, animaux fantastiques et silhouettes inquiétantes, tandis qu'une torche éclaire la paroi rocheuse sur la gauche.
La scène illustre la parabole évangélique du Mauvais Riche et de Lazare (Luc, 16, 19-31). Après avoir vécu dans l'opulence sans secourir le pauvre Lazare qui gisait à sa porte, le riche meurt et se retrouve tourmenté aux enfers. Teniers transpose ici le récit biblique dans un univers fantastique peuplé de monstres, héritier de la tradition flamande de Jérôme Bosch et de Pieter Bruegel l'Ancien. La gravité du thème est ainsi mêlée à une veine satirique et grotesque : les démons musiciens semblent accueillir le damné dans une parodie de fête, accentuant le caractère à la fois inquiétant et théâtral de son arrivée aux enfers.
Notre tableau reprend étroitement la célèbre composition de David Teniers le Jeune conservée à la National Gallery de Londres, peinte vers 1647. La disposition du Mauvais Riche et des principales figures démoniaques est fidèlement conservée, dans un cadrage légèrement plus resserré.
L’atelier de David Teniers le Jeune
Figure majeure de la peinture flamande du XVII? siècle, David Teniers le Jeune (Anvers, 1610 – Bruxelles, 1690) connaît une carrière particulièrement brillante. Reçu maître à la guilde de Saint-Luc d’Anvers en 1632-1633, il développe une production abondante comprenant scènes de genre, intérieurs de tavernes, paysages, sujets religieux ainsi que des évocations de sorciers, de tentations et d’enfers peuplées de créatures fantastiques, qui contribuent largement à sa renommée.
Le succès considérable rencontré par ses compositions entraîne naturellement l’organisation d’un atelier capable d’en assurer la diffusion. Autour du maître sont produites des répétitions et des variantes des modèles les plus recherchés par les collectionneurs. Cette pratique, courante dans les grands ateliers flamands du XVII? siècle, explique l’existence de plusieurs versions anciennes d’une même composition, parfois très proches par leurs dimensions et leur ordonnance générale.
Le fonctionnement de l’atelier de Teniers s’inscrit également dans le contexte exceptionnel de sa carrière. Après sa période anversoise, le peintre s’établit à Bruxelles et devient, en 1651, peintre de cour de l’archiduc Léopold-Guillaume, gouverneur des Pays-Bas espagnols. Chargé de la conservation de l’importante collection de peintures de l’archiduc, Teniers occupe une place centrale dans un milieu artistique et commercial particulièrement actif. Son atelier participe à cette intense activité, notamment par l’exécution de répétitions, de variantes et de réductions de compositions appréciées des amateurs.
Dans les œuvres issues de son atelier, les compositions du maître sont parfois reprises avec une remarquable fidélité, jusque dans les figures secondaires et les détails anecdotiques. L’intervention des collaborateurs se manifeste cependant souvent par une exécution moins nerveuse et moins subtile que celle de Teniers lui-même : modelés plus appuyés, physionomies plus sommaires, transitions lumineuses moins délicates ou traitement simplifié des personnages secondaires. Certaines répétitions présentent néanmoins une qualité élevée et une connaissance suffisamment intime des modèles pour que leur distinction avec les œuvres autographes nécessite parfois un examen technique approfondi.
Les scènes infernales et de tentation constituent un domaine particulièrement propice à ces reprises. Teniers y prolonge une tradition fantastique profondément enracinée dans la peinture des anciens Pays-Bas, héritière notamment de Jérôme Bosch et de Pieter Bruegel l’Ancien. Grottes obscures, sorciers, démons hybrides, animaux monstrueux et musiciens grotesques lui permettent de conjuguer l’imaginaire infernal avec le goût de l’observation et de l’anecdote qui caractérise son art. Ces compositions rencontrent un succès important et donnent lieu à différentes versions et copies anciennes.
C’est dans ce contexte que s’inscrit notre Mauvais Riche conduit en enfer. La toile reprend avec une grande fidélité la composition de David Teniers le Jeune conservée à la National Gallery de Londres et datée vers 1647. La disposition des principaux personnages ainsi que la présence de nombreux motifs secondaires témoignent d’une connaissance précise du modèle. L’existence d’autres répétitions anciennes de cette composition, notamment celle conservée au Palais des Beaux-Arts de Lille, atteste par ailleurs de la fortune rencontrée par cette invention.
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