Par Richard Redding Antiques
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Pendules et objets d'art d'exception XVIIe-XIXe siècle
Très rare cartel d’époque Louis XV en bronze ciselé et doré, d’une durée de marche d’environ quatorze jours, le cadran en émail blanc signé « Jn Baptiste Baillon », la platine arrière également signée et numérotée « J B Baillon à Paris no 4055 ». Le cadran porte des chiffres arabes à la périphérie et des chiffres romains à l’intérieur. Les heures et les minutes sont indiquées par une très belle paire d’aiguilles ajourées en laiton doré. Le mouvement à trois rouages est d’une exécution remarquable et peu commun : il sonne les heures sur un timbre au moyen d’un marteau, et les quarts au moyen de deux marteaux. La caisse rocaille en bronze doré, d’un rare modèle à taille cintrée, conserve sa dorure d’origine. Elle est ornée de rinceaux et de feuillages d’acanthe et sommée d’un piédestal dans un enroulement d’acanthe. En dessous, un masque d’Apollon se détache dans une gloire rayonnante. Un second masque d’Apollon, sous le ...
... cadran, surmonte une ouverture vitrée asymétrique laissant voir le balancier, et l’ensemble se termine par un culot feuillagé.
Paris, vers 1750-1755
Hauteur : 86 cm
La beauté de cette pendule, dans un état exceptionnel, ne tient pas seulement à sa caisse, d’un modèle rare et peut-être unique, mais aussi à la qualité de son mouvement à trois barillets. Les pendules de cette époque à trois trous de remontage sont en effet très rares. Cela n’a toutefois rien d’étonnant, car son auteur, Jean-Baptiste Baillon III (mort en 1772), comptait parmi les horlogers les plus habiles et les plus novateurs de son temps. Baillon connut un succès presque sans précédent, au point de devenir, selon F. J. Britten, « l’horloger le plus riche d’Europe ». Il fut l’un des plus importants horlogers du XVIIIe siècle et, sans conteste, le membre le plus célèbre d’une longue dynastie d’horlogers. Il devait en grande partie sa réussite à la vaste et prospère manufacture privée qu’il avait su organiser à Saint-Germain-en-Laye, sans équivalent dans l’histoire de l’horlogerie du XVIIIe siècle. Dirigée de 1748 à 1757 par Jean Jodin (1715-1761), elle fonctionna jusqu’en 1765, date à laquelle Baillon la ferma. Le célèbre horloger Ferdinand Berthoud fut, parmi bien d’autres, impressionné par son ampleur et sa qualité. Il nota en 1753 que la maison de Baillon « est la plus belle et la plus riche Boutique d’Horlogerie. Les diamants y sont employés non seulement à orner ses Montres, mais même ses Pendules. Il en a fait dont les boîtes étaient de petites boîtes d’or, ornées de fleurs de diamants imitant la nature. Sa maison de Saint-Germain est une espèce de manufacture. Elle est remplie d’Ouvriers qui travaillent continuellement pour lui… car il fait à lui seul une grande partie des Pendules et des Montres [de Paris] ». De là, il fournissait la clientèle la plus illustre : les familles royales de France et d’Espagne, le Garde-Meuble de la Couronne, d’éminents membres de la Cour et la fine fleur de la société parisienne.
Son père, Jean-Baptiste II (mort en 1757), maître parisien, et son grand-père, Jean-Baptiste I, originaire de Rouen, étaient tous deux horlogers, tout comme son propre fils, Jean-Baptiste IV Baillon (1752 – vers 1773). Baillon lui-même fut reçu maître horloger en 1727. En 1738, il obtint sa première charge importante, celle de valet de chambre-horloger ordinaire de la Reine. Il fut ensuite nommé premier valet de chambre de la Reine avant 1748. En 1770, il devint premier valet de chambre et valet de chambre-horloger ordinaire de la Dauphine Marie-Antoinette. Fort à propos, il était établi place Dauphine dès 1738, puis rue Dauphine après 1751.
Grâce à son succès, Jean-Baptiste Baillon amassa une fortune considérable, estimée à sa mort, le 8 avril 1772, à 384 000 livres. Sa collection personnelle d’objets d’art fut dispersée aux enchères le 16 juin 1772. Son stock restant, évalué à 55 970 livres, fut mis en vente le 23 février 1773. Cette vente comprenait 126 montres achevées, pour un total de 31 174 livres, et 127 mouvements de montre achevés, pour 8 732 livres. Les pendules, d’une valeur totale de 14 618 livres, comprenaient 86 pendules, 20 mouvements de pendule, sept caisses en marqueterie, une caisse en porcelaine et huit caisses en bronze.
On peut aujourd’hui admirer l’œuvre de Baillon dans certaines des plus prestigieuses collections du monde, notamment à Paris : au musée du Louvre, au musée des Arts décoratifs, au musée des Arts et Métiers, au Petit Palais et au musée Jacquemart-André. D’autres exemples se trouvent au château de Versailles, au musée Paul-Dupuy à Toulouse, à la Residenz de Bamberg, au Neues Schloss de Bayreuth, au Museum für Kunsthandwerk de Francfort, à la Residenz de Munich et au château de Schleissheim. Parmi les autres collections figurent les Musées royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles, le Patrimonio Nacional en Espagne, le Metropolitan Museum de New York, le Newark Museum, la Walters Art Gallery de Baltimore et Dalmeny House, à South Queensferry.
Baillon comptait parmi les horlogers les plus importants de son temps et n’utilisait que les plus belles caisses et les plus beaux cadrans. Ses cadrans lui étaient fournis par Antoine-Nicolas Martinière et Chaillou. Ses caisses provenaient de Jean-Joseph de Saint-Germain, qui lui livra également plusieurs caisses à l’éléphant et au rhinocéros, ainsi que de Jean-Baptiste Osmond, Balthazar Lieutaud, des Caffieri, de Vandernasse et d’Edme Roy. On sait que Baillon réalisa aussi certains de ses propres modèles, et la présente pendule pourrait en être un exemple.
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