Par Franck Baptiste Provence
Monumental pot à pharmacie en faïence à décor au grand feu en camaïeu bleu.
Le corps de forme balustre est encadré par deux anses torsadées simulant des serpents et repose sur un piédouche circulaire.
La face avant porte l’inscription «Thériaque » sur une banderole tenue par deux angelots et au dessous le blason de l’ordre des franciscains (bras du Christ et de St François croisés).
La face arrière est ornée d’un cartouche agrémenté d’un mascaron, au centre la formule latine « Zelo et Cura » (avec zèle et soins) et au dessous une titulature religieuse honorifique «R. Adm. P. Gelatij Mouttet Exprovincialis » qui peut se traduire par « très révérend père Gelafi J Mouttet ex provincial ».
La panse du vase est décorée de sphinges, lambrequins et d’oiseaux inspirés des oeuvres du décorateur Jean Berain (1640-1711).
Très bel état de conservation, couvercle d’origine.
Montpellier, probablement manufacture de Jacques Ollivier ...
... vers 1700-1720.
Dimensions :
Hauteur : 82 cm ; Largeur : 43 cm
Notre avis :
Le grand pot de pharmacie en faïence stannifère que nous présentons, d'une hauteur exceptionnelle de 82 cm, appartient à la catégorie des pots de monstrance, les plus importants et les plus prestigieux des apothicaireries anciennes. Par ses dimensions hors normes, il était destiné à occuper une place centrale au sein des rayonnages, entouré de pots de plus petite taille, constituant ainsi le point focal de la présentation.
Son décor en camaïeu bleu sur fond blanc se caractérise par de riches rinceaux encadrant un cartouche inscrit, surmonté d'un mascaron et flanqué d'anses zoomorphes. L'ensemble relève du répertoire ornemental dit « à la Bérain », inspiré des créations de Jean Bérain (1640-1711), dont les arabesques élégantes, les enroulements symétriques et les compositions aérées marquent profondément les arts décoratifs de la fin du règne de Louis XIV et du début du XVIIIème siècle.
Le cartouche porte notamment la mention de la thériaque, ainsi qu'une titulature religieuse faisant référence à un ecclésiastique de haut rang, probablement un ancien Provincial d'un ordre religieux. Cette inscription témoigne du lien étroit qui unissait les grandes apothicaireries aux communautés religieuses et hospitalières.
Par son décor, sa qualité d'exécution et son échelle monumentale, cette pièce est attribuable à la manufacture de Jacques Ollivier (1675-1743) à Montpellier, l'un des centres majeurs de production de faïence du Midi de la France à la fin du XVIIème et au début du XVIIIème siècle. Les grands vases de pharmacie issus de cet atelier comptent parmi les réalisations les plus spectaculaires de la faïence montpelliéraine.
Cette attribution trouve un écho particulier dans l'histoire de Montpellier, dont la Faculté de médecine, fondée au XIIIéme siècle, est l'une des plus anciennes d'Europe encore en activité. Réputée dans tout le monde occidental, elle fit de la ville un centre majeur de savoir médical et pharmaceutique, favorisant le développement d'apothicaireries prestigieuses et d'une importante production de faïences destinées à l'usage médical.
La thériaque était considérée depuis l'Antiquité comme le remède universel par excellence. Héritée de la médecine gréco-romaine et constamment perfectionnée jusqu'au XVIIIéme siècle, elle entrait dans la composition de préparations extrêmement complexes réunissant parfois plusieurs dizaines d'ingrédients : plantes aromatiques, épices orientales, miel, substances minérales et chair de vipère. Réputée efficace contre les poisons, les fièvres, les morsures venimeuses et de nombreuses maladies, elle occupait une place privilégiée dans les apothicaireries, où elle était conservée dans les plus grands et les plus prestigieux vases, véritables symboles du savoir pharmaceutique et du prestige de l'établissement.