Par L'Egide Antiques
Porcelaine, Sculpture, tableaux et objets d'art européens 18e et 19e siècle
Réduction de cabinet du grand marbre de Canova, ce buste en biscuit représente Pâris en jeune homme imberbe, tête légèrement inclinée vers la droite et tournée avec une douceur caractéristique de la sculpture canovienne. Le visage ovale, aux traits idéalisés, exprime une sereine mélancolie : paupières abaissées, bouche charnue et narines finement ciselées. La chevelure, traitée en mèches souples et irrégulières, retombe en boucles sur le front et sur la nuque, libérant le contour du cou. Buste en « hermès », coupée verticalement au niveau de la poitrine, à la manière des réductions de cabinet diffusées par l’atelier de Canova et ses suiveurs. Le biscuit, par sa surface mate sans émaille, restitue la blancheur veloutée et la translucidité apparente du marbre canovien. Le travail des mèches et le modelé des chairs y sont rendus avec une finesse de tout premier ordre, ce qui confère à l’ensemble la pureté tactile d’une véritable sculpture. Le ...
... regard sans pupille évidée est un choix esthétique hérité de la doctrine néoclassique de Canova, où l’œil sans iris invite à la contemplation idéale. Le socle en marbre vert, plus sombre, forme un contraste chromatique élégant avec la blancheur du biscuit. Il est orné d’une vigne sculptée en bas-relief sur les faces, motif à l’antique évoquant la vallée de Gaule ou le palais de Priam. La vigne, symbole dionysiaque et d’abondance, fait écho à la jeunesse et à la séduction de Pâris.
Dimensions : H 51.5cm – socle en marbre H 20.5cm, L 13 x P 13 cm
Ecole Française second quart du 19e siècle. Pas de marque.
Lit : Le Pâris d’Antonio Canova est l’un des chefs-d’œuvre absolus de la sculpture néoclassique italienne. La première version en marbre fut commandée par l’impératrice Joséphine de Beauharnais, alors grande amatrice d’art et protectrice des artistes, qui souhaitait orner la galerie de son château de Malmaison d’une sculpture mythologique. Canova, déjà consacré comme le plus grand sculpteur européen de son temps, travaille à l’œuvre entre 1808 et 1812, d’abord à partir d’un plâtre mis au point dès 1807. Le sujet, tiré de la mythologie grecque — Pâris, fils de Priam roi de Troie, berger sur le mont Ida avant d’enlever Hélène — est un choix poétique et nostalgique, opposant au « héros martial » napoléonien la beauté juvénile et presque féminine d’un adolescent mythologique. Le marbre est achevé en novembre 1812 et arrive à Malmaison en 1813, un an seulement avant la mort de Joséphine. Une seconde version, exécutée parallèlement pour le prince héritier Louis de Bavière (futur Louis Ier), grand collectionneur de Canova, est aujourd’hui conservée à la Glyptothèque de Munich. Après la mort de Joséphine, la première version entre, via le tsar Alexandre Ier qui l’acquiert pour l’Ermitage, dans les collections russes : elle est aujourd’hui conservée au musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg. Le Pâris de Canova devient immédiatement un modèle pour les réductions de cabinet : bustes en hermès, statuettes et réductions en grandeur réduite sont diffusés dans toute l’Europe jusqu’à la fin du XIX? siècle. Les réductions de ce modèle furent diffusées dès 1813–1825, principalement à destination des collectionneurs anglais, français et allemands. Ce buste s’inscrit dans cette postérité.
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