Par Galerie Philippe Guegan
NICOLAS LE JEUNE (1750-1804) (ATTRIBUE A)
Portrait du peintre Jean-Baptiste Jacques Augustin (1759-1832)
Huile sur panneau vers 1795 : 32,5 x 25,8 cm
Exposition : très probablement Salon de 1796 n°281
Cadre a palmettes en bois doré : 44,5 x 38,5 cm
Bibliographie : Bernd Pape, Jean-Baptiste Jacques Augustin 1759-1832, Scripta Edizioni, 2015, page 33
Ce tableau constitue une redécouverte du portrait d’Augustin, peint par Nicolas Le Jeune, mentionné par Bernd Pape dans la monographie qu’il consacre à ce prodige du portrait en miniature, et qui était jusqu’à présent non localisé.
L’iconographie de Jean-Baptiste Jacques Augustin est abondante. Il a réalisé au cours de sa carrière de nombreux autoportraits et a également posé pour plusieurs artistes dans les dernières années du XVIIIe siècle. Son ami Henri-J. François réalise ainsi son portrait en 1791, qu’il expose au Salon de la même année. Au Salon de 1796, le peintre Nicolas Le Jeune, ...
... expose le présent portrait de son ami Augustin, et au Salon de 1798 le peintre Louis Léopold Boilly représente Augustin à l’arrière-plan de Réunion d’artistes dans l’atelier d’Isabey.
Notre tableau figure l’artiste à mis corps, assis dans un fauteuil, dessinant à la craie blanche sur une feuille de papier bleu, un carton dessins posé sur ses genoux. Comme dans la miniature qu’il expose à ce même Salon de 1796, Augustin est représenté en peintre, non en miniaturiste, fonction dépréciée par l’Institut qui, en 1795, refuse aux miniaturistes l’entrée à l’Académie des Beaux-Arts. Blessé par ce camouflet, Augustin consacrera toute sa carrière à élever la miniature au rang de la peinture à l’huile, qu’il maitrise parfaitement, se présentant comme un peintre à part entière.
Comme dans cet autoportrait de 1795, il est ici vêtu d’un élégant habit de couleur chamois recouvert d’un manteau bleu. Augustin semble avoir particulièrement apprécié ce manteau bleu, que Bernd Pape interprète comme une possible référence à un petit groupe d’artistes proche de David, les primitifs ou Barbus, actifs autour de 1790-1795 et menés par Maurice Quai. Celui-ci enjoignait ses disciples à régénérer leur art aux sources de l’art grec archaïque (antérieur à Phidias) et leurs recommandait de se vêtir à l’antique d’un ample manteau bleu : « j’ai résolu de quitter ces vêtements mesquins que je porte ainsi que tous les hommes de notre siècle […] j’ai laissé croître mes cheveux et ma barbe ; l’on achève en ce moment une vaste tunique blanche que je porterai sous un ample manteau bleu, et je ne chausserai plus mes pieds que de cothurnes».
S’il porte bien les cheveux longs, coiffés en oreilles de chien de part et d’autre du visage, Augustin ne semble pas avoir totalement suivi les excès vestimentaires de Maurice Quai. Il est vêtu suivant la mode des années révolutionnaires, reconnaissable notamment au gilet en soie rayée et au foulard à liserés colorés qui remplace la cravate en dentelle blanche d’Ancien Régime ; deux accessoires du costume visibles dans plusieurs des portraits qu’il peint dans les années 1795-1797.
L’arrière-plan presque uni du tableau, laisse apparaitre, dans un camaïeu de gris, un pilastre cannelé ornant le mur du fond, ainsi qu’un drapé vert qui ferme la composition sur la gauche. Le mouchoir blanc à liserés rouges, posé sur l’accotoir du fauteuil, fait écho à celui noué autour du cou de l’artiste. La lumière, oblique et latérale, venant de la gauche, éclaire les carnations du visage et des mains dans un effet de clair-obscur, faisant ressortir les reflets de la soie du gilet et de la laque du fauteuil, tout en laissant partiellement dans l’ombre le visage, tourné de trois quarts vers le sujet qu’il est en train de dessiner.
Nicolas Le Jeune (1750-1804)
Peu de détails biographiques nous sont parvenus sur Nicolas Le Jeune. Il fut élève de l’Académie Royale, puis dans l’atelier de Louis Jean François Lagrenée à Paris. Il séjourne à Rome au début des années 1770, comme en témoignent ses nombreuses eaux fortes datée de Rome en 1771 et le second prix qu’il obtient la même année au concorso Clementino de l’Academia di Santa Luca de Rome, pour son dessin Le festin d’Absalom, dont une version figure aujourd’hui dans la collection Horvitz. Dans les années 1790 il devient membre de l’académie de Berlin et peintre du roi de Prusse et participe à son premier Salon à Paris en 1793 avec le titre de peintre de l’académie de Berlin. Probablement à t’il vécut et travaillé en Prusse au tournant des années 1780-1790. Il participe aux Salons jusqu’en 1804, exposant dessins à sujet d’Histoire, paysages et portraits peints. Pendant la période révolutionnaire il dessine beaucoup pour le graveur François Anne David, élève de Lebas, qui rapporte par la gravure les évènements du début de la Révolution, concernant les États Généraux et la monarchie constitutionnelle, dont le serment de Louis XVI à l’Assemblée nationales le 4 juin 1790, qui figurait dans la vente de dessins de la collection Léon Roux les 20-22 avril 1903.
Nicolas Le Jeune semble avoir été un ami proche d’Augustin. Bernd Pape précise qu’il fut l’auteur du plafond peint du cabinet d’Augustin, à son domicile du 25 rue Croix des Petits Champs, dont une représentation à l’aquarelle vers 1820 est conservée dans les collections du musée de l’Horlogerie de Genève.
Jean-Baptiste Jacques Augustin (1759-1832)
Jean-Baptiste Jacques Augustin compte parmi les plus accomplis des peintres miniaturistes français de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle. Né à Saint-Dié, il reçut vraisemblablement une première formation en Lorraine — traditionnellement attribuée à Jean-Baptiste Claudot à Nancy — avant un passage à Dijon ; il se présentera toutefois lui-même comme largement autodidacte.
Installé à Paris en 1781, à l’âge de vingt-deux ans, il s’intègre rapidement au milieu des peintres en miniature, probablement par l’intermédiaire du Lorrain Guibal, et travaille dans l’orbite de Gatien Philipon. Il expose pour la première fois au Salon en 1791, à un moment où le statut de la miniature demeure encore incertain au sein des hiérarchies académiques.
Sa carrière connaît un essor décisif sous le Directoire. Dès le milieu des années 1790, il atteint une pleine maîtrise technique, se distinguant par la précision de son dessin, la subtilité du modelé des carnations et un contrôle particulièrement raffiné des effets de lumière à petite échelle. L’autoportrait présenté au Salon de 1796 constitue à cet égard un jalon majeur, affirmant à la fois son ambition artistique et sa volonté d’être reconnu au-delà du seul champ de la miniature.
Aux côtés de contemporains tels que Jean-Baptiste Isabey et Jean-Baptiste Guérin, il contribue à rehausser le statut du portrait en miniature, en le rapprochant, tant dans ses ambitions esthétiques que dans sa fonction sociale, de la peinture de grand format. Sa clientèle s’élargit rapidement sous le Consulat et l’Empire, et il devient l’un des portraitistes les plus recherchés de son temps.
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