Par Segoura Fine Art
Tableaux, Mobilier et Objets dart des 17e, 18e et début 19e siècle
Paul Baudry (1828-1886), « On Horse Back », portrait du jeune
Saint-Alary, signé Baudry et daté 1882, huile sur toile,
117 x 80 cm
Exposition :
Paris, Exposition du Cercle de la rue Volney, 1883.
Les oeuvres de Paul Baudry, peintre majeur de l’histoire de l’art français du XIXe siècle, sont suffisamment recherchées sur le marché pour attirer l’attention des collectionneurs attentifs. Ce portrait d’enfant est une redécouverte notable puisqu’il est resté non localisé depuis la publication du Catalogue des oeuvres de Paul Baudry rédigé par le sculpteur Eugène Guillaume, à l’occasion de
l’exposition rétrospective de 1886. L’hommage rendu par ses pairs et amis, à l’Ecole des Beaux- Arts de Paris, consacre Paul Baudry, trop tôt disparu, comme « l’une des gloires de l’Ecole française ».
Le portrait du jeune Saint-Alary, signé par l’artiste et daté de 1882, est un témoignage rare des dernières années de production de Paul ...
... Baudry, au sommet de sa gloire. L’année de son exécution, Paul Baudry achève un ensemble décoratif spectaculaire : trois plafonds peints pour la famille Vanderbilt de New-York et un dessus de cheminée commandé 2 par le duc d’Aumale pour la galerie des cerfs au château de Chantilly. Les parisiens ont le privilège d’admirer à l’Orangerie des Tuileries ces peintures décoratives hors du commun. Une structure est conçue spécialement pour présenter les plafonds et le trumeau. Tableaux de chevalet et esquisses du foyer de l’Opéra et du plafond de la salle des audiences de la Cour de cassation complètent l’exposition organisée par
l’Union Centrale des Arts décoratifs. La carrière de Paul Baudry est saluée par une critique d’art enthousiaste qui note, en cette année 1882, son omniprésence sur la scène artistique parisienne : « 1882 marque pour Paul Baudry l’apogée d’un talent pleinement maître de lui-même et le commencement de la postérité ».
Le portrait du jeune Saint-Alary interpèle par sa liberté de ton. Un jeune garçon à la longue chevelure blonde et bouclée monte à califourchon le bras d’un canapé tel un cavalier sur sa monture. Le jeune enfant est souriant, les mains nerveuses plantées dans l’accoudoir. Il porte une magnifique robe estivale d’un marron foncé, fermée par deux noeuds de couleur turquoise. La robe comme la chevelure longue sont à la mode pour les petits garçons dans les années 1880. Le cou dégagé de l’enfant laisse entrevoir une chaîne à laquelle pend probablement une médaille cachée par l’encolure de dentelle. Le cadrage est resserré sur la vigueur du petit modèle, ayant suspendu ses jeux. Le cerceau délaissé est resté à ses pieds et le chapeau tombé à ses côtés.
Le portrait du jeune Saint-Alary est présenté au Cercle de la rue Volney en 1883, où il ne manque pas d’attirer l’attention de Charles Ephrussi, critique d’art érudit, grand collectionneur et amateur de l’oeuvre de Paul Baudry :
Tout d’abord, le Horse Back de M. Baudry : dans une pièce aux fonds chaudement aériens et transparents, un bonhomme de cinq ans chevauche, les mains appuyées sur le dossier d’une causeuse recouverte de satin marron, le corps à gauche, penché en avant, regardant hardiment le spectateur, auquel il semble dire : « à dada ». L’abondante chevelure blonde s’enchevêtrant en
mèches frisées sur le sommet de la tête ou s’éparpillant en boucles légères et soyeuses sur la nuque, vraie crinière de petit lion, donne à la physionomie fine et régulière une saveur de piquante originalité. Une robe courte en velours brun laisse voir le cou, les bras et les jambes nus. Cette attitude, imprévue mais naturelle du délicieux modèle, fournit le motif du plus charmant tableau de chevalet. Exécution souple et délicate en même temps que primesautière;
dessin fin et léger, excluant le poncif et l’emphase, aux indications pétillantes et spontanées, vives, justes, expressives ; peinture franche, fraîche, éclatante, enveloppée, irrésistiblement séduisante, d’une harmonie suave quoique sobre, qui caresse et réchauffe l’oeil, depuis les blonds lumineux et ambrés jusqu’aux bruns les plus foncés que relèvent, comme des accents joyeux, les deux noeuds de ruban bleu-clair attachés aux noeuds de la robe ; le tout baigné dans un clair obscur profond et limpide qui accuse l’exquise sensibilité de l’organe visuel du maître."
Notre tableau est connu par une gravure d’Eugène-André Champollion (1848-1901). L’épreuve gravée On Horse Back, d’après le tableau de Paul Baudry, est présentée au Salon des artistes vivants en 1883. Elle est publiée dans la luxueuse édition anglaise Modern Artists a Series of Illustrated Biographies . La Kunsthalle de Brême conserve 6 un tirage de grandes dimensions (417 x 278 mm) imprimé à Londres par The British & Foreign Artists’ Association, et portant le timbre de l’association des vendeurs d’estampes de l’Etat de Californie, témoignant de la diffusion internationale de l’oeuvre.