Par Poncelin de Raucourt Fine Arts
Noël-Nicolas Coypel
(Paris, 1690-1734)
Le jeune Bacchus confié aux nymphes de Nysa
Vers 1715
Huile sur toile, non signée.
Dimensions hors cadre : 73,1 × 118,7 cm ; 28¾ × 46¾ pouces.
Dimensions avec cadre : 91,7 × 138,6 cm ; 36? × 54? pouces.
Une redécouverte majeure dans la peinture française du XVIIIe siècle
Inédite jusqu'à sa récente réapparition, cette impressionnante peinture mythologique constitue un ajout majeur à l'œuvre rare de Noël-Nicolas Coypel. Cette attribution a été confirmée par François Marandet, qui qualifie cette œuvre de « redécouverte fondamentale » venant enrichir un corpus resté pratiquement inchangé depuis la publication de la monographie de Jérôme Delaplanche en 2004.
Cette composition représente Mercure confiant le jeune Bacchus aux nymphes de Nysa, chargées d'élever le jeune dieu à l'abri de la colère de Junon. Descendant des nuages, Mercure présente l'enfant à une nymphe qui l'accueille avec un geste ...
... à la fois protecteur et émerveillé. La monumentalité des personnages, le rythme mesuré de la scène et la richesse des drapés confèrent à ce tableau une présence décorative particulièrement imposante.
Cette toile pourrait dater du milieu des années 1710, peu avant l'admission de Noël-Nicolas Coypel à l'Académie royale de peinture et de sculpture, le 31 décembre 1716. Elle rend ainsi compte d'une période particulièrement importante, mais encore mal comprise, du début de la carrière de l'artiste.
La palette lumineuse, en particulier le drapé bleu lavande porté par la nymphe, est caractéristique de l'œuvre de Coypel. La puissance du modelé de Mercure et l’utilisation spectaculaire du clair-obscur rappellent encore l’art du père du peintre, Noël Coypel, tandis que l’élégance classique de la nymphe peut être comparée aux figures féminines de *La Récolte de la manne*, retable signé et daté de 1713 par Coypel, conservé dans l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet à Paris.
François Marandet a également mis en avant l'influence de Rubens et, plus précisément, celle du célèbre cycle consacré à Marie de Médicis. La représentation de Bacchus par Mercure semble faire écho à *La Naissance de Marie de Médicis*, dans laquelle la déesse Lucina confie la reine nouveau-née à la personnification de Florence. Cette référence à Rubens s'inscrit parfaitement dans le contexte artistique de la famille Coypel, puisque le demi-frère de Noël-Nicolas, Antoine Coypel, avait lui-même profondément renouvelé son style grâce à l'étude du maître flamand.
La disposition des personnages et le corps partiellement tronqué de Bacchus laissent supposer que la toile qui nous est parvenue faisait peut-être à l'origine partie d'une composition nettement plus vaste, destinée sans doute à un projet décoratif monumental. Cette hypothèse pourrait expliquer l'identification éventuelle de l'œuvre à une grande « Naissance de Bacchus » attribuée à Coypel et répertoriée dans une série de ventes aux enchères à Paris et à Londres au début du XIXe siècle.
D'une ampleur ambitieuse, riche en références artistiques et particulièrement séduisante par ses couleurs lumineuses, cette peinture offre une occasion rare d'acquérir une redécouverte majeure de la Régence française.
Provenance
Vente probablement anonyme, Paris, Hôtel Corberon, 28 novembre 1810, lot 110, sous le titre « Naissance de Bacchus » ;
Peut-être Thomas Rowlandson (1756-1827), Londres ;
Peut-être lors de sa vente à Londres, le 26 juin 1828, lot n° 510, sous le titre « La Naissance de Bacchus », acquise par Hull ;
Peut-être Michael Tijou, Londres ;
Probablement lors de sa vente posthume, à Londres, le 13 avril 1836, lot n° 133, acquis par Herrman ;
Giovanni Meggiolaro Antiquités, Montecchio Maggiore, Italie ;
Vente anonyme, Brest, Thierry & Lannon, 22 février 2024, lot 300, attribué à l'École française, XVIIIe siècle ;
Acquis lors de la vente susmentionnée par les propriétaires actuels.
Accompagné d'une étude de François Marandet, datée du 24 juillet 2025.
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