Par Richard Redding Antiques
Pendules et objets d'art d'exception XVIIe-XIXe siècle
Très important et rare mobilier de salon d'époque Empire en bois peint et doré, comprenant un canapé, deux fauteuils et deux chaises, attribué à Pierre-Gaston Brion, chaque pièce marquée des initiales B.E.P. sous une couronne pour la British Embassy Paris, l'une portant l'inscription « Salon » (suivie d'un mot indéchiffrable) ; ensemble provenant d'un mobilier plus important livré vers 1809 pour l'Hôtel Borghèse, résidence parisienne de la princesse Pauline Borghèse (anciennement Hôtel de Charost, aujourd'hui ambassade de Grande-Bretagne à Paris)
Dossier rectangulaire, assise, côtés et manchettes garnis, recouverts d'une soie turquoise et or. Dossier mouluré orné sur la traverse supérieure de rosaces et de rinceaux feuillagés, montants et traverse inférieure à bandeaux cannelés. Canapé et fauteuils à accotoirs droits et allongés, terminés en demi-cercle ornés d'une palmette, sur supports à façade plate ; pieds ornés de chutes de graines, ceux des ...
... chaises d'un décor à l'antique plus sobre. Ceintures décorées de rosaces et de palmettes ; pieds en demi-cercle centrés d'une palmette.
Paris, vers 1809
Il est extrêmement rare de trouver sur le marché un mobilier Empire de cette qualité, la plupart des ensembles comparables étant aujourd'hui conservés dans des collections publiques. Ces cinq sièges peuvent être attribués avec certitude à l'éminent menuisier et sculpteur en bois Pierre-Gaston Brion (1767-1855). Ils appartenaient à un mobilier bien plus important réalisé pour Pauline Borghèse (1780-1825), sœur de Napoléon, et livré vers 1809 à l'Hôtel Borghèse.
En 1814, la princesse vendit sa demeure, avec son mobilier et ses œuvres d'art, au duc de Wellington (1769-1852), ambassadeur britannique en France, agissant pour le compte de son gouvernement. La résidence devint alors l'ambassade de Grande-Bretagne, ce qui explique la marque présente sur chacune de ces pièces.
La marque d'inventaire B.E.P. sous une couronne date de 1831 ou de 1841, ce qui atteste que ces sièges se trouvaient encore à l'ambassade à cette date. En 1814, ils faisaient vraisemblablement partie d'un mobilier de quarante sièges en bois doré garnis de velours vert, alors placés dans l'ancienne Galerie de Tableaux. Une partie fut ensuite transférée dans le Salon Pauline (l'ancienne Chambre à Coucher), où l'on peut encore voir in situ plusieurs sièges attribués à Brion, de modèle identique. Un autre canapé identique, portant les initiales L.B. de Lucien Bonaparte, prince de Canino, est passé en vente chez Christie's Paris le 21 octobre 2013 ; non estampillé comme le nôtre, il fut attribué soit à Jacob-Desmalter, soit à Pierre-Gaston Brion.
Brion réalisa d'autres pièces somptueuses pour l'Hôtel Borghèse, dont un magnifique lit sculpté, doré par Louis-François Chatard, orné de cariatides égyptiennes et de lions couchés, surmonté d'un aigle impérial. Ce lit, aujourd'hui dans le Salon Pauline, fut utilisé par la princesse, puis par le duc de Wellington, de nombreux souverains britanniques et, en avril 1814, par François Ier d'Autriche. L'ambassade conserve également d'autres sièges de Brion ou qui lui sont attribués, dans le Salon Rouge, l'Antichambre et le Salon Vert (reproduits dans Ronfort et Augarde, op. cit., pl. 25, 51 et 62).
Brion obtint cette commande par l'intermédiaire de son ami et voisin Jean-Joseph Andry (1759-1832), tapissier de l'Empereur, responsable d'une grande partie de la décoration de l'Hôtel Borghèse. Brion était alors déjà reconnu comme sculpteur sur bois (terme qu'il préférait à celui de menuisier), mais n'avait encore reçu aucune commande officielle du Garde-Meuble impérial.
Né en 1767 à Lenharrée, dans la Marne, quinzième enfant d'une famille de journaliers, Brion entra en 1780 dans l'atelier de Louis-Alexandre Regnier, qui avait travaillé pour Georges Jacob et Jean-Baptiste-Claude Sené. Son mariage en 1797 avec Adélaïde-Marie-Françoise Desandré lui apporta l'aisance . Dès 1801, Brion travailla comme sculpteur pour l'ébéniste Bernard Molitor. Il collabora aussi avec plusieurs tapissiers, dont Jean-Louis Lejeune, avec lequel il réalisa en 1810 un mobilier pour les petits appartements de l'Empereur à Fontainebleau, et Alexandre Maigret, pour un mobilier qui aurait été offert par Napoléon au sultan de Turquie.
Après un premier refus en 1805, Brion obtint en 1811 sa première commande officielle pour les palais impériaux, comprenant de nombreux canapés, fauteuils, chaises, bergères, tabourets et méridiennes. En 1817, il fut nommé sculpteur sur bois du Garde-Meuble de la Couronne, devançant son rival Jean-Baptiste-Joseph Rode, et livra de nombreux meubles pour les Tuileries, Versailles, Pau et le Louvre. Sa commande la plus prestigieuse fut le lit d'apparat de Charles X en 1824, un lit à la duchesse richement sculpté et doré aux armes de France (musée du Louvre). Retiré à Fère-Champenoise, il y mourut en 1855. Ses œuvres figurent notamment au Louvre, à Versailles, au musée de l'Armée et au Mobilier national.
Belle, volontaire et de réputation sulfureuse, Pauline Bonaparte épousa en 1797 le général Leclerc, mort à Saint-Domingue en 1802, puis en 1803 le prince Camille Borghèse, qui commanda à Canova la célèbre statue la représentant en Vénus victorieuse (Galerie Borghèse, Rome). En novembre 1803, elle acquit l'Hôtel de Charost, rue du Faubourg-Saint-Honoré, construit au début des années 1720 par Antoine Mazin pour Paul-François de Béthune-Charost. Elle n'entreprit son réaménagement que vers 1809, y réunissant des meubles de Brion et de Jacob-Desmalter et des bronzes de Thomire, Héricourt et Feuchère. Partie en 1812 pour Aix-les-Bains, elle rejoignit Napoléon à l'île d'Elbe et vendit l'Hôtel Borghèse et tout son contenu le 24 octobre 1814 au duc de Wellington pour 861 500 francs. Si nombre de ces œuvres sont encore in situ, l'ambassade se sépara de quelques pièces, dont le présent ensemble.
Selon la tradition, ces sièges furent ensuite acquis par le baron Henri de Rothschild (1872-1947) pour sa demeure du Castel Beau Cèdre, à Jouxtens près de Lausanne, où il mourut en 1947. Petit-fils de Nathaniel de Rothschild, propriétaire de Mouton-Rothschild, médecin, auteur dramatique sous le pseudonyme d'André Pascal et philanthrope, il fonda l'hôpital Rothschild de Paris et soutint la recherche sur le radium. Grand collectionneur, il possédait une collection de Chardin réputée la plus belle du monde, ainsi que des œuvres de Boucher et de Fragonard.
Réalisés pour la sœur de Napoléon, conservés à l'ambassade de Grande-Bretagne puis vraisemblablement chez le baron Henri de Rothschild, ces sièges bénéficient ainsi d'une provenance prestigieuse. Leur importance tient aussi au remarquable savoir-faire de Brion, dont témoignent leur qualité, l'élégance de leur dessin et la finesse de leur sculpture.
Livré à la princesse Pauline Borghèse (1780-1825) vers 1809 pour sa résidence parisienne, l’hôtel de Charost (hôtel Borghèse).
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