Par Cristina Ortega & Michel Dermigny
Arts de la Chine et du Japon
Boite en laque de Wajima décoré de deux cailles parmi les herbes d’automne et des millets, par Nishizuka Ch?k? I (1888–1976).
Cette boîte, probablement destinée à ranger des objets pour la cérémonie du thé, associe un travail de maki-e en relief, des incrustations de nacre et, fait beaucoup plus rare, deux cailles traitées en céramique émaillée appliquée. Elle constitue un exemple particulièrement intéressant du renouveau de la laque japonaise au XXe siècle, entre tradition décorative, virtuosité technique et recherche plastique.
Description
Le couvercle présente une composition raffinée de deux cailles évoluant parmi les herbes, probablement du susuki ou du millet, thème classique de l’automne dans les arts décoratifs japonais. L’extérieur est traité nashiji à différentes intensités créant une surface vibrante, presque atmosphérique, qui anime toute la scène. Les herbes se déploient dans un jeu de matières (laque peinte au laque ...
... d’or et laque noire ou gris foncé avec effet de mosaïque) et de rythmes tandis que les oiseaux, modelés en céramique émaillée, apportent à la composition une présence sculpturale peu commune dans la laque de Wajima.
L’intérieur est couvert de larges carrés irréguliers de feuille d’or, produisant un effet fragmenté et précieux, très caractéristique d’un objet conçu comme une pièce de grand décor autant que comme un objet d’usage. L’ensemble est conservé dans son tomobako signé Ch?k? saku.
Nishizuka Ch?k? I (1888–1976)
Nishizuka Ch?k? I, ou Nishizuka Ch?k? (????), est un laqueur actif à Wajima au début et au milieu du XXe siècle. Il appartient à cette génération d’artisans qui prolongent les traditions techniques les plus exigeantes du Wajima-nuri tout en adaptant leur langage décoratif à une sensibilité moderne. Des œuvres signées ?? sont connues sur le marché japonais et occidental, notamment des suzuribako, des objets liés à la cérémonie du thé et des pièces décoratives à sujet naturaliste.
Son travail s’inscrit dans le contexte d’un artisanat de très haut niveau, où la maîtrise du maki-e, des incrustations et des effets de surface reste fondamentale. Chez Nishizuka Ch?k?, cette tradition s’ouvre à une recherche plus plastique, visible dans le relief, la densité des fonds et le goût pour des matières contrastées.
La tradition de la laque de Wajima
La laque de Wajima, produite dans la péninsule de Noto, est l’une des plus réputées du Japon. Le Wajima-nuri se distingue par la complexité de son processus de fabrication, par l’usage de la poudre de terre locale dans les couches préparatoires, et par l’intervention successive de plusieurs spécialistes. Cette exigence technique donne des objets d’une grande solidité et d’une remarquable profondeur de surface.
À partir de la fin du XIXe siècle et surtout durant le XXe siècle, les ateliers de Wajima participent à un mouvement de renouvellement des arts décoratifs japonais. Sans abandonner les sujets traditionnels, ils explorent de nouveaux effets de matière, de relief et d’incrustation, produisant des objets où l’invention formelle devient un élément essentiel.
Entre héritage Rimpa et modernité du XXe siècle
Cette boîte s’inscrit par plusieurs aspects dans l’héritage esthétique de l’école Rinpa. Le goût pour les motifs saisonniers, la valeur donnée aux contrastes entre aplats sombres et surfaces lumineuses, ainsi que le traitement décoratif du végétal renvoient à cette tradition majeure des arts japonais. La composition privilégie l’impact visuel, la stylisation du rythme et la préciosité des matériaux, autant d’éléments qui relèvent d’un esprit profondément décoratif.
Mais cette œuvre ne se réduit pas à une survivance du goût Rimpa. Elle manifeste aussi le renouveau de la laque japonaise au XXe siècle. Le relief marqué, la présence de nacre découpée et surtout l’intégration exceptionnelle de cailles en céramique émaillée montrent une volonté d’expérimentation tout en se réappropriant des techniques anciennes. Cette hybridation rare entre tradition et invention place la boîte dans un moment où l’artisanat japonais cherche à renouveler son vocabulaire sans rompre avec son héritage.
Pourquoi cette boîte est importante
Cette œuvre unique se distingue par la qualité de son exécution, par l’originalité de sa combinaison technique et par la force tactile de son décor. Elle est intéressante à la fois pour l’histoire de la laque japonaise, pour l’étude du Wajima-nuri au XXe siècle, et pour les collectionneurs sensibles aux objets où la tradition décorative japonaise se prolonge dans une forme de modernité silencieuse.
Dimensions : largeur 28 cm ; profondeur 23 cm ; hauteur 15,5 cm.
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