Par Tobogan Antiques
Belle coupe circulaire en faïence, à décor polychrome peint sous glaçure et rehaussé de filets brun manganèse. Le marli et le fond sont ornés d’un riche décor compartimenté d’inspiration historiciste, alternant cartouches rectangulaires et médaillons circulaires. Ces derniers présentent des figures zoomorphes stylisées (lions et chimères affrontés), exécutées en noir sur fond blanc cerclé de bleu turquoise, évoquant un répertoire héraldique et néo-Renaissance.
Le centre est occupé par un large médaillon circulaire polychrome figurant un écu armorié surmonté d’un heaume. Le médaillon central est encadré d’un motif architecturé noir et ocre rappelant le cuir découpé, aux volutes et ressauts marqués, se détachant sur un fond brun-rouge dense couvert d’un décor végétal répétitif à rinceaux et feuillages.
Une large frise circulaire bleu turquoise à rinceaux noirs sépare le décor central du marli. La palette chromatique — bleu ...
... turquoise, noir, brun rouge, ocre et blanc — est caractéristique des productions de la manufacture Jules Vieillard & Cie, qui s’inspire ici des faïences italiennes de la Renaissance et des arts décoratifs hispano-mauresques, réinterprétés dans un langage éclectique propre au XIX? siècle.
La coupe est enchâssée dans une monture en bronze doré ciselé et ajouré, formant une bordure à décor ajouré de rinceaux et d’entrelacs réguliers reposant sur trois pieds à tête de chien finissant par des enroulements.
Cette monture, contemporaine de l’objet, témoigne de la pratique consistant à magnifier les faïences décoratives par des montures en bronze doré, destinées à une présentation de prestige dans un contexte bourgeois ou collectionneur. L’ensemble illustre le haut niveau technique et décoratif atteint par la manufacture bordelaise sous la direction de Jules Vieillard, ainsi que son goût pour les références historiques savantes adaptées aux arts décoratifs de son temps.
Biographie
À Bordeaux, la faïence fine connaît un grand développement au début du XIXe siècle, à partir de la création par Boudon de Saint-Amans d’une manufacture qu’il cède rapidement à David Johnston. Celui-ci ouvre une manufacture à Bacalan qui va avoir jusqu’à 700 ouvriers. La production est alors industrielle, avec des décors imprimés aux motifs et couleurs. Jules Vieillard succède à David Johnston, en 1845, et son action est déterminante dans le succès industriel de la manufacture de Bacalan mais aussi dans la qualité artistique d’une production qui fut unanimement célébrée au moment des célèbres Expositions universelles d’où le nom communément donné à ces faïences de « Vieillard ». Dans sa dernière période, Jules Vieillard développe un exceptionnel orientalisme. En 1865 ses fils, Charles et Albert, prennent sa suite sous la raison sociale de Manufacture Jules Vieillard et Cie, et produisent des motifs très variés avec tout spécialement des fleurs et des oiseaux. Cependant, si les décors imprimés ne sont pas complètement abandonnés, leur qualité laisse à désirer. Ils décident alors de renouveler les formes, s’orientant vers des pièces décoratives désormais à la mode comme les lampes, les cache-pots, ou les vases. Quant aux décors, ils connaissent à leur tour une renaissance, grâce à l’arrivée d’Amédée de Caranza vers 1875, un céramiste venu de Longwy, où il y avait lancé dès 1872 ses fameux « Emaux de Longwy », selon un procédé de décor d’émaux cloisonnés. Ses décors veulent alors surtout évoquer l’éclat des objets persans ou japonisants. Parti chez le concurrent bordelais, Longwy ne garde pas longtemps son exclusivité. Caranza, devenu chef d’atelier à la manufacture Vieillard en 1882, qui connaît un nouvel élan, puis la quitte probablement en 1885. L’usine Vieillard ferme en 1895.