Par Franck Baptiste Paris
Rare harpe à crosse à trente six cordes et sept pédales à simple mouvement.
La caisse de résonance à six pans, la console et la colonne en bois d’érable ondé.
Délicates scènes chinoisantes au vernis martin polychrome sur la console et la crosse.
La table d’harmonie en sapin arbore un décor au vernis martin, de trophées de musique, trophées de guerre, couronnes de lauriers et paysages bucoliques.
Cannelures en bois doré et de rinceaux en vernis martin sur la colonne en érable.
La crosse en bois sculpté et doré en forme d’enroulement d’acanthes est agrémentée de tournesols et de guirlandes de feuilles de chêne.
Signature à l’encre en haut de la table d’harmonie « Renault et Chatelain rue de braque à Paris » et marque au fer « SB Renault & Chatelain à Paris » sur la console.*
Travail parisien de la fin de l’époque Louis XVI vers 1780-1790.
Dimensions :
Hauteur : 160 cm ; Largeur : 69 cm ; profondeur : 43 cm
Modèle au ...
... décor similaire mais sur fond noir par Renault & Chatelain, au musée de la musique de Paris (N°Inv E 1511)
*Sébastien Renault, fonda avec François Chatelain , maître luthier, la firme « Renault et Chatelain » en 1760.
Ils exercèrent à Paris rue de Braque, au / coin de la rue Ste Avoye, sous l'enseigne "À la Renommée" jusqu’en 1792, avant de transmettre l’entreprise qui existait encore en 1811.
Notre avis :
La harpe est un instrument millénaire connu depuis l’antiquités et déja présent à Versailles au début du 18ème siècle.
Mais c’est la jeune Marie-Antoinette qui va remettre l’instrument à la mode lorsqu’elle arrive de Vienne en 1770 avec sa harpe personnelle.
Excellente musicienne elle prend une leçon tous les matins et donne des concerts privés au château.
L’image de la reine jouant de la harpe, telle une vestale dans sa robe de mousseline, dépassera les frontières.
De là va naitre un véritable âge d’or et plus de deux cent magasins de harpes vont coexister à Paris, rivalisant d’imagination pour décorer, sculpter, dorer à la feuille, orner de nacre ou d’ivoire des instruments qui deviennent de véritables œuvres d’art agrémentant tout salon de musique qui se respecte.
Si la reine est une icône de la mode, elle est aussi une grande collectionneuse, notamment d’objet orientaux comme les porcelaines et les laques du Japon.
Son choix se porte sur des laques à fond clairs, conformément à la mode de son époque.
Les facteurs de harpe vont suivre cette évolution en laissant tomber peu à peu les fonds rouge et noir aux profits des fonds clairs .
La table d’harmonie de notre instrument reprend un décor au vernis martin sur un fond en sapin proche de celui la harpe de la reine, qui est conservée au musée de Vendôme.
Quand à la console qui est agrémentée de chinoiseries directement sur un fond d’érable ondé, elle reprend les rares laques japonaises des îles d’Izu qui sont appliquées directement sur un bois clair et ondé.
Cette érudition et cette maitrise de la technique représente la quintessence du vernis martin et signe l’apogée des vernisseurs français qui rivalisent désormais avec les ateliers japonais les plus prestigieux.