Par Galerie Nicolas Lenté
Mobilier, et Objets d'Art de la Haute Epoque au XVIIIe
Le Festin d'Esther avec Aman et Assuérus
Attribué à Denys Calvaert (Anvers, 1540 – Bologne, 1619)
Ecole Italienne du début du XVIIème siècle, vers 1610
Huile sur panneau de peuplier, dimensions: h. 52 cm, l. 67 cm
Cadre italien en bois doré et sculpté d’époque XVIIème siècle
Encadré : h. 76 cm, l. 93 cm
Cette œuvre est vendue avec un certificat d’expertise garantissant son origine, sa date d’exécution et l'attribution à l’artiste.
Notre Festin d’Esther illustre l’un des épisodes les plus célèbres du Livre d’Esther de l’Ancien testament. Plus qu’une simple représentation du récit biblique, l’œuvre apparaît comme une vaste scène de cour où le sujet sacré sert de prétexte à une démonstration de faste, de richesse et d’élégance, caractéristique de la culture aristocratique de la fin du maniérisme.
La scène se déroule dans une vaste salle palatiale dont l’architecture monumentale, scandée par des arcades et des ...
... colonnes, crée un décor majestueux. Dans des arcades prennent place des musiciens jouant de leurs instruments, dont la présence contribue à l’animation de la scène et souligne son caractère cérémoniel. À droite, un imposant rideau vert agit comme un véritable rideau de théâtre, renforçant le caractère spectaculaire de la composition. Cette théâtralisation de l’espace est typique de la culture maniériste dont Denis Calvaert demeure l’un des représentants les plus raffinés à Bologne.
L’artiste organise l’espace autour d’une grande table ronde placée au premier plan, véritable centre visuel de l’œuvre, autour de laquelle s’ordonne une foule dense de courtisans, serviteurs, soldats et enfants.
Le récit biblique se concentre sur les trois personnages assis à la table : la reine Esther, à gauche, vêtue d’une somptueuse robe bleue ornée de bijoux ; le roi Assuérus, placé au centre et reconnaissable à sa couronne ; et Aman, assis à la gauche du souverain, représenté en train de porter à ses lèvres une coupe de vin. Revêtu d’une brillante armure dorée, ce dernier occupe une place de choix au banquet, accentuant l’ironie dramatique de la scène puisque son complot contre le peuple juif est sur le point d’être dévoilé. L’instant représenté semble ainsi correspondre au banquet au cours duquel Esther révèle au roi les intentions criminelles de son favori.
Toutefois, l’attention du peintre ne se limite pas à cet épisode central. Fidèle à son goût pour les narrations riches et multiples, Denis Calvaert multiplie les figures secondaires qui animent la scène et invitent le regard à circuler dans toute la composition.
L’un des aspects les plus remarquables du tableau réside dans cette abondance de personnages. Chaque groupe développe une action particulière : certains courtisans se penchent vers le roi, d’autres échangent discrètement entre eux, tandis que des serviteurs apportent des mets ou présentent des coupes. Cette densité narrative rappelle la tradition flamande dont Calvaert est issu. Né à Anvers avant de faire carrière en Italie, il conserve toute sa vie un goût prononcé pour les détails minutieux et les scènes foisonnantes, perceptible ici dans la variété des attitudes, des expressions et des costumes.
Au centre droit se détache un groupe de soldats dont la présence confère à la scène une dimension officielle et cérémonielle. Un garde en armure occupe une position dominante ; sa silhouette élégante et légèrement allongée, soulignée par un panache spectaculaire et une écharpe rouge, constitue l’un des points forts de la composition. Derrière lui apparaissent d’autres hommes d’armes munis de hallebardes. Leur rôle dépasse la simple fonction narrative : ils servent également à structurer l’espace par leurs verticales et à introduire des effets de matière particulièrement raffinés dans le rendu des armures métalliques.
Cette attention portée aux personnages secondaires est caractéristique de Calvaert, qui accorde souvent autant d’importance aux acteurs périphériques qu’aux protagonistes principaux.
La richesse des costumes contribue largement à l’éclat de l’ensemble. Les étoffes chatoyantes, les broderies précieuses, les manteaux colorés et les accessoires luxueux témoignent du soin apporté à la représentation du monde aristocratique. Les femmes portent des coiffures élégantes ornées de perles ou de bijoux, tandis que les hommes arborent pourpoints, hauts-de-chausses et manteaux aux couleurs vives. La palette conserve une remarquable fraîcheur : les bleus lumineux, les verts intenses, les roses délicats et les rouges éclatants rappellent les harmonies colorées que l’on retrouve dans plusieurs œuvres de Denys Calvaert.
Comme souvent dans la peinture maniériste tardive, le regard est constamment attiré par une série de scènes anecdotiques qui enrichissent le récit principal. Au premier plan, un nain retient un chien tacheté (Dalmatien ?) par une laisse ; l’animal, paisiblement assis devant la table, apporte une note familière et vivante. À droite, un autre enfant nourrit un petit singe, détail pittoresque qui participe au charme narratif de l’œuvre. Ces épisodes secondaires, sans lien direct avec le sujet biblique, témoignent du plaisir de l’artiste à observer et représenter les comportements humains dans toute leur diversité.
Le buffet disposé à droite constitue un autre point d’intérêt. Des serviteurs y manipulent une riche vaisselle d’apparat composée d’aiguières, de coupes et de plats d’orfèvrerie. Ces objets précieux sont rendus avec une minutie remarquable qui rappelle les origines flamandes du peintre. La même attention se retrouve dans la représentation des mets disposés sur la table : volailles, poissons et pièces de service sont traités avec un soin quasi naturaliste, créant de véritables natures mortes intégrées à la scène historique.
Par son élégance, sa richesse narrative et son raffinement décoratif, ce Festin d’Esther s’inscrit pleinement dans l’esthétique de Denis Calvaert et de ses origines flamandes. Plusieurs éléments stylistiques plaident en faveur d’une attribution à Calvaert : les figures aux proportions légèrement allongées, la palette fraîche et lumineuse dominée par des bleus, verts et rouges éclatants, le goût pour les compositions peuplées de nombreux personnages ainsi que l’alliance entre précision flamande et sophistication italienne constituent autant d’arguments qui renforcent la pertinence de cette attribution. L’œuvre séduit ainsi autant par la narration biblique qu’elle illustre que par la vivacité des innombrables détails qui animent cette brillante scène de cour.
Denys Calvaert (Anvers, 1540 – Bologne, 1619)
Denys (ou Denis) Calvaert naît à Anvers vers 1540, dans les Pays-Bas méridionaux, alors l’un des principaux foyers artistiques de tradition flamande. Formé dans cet environnement marqué par le goût du détail minutieux et la richesse de la couleur, il quitte très jeune sa terre natale pou
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