Par Costermans Antiquités
Tableaux anciens du XVIIeme, mobilier et objets d'art des XVIIe, XVIIIe
Elias VAN DEN BROECK (Amsterdam, ca. 1649 — 1708)
Paire de Sottoboschi
ca. 1680-1690
Huile sur panneau, 29 x 21,5 cm
Cette paire de peintures de format vertical, traitées sur un fond sombre et profond, presque nocturne, met en valeur les éléments naturels représentés par un contraste marqué de lumière.
Les deux compositions figurent des scènes de sous-bois, où se déploient des éléments botaniques et entomologiques disposés dans un espace resserré, sans horizon ni paysage identifiable. La végétation est composée de plantes basses, tiges feuillues, fleurs sauvages et champignons, rendus avec un soin précis accordé aux textures et aux détails.
Les papillons occupent une place centrale dans les deux œuvres. Ils sont représentés en vol ou posés, à différentes hauteurs de la composition, leurs ailes déployées montrant des variations chromatiques allant du blanc crème au jaune pâle, à l’orange et au brun, parfois ponctuées de motifs ...
... plus sombres. Leur disposition crée un effet de dispersion verticale et anime visuellement l’espace.
Dans la partie inférieure de l’une des peintures apparaît une grenouille, posée sur un sol sombre et humide, accompagnée de petits êtres tels qu’un escargot et une chenille. Ces créatures sont intégrées au sol et à la végétation, renforçant l’impression d’un milieu naturel dense et clos.
Les fleurs, de tailles modestes, présentent des corolles simples, blanches, jaunes ou orangées, et sont traitées avec des contours souples et une matière lisse. Les feuillages sont peints dans une gamme de verts atténués, parfois bleutés, avec des touches de lumière ciblées.
La lumière, contrôlée et localisée, fait émerger les formes du fond obscur sans source clairement définie. Les éléments semblent flotter ou surgir de l’ombre, contribuant à une atmosphère silencieuse et concentrée. Les deux tableaux présentent une cohérence formelle et chromatique, suggérant une conception pensée comme un ensemble complémentaire.
Elias van den Broeck étudie la peinture à Amsterdam auprès de Cornelis Kick en 1665 et auprès de Jan Davidsz de Heem en 1669 à Utrecht. Il accompagne ce dernier à Anvers en 1673 et devient membre de la guilde de Saint-Luc.
Son œuvre se concentre principalement sur les natures mortes florales et les scènes de sous-bois (sottobosco). Elle répondait à une demande soutenue pour des compositions de bouquets raffinés ainsi que pour des sujets naturalistes extrêmement détaillés, incluant insectes, reptiles, mousses et champignons, souvent représentés comme autant de motifs d’observation minutieux.
Le style d’Elias van den Broeck se distingue par une observation à la fois rigoureuse et minutieuse. Ses bouquets sont structurés, présentent des tiges fermes et un feuillage détaillé. Ses compositions de sous-bois mettent en avant la micro-faune et la flore, avec un réalisme remarquable dans le rendu des textures et des espèces. L’œuvre de van den Broeck se distingue par l’usage prononcé de forts contrastes entre lumière et ombre, qui confèrent à ses compositions profondeur et intensité visuelle.
La paire de tableaux peut être intégrée à la phase amsterdamoise de van den Broeck, alors qu’il s’intéressait davantage aux représentations de sous-bois naturalistes. Fred Meijer propose de les dater de 1680-1690.
Il est fascinant de constater que cette paire de tableaux a été conçue à partir de véritables ailes de papillons, minutieusement collées sur le panneau. Bien que la fragilité des matériaux et les restaurations aient probablement entraîné leur disparition, cette particularité demeure un témoignage exceptionnel de l’inventivité de l’artiste, conférant à ces œuvres une singularité rare et précieuse sur le marché de l’art.