Par Franck Baptiste Provence
Rare cartel à poser en bronze finement ciselé et doré au mercure.
La caisse de forme violoné est agrémentée de rinceaux de fleurs et d’acanthes et en partie basse d’une trophée de musique incluant une cornemuse et deux houlettes de berger.
Le sommet présente un tertre couronné par une figure de Junon enfant accompagnée de son Paon.
Le cadran émaillé blanc indique les heures en chiffres romains et les minutes en chiffres arabes.
Il est signé « Gudin à Paris »*.
Mouvement d’origine, suspension modifiée.
Parfait état de marche, mouvement révisé par notre horloger.
Grande qualité de ciselure et de dorure au mercure.
Travail attribuable au fondeur ciseleur Jean-Joseph de Saint Germain, Paris époque Louis XV vers 1760-1770.
Dimensions:
Hauteur : 53 cm ; Largeur : 32 cm ; Profondeur : 21 cm
Provenance :
-Collection de la banque de France
-Vente Tajan, 17 Juin 2015, lot 173
Modèles similaires :
-Un modèles identique ...
... signé « St Germain » (seul le sujet du sommet diffère) est illustré dans l’ouvrage de Pierre Kjellberg "L’Encyclopédie de la pendule française, du Moyen Âge au XXe siècle" (Paris, Éditions de l’Amateur, 1997), page 112 (Fig A) .
-Un modèle d’applique comportant le même trophée de cornemuse, est conservé au Musée des Arts décoratifs de Paris. (N°inv 4622)
Notre avis :
L’attribution au fondeur ciseleur du roi Jean-Joseph de Saint Germain est corroborée par plusieurs cartels similaires, à poser ou d’appliques, qui portent la marque du maitre.
Chaque modèle de ce type est unique et comporte une variante, comme ici avec jupon enfant qui remplace le couple de colombes ou le jeune indien emplumé visibles sur les autres exemplaires.
La marque « St Germain » frappée lettre à lettre fût apposée durant un cours laps de temps dans le but de protéger les bronzes originaux des copies et des surmoulages.
Cette obligation d’estampiller est promulguée vers 1765 après l’élection de St Germain à la fonction de juré de la Guilde des fondeurs ciseleurs.
Ce dernier en tant que créateur de bronze originaux souhaite protéger son oeuvre mais il ne sera suivi que par une poignée de confrères et cette obligation ne sera appliquée que quelques années.
Toutefois elle a le mérite de nous permettre d’attribuer avec certitude plusieurs modèles au grand maitre.
*Jacques-Jérôme GUDIN, est un horloger parisien reçu mâitre le 12 mai 1762.
Il signa Gudin fils, puis Gudin.
Fils de Jacques et Henriette Lenoir, il se marie à Geneviève-Victoire Marteau.
Il est référencé à Paris, Quai des Orfèvres (1762), puis rue Saint-Honoré (1783) chez J.B.A. Furet.
On retrouve sa signature sur des caisses de Jean Joseph de Saint Germain, des frères Osmond et de François Vion.
Parmi sa clientèle on retrouve le prince de Conti, la princesse de Monaco, ou encore le duc de Choiseul.
*Jean-Joseph de Saint Germain (1719-1791) reçu maitre fondeur en terre et en sable par chef d’oeuvre le 15 Juillet 1748.
Il est un des plus grands bronziers du règne de Louis XV.
En 1765 il devient juré de la guilde des fondeurs-ciseleurs , défendeur acharné des droits d’auteurs , il propose et fait voter l’obligation pour les bronziers de signer leurs ouvrages.
En effet comme il l’indique dans une étiquette publicitaire de son atelier de la rue St Nicolas : il vend « toutes sortes de boetes et garnitures en ormolu » et «fait les dessins et modelles en cire »
Il est le créateur de nombreux modèles à succès comme le cartel aux deux chinois, la pendule aux rhinocéros , à l’éléphant, au taureau …. et donc un des artistes les plus copié de son vivant.
Il intentera de nombreux procès , notamment à son ancien apprenti Jean Goyer qui devenu ébéniste spécialiste en boites de cartel , contrefait ses modèles de bronzes et les fond lui même !
En plus des nombreux bronziers plagiant son oeuvre, ce sont donc aussi des ébénistes qui soucieux de faire des économies, se permettent de fondre eux mêmes leurs propres bronzes, ce qui est en ce 18 ème siècle totalement interdit par les lois du royaume.
Malheureusement pour St Germain l’obligation de marquer les oeuvres sera très peu appliquée , si ce n’est par quelques grands fondeurs, auteurs eux aussi de modèles à succès et victime comme lui du non respect des droits d’auteurs.
La famille Caffieri ou Robert Osmond par exemple se sont attachés à marquer leurs oeuvres.
La majorité des autres membres préférant rester dans l’anonymat , soit pour être libre de fondre les modèles à succès des autres, soit pour des raisons de sous-traitance aux marchands merciers chargés de la revente dans leurs boutiques.
Retrouver le mobilier ou les objets d''art similaires à « Cartel à poser attribuable à St Germain, Paris vers 1760 » présenté par Franck Baptiste Provence, antiquaire à L'isle-sur-La-Sorgue dans la catégorie Cartel Louis XV, Horlogerie.