Par Antiquités Philippe Glédel
Mobilier XVIIIe parisien et régional, dont meubles de port.
A quatre pieds tournés en balustres ponctués de pieds boules et reliés par une entretoise en X chantournée et centrée d'une toupie, elle ouvre par un large tiroir de façade sur une ceinture à tablier chantourné ornementé de trois clochettes et est coiffée d'un plateau octogonal foncé d'une ardoise. L'intégralité du piétement est en noyer massif avec des parties ébonisées tandis que le décor de bois indigènes (noyer alpestre au naturel, noyer ombré, hêtre, charme...), plaqué sur âmes de noyer et de sapin, recouvre la façade du tiroir et les ceintures mais surtout et principalement le plateau animé d'un superbe décor de lions héraldiques et d'une marqueterie "à l'italienne".
On rencontre très rarement ce type de table sur le marché, et elles sont le plus souvent présentées par les plus grandes maisons de ventes où elles atteignent des prix élevés. Elles plaisent en effet à une clientèle des plus exigeantes en raison tout d'abord de leur rareté ...
... mais certainement aussi du fait qu'elles peuvent s'assimiler à une version (certes plus rustique) des rares tables marquetées de l'époque Louis XIV, également bien entendu en raison de leurs origines suisses (et sans oublier que les tables de changeur plaisent aux banquiers...) et enfin du fait que pendant très longtemps, au moins sur le marché français, on les a crues de la main du célèbre ébéniste Thomas Hache.
Cette méprise semble avoir pour origine une vente Aguttes de 1984 où une paire de tables semblables figuraient dans le cadre de la vente du mobilier d'un château du Dauphiné meublé par les Hache (vente dite "de Bosc-Guerard"). Le commissaire-priseur avait cru voir une similarité de piétement avec la table de changeur bien connue de Thomas Hache (modèle alors reproduit dans l'ouvrage de R. Fonvielle et figurant à la suite dans celui de P. Rouge), la marqueterie "à l'italienne" rappelant celle de Hache finissant d'entretenir la confusion. S'il est vrai que les bois sont effectivement alpestres, ils proviennent donc bien plutôt de leurs extrémités septentrionales... mais cependant la méprise fit "boule de neige" et ainsi on retrouvera deux autres tables pareillement attribuées dans une vente Tajan de 1985, puis une table encore dans une vente à Clermont-Ferrand de 1988, table d'ailleurs reproduite dans l'ouvrage de référence que constitue Le mobilier français du XVIIIe siècle de Pierre Kjellberg (dont l'édition date de 2002), au chapitre consacré à Thomas Hache.
Nous ne saurions toutefois complètement réfuter une possible provenance française de cette table du fait de l'existence en Comtat Venaissin de l'atelier d'un ébéniste d'origine suisse du nom d'Isaac Piqueret qui produisit des tables semblables. Voir cet article d'Anticstore sur les tables de changeur et le modèle avignonnais de notre excellent collègue Yannérick Sérignan : https://www.anticstore.com/article/changeur-table
Enfin à noter que notre table n'est pas seulement un rare exemplaire, mais également un superbe modèle parmi toutes les tables grisonnes connues, notamment supérieure par son placage qui couvre les ceintures et qui n'est pas ordinaire sur ce type de table.
Etat : meuble en excellent état de conservation, entièrement d'origine, plateau, tiroir, ceintures, piétement, y compris les quatre pieds boules, l'entretoise et sa toupie. Parfaitement restaurée et cirée, patine superbe.
Suisse, Canton des Grisons, époque fin XVIIe.
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