Par Cristina Ortega & Michel Dermigny
Arts de la Chine et du Japon
Cet ensemble comprend une boîte à documents, ou bunko, et une boîte à écritoire, ou suzuribako, en laque des Ryukyu, ornées d’incrustations de nacre aogai sur fond noir, avec reliefs et surface volontairement texturée, presque terreuse. La technique relève de la tradition Ryukyu, tandis que le répertoire iconographique est directement emprunté au monde lettré chinois. Cette association est rare.
Sur la grande boîte, des femmes jouent du qin dans un jardin, devant un écran chinois, avec un pavillon à l’arrière-plan. Sur la boîte plus petite, des hommes jouent au weiqi, le jeu de go, devant un écran ; le pavillon n’y apparaît pas. Ces deux scènes renvoient à deux des Quatre Arts du lettré, musique et jeu, thème majeur de la culture savante chinoise. Les intérieurs de couvercle sont eux aussi décorés, en laque or légèrement polychrome sur fond noir. Ce soin porté aux faces internes renforce le caractère précieux de l’ensemble et montre qu’il ...
... s’agissait d’objets de haut rang, conçus pour être admirés ouverts autant que fermés.
La nacre aogai est utilisée pour rythmer les feuillages, les fleurs et certains détails du décor. Les reliefs animent la surface et donnent à la scène une présence presque tactile. Cette technique s’inscrit dans la tradition des Ryukyu connue pour son goût marqué pour les incrustations de nacre et pour ses procédés de préparation du fond. Le support recevait des couches préparatoires mêlant notamment du sang de porc à du jinoko, puis à du tonoko. Une fois sec, ce fond devient très adhérent et limite l’écaillage de la laque. L’emploi du deigo, Erythrina variegata, bois local léger, poreux et à grain fin, est également caractéristique des laques de l’archipel.
À l’époque Momoyama, le royaume des Ryukyu occupe une position de relais entre Chine et Japon. Sa production de laque de prestige s’inscrit dans un réseau d’échanges diplomatiques et commerciaux où circulent formes, techniques et modèles iconographiques. Des objets raffinés étaient commandés comme présents de haut niveau ou destinés à des dignitaires japonais. Le choix de sujets empruntés à la culture lettrée chinoise affirme un horizon de distinction, d’éducation et de prestige.
La rareté de cet ensemble tient à plusieurs points réunis : des formes japonaises, une technique Ryukyu très caractérisée, un usage raffiné de l’aogai, et surtout un programme iconographique chinois aussi explicite, développé à l’extérieur comme à l’intérieur des couvercles.
Vers 1600.
Dimensions : bunko env. 39 × 26,5 × h. 10,5 cm ; suzuribako env. 23 × 19 × h. 4 cm.
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