Par Poncelin de Raucourt Fine Arts
Eduardo León Garrido (Madrid, 1856 - 1949, Caen)
Femme endormie en robe rose
Huile sur panneau, signée en bas à droite
39 × 39 cm
Provenance :
Collection particulière, France
Né à Madrid en 1856, Eduardo León Garrido appartient à cette génération de peintres espagnols qui trouvèrent à Paris, dans les dernières décennies du XIXe siècle, un terrain particulièrement fécond. Formé à Madrid avant de poursuivre sa carrière en France, il développe une peinture nourrie de la tradition espagnole autant que des recherches contemporaines sur la lumière et la couleur. Garrido acquiert surtout sa réputation grâce à ses scènes de genre et à ses figures féminines élégantes, dont le raffinement séduisit une clientèle internationale.
Longtemps conservée dans une collection particulière française, cette Femme endormie en robe rose constitue une séduisante redécouverte, révélant une facette particulièrement libre et intime de son art. Loin du fini ...
... précieux et de l'abondance décorative de certaines de ses compositions mondaines, Garrido réduit ici volontairement son sujet à l'essentiel : une jeune femme assoupie, abandonnée dans un fauteuil, saisie dans un instant de complète tranquillité.
Le format carré contribue à l'étonnante modernité de la composition. La figure s'inscrit dans une large diagonale, depuis l'éclat presque blanc de la manche jusqu'au rose orangé de la robe et à la main qui repose au premier plan. Autour d'elle, rien ou presque n'est décrit. L'espace se construit dans une économie de moyens remarquable, grâce à la préparation brune du panneau, largement laissée apparente et transformée en véritable élément pictural.
C'est précisément cette retenue qui donne au tableau toute sa force. Quelques touches épaisses suffisent à faire surgir le blanc froissé de l'étoffe ; quelques accents de rose, de corail et d'ocre construisent la robe ; le visage lui-même naît d'un nombre infime de touches, posées avec une remarquable sûreté. Garrido ne cherche pas à tout définir : il suggère. Les étoffes, les mains et le mobilier apparaissent puis se dissolvent dans la matière brune du fond, comme si l'image se formait sous nos yeux.
Cette exécution rapide n'a pourtant rien d'approximatif. Chaque accent semble placé à l'endroit nécessaire, et la liberté de la touche contraste avec la douceur du sujet. Le visage, légèrement incliné, demeure le point de concentration de la composition : plus précisément observé que le reste de la figure, il donne à cette scène silencieuse une présence presque immédiate. Tout concourt à l'impression d'un moment saisi sur le vif, sans pose ni artifice.
L'œuvre se situe ainsi à la frontière entre l'esquisse et le tableau pleinement accompli. Ce caractère volontairement non fini lui confère une fraîcheur particulière et permet d'apprécier Garrido avant tout comme peintre : sa rapidité de perception, son intelligence de la couleur et sa capacité à faire naître une forme avec très peu de matière. Rarement son économie de moyens aura paru aussi expressive.
Par sa simplicité, son intimité et l'audace de son exécution, cette Femme endormie en robe rose offre ainsi une image particulièrement attachante et étonnamment moderne de l'art d'Eduardo León Garrido.
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