Par Galerie Lamy Chabolle
Mobilier et objet d'art des XVIIIe, XIXe et XXe siècle
Bronze
Japon
Ère Bunka (1804-1818)
11 x 25 x 20 cm
La signature que porte ce groupe de cinq tortues se retrouve au dos du Bodhidharma en bronze du Musée national de Tokyo. On y lit : ???, soit « fondu par Seimin », du nom de Murata Seimin (??, 1761-1837), l’un des statuaires en bronze les plus estimés de la fin de l’ère Edo (1603-1868), célèbre pour son art consommé de la rogata (??), c’est-à-dire de la fonte à cire perdue, et surtout pour ses imitations, d’un naturalisme réputé parfait, de l’anatomie des tortues de terre jeunes et adultes.
La notion d'une sculpture domestique purement décorative, et sans aucune fonction utilitaire, semble être restée à peu près étrangère aux mœurs japonaises jusqu’au bummei-kaika (????), l’ère de l’ouverture vers l’Occident, instaurée dans les premières années du règne de l’empereur Meiji (1867-1912). Aussi, l’œuvre de Seimin, largement antérieure à l’ère Meiji, appartient encore à une ...
... période durant laquelle l’art strictement décoratif de l’okimono(??), c’est-à-dire d'une sculpture décorative posée sur une table ou dans une alcôve dédiée, en est encore à ses balbutiements. La plus grande partie des œuvres de Seimin concerne en effet la sculpture bouddhiste monumentale ou rituelle : ses œuvres les plus notables, outre le Bodhidharma susmentionné, sont le lion en bronze du sanctuaire de Hanazono à Tokyo, les Cinq Cents Rakan du temple Kenchôji à Kamakura ainsi que les Gogusoku du Musée national de Tokyo — cinq ustensiles rituels bouddhistes en bronze, ornés d’animaux mythiques et, naturellement, de tortues.
Les rares bronzes okimono de Seimin ne sont toutefois pas absents des collections publiques. Une tortue en bronze signée Seimin est conservée au British Museum, aux côtés d’un okimono de crabe portant la même signature que le présent groupe de tortues. Une petite tortue, portant comme ici l’inscription « fondu par Seimin » mais aussi « vieillard de 72 ans », est également conservée, parmi quatre bronzes du maître, au Musée Cernuschi à Paris. Un groupe figurant deux tortues en bronze, également signé Seimin et issu des collections d’Heinrich von Siebold, se trouve quant à lui au Weltmuseum de Vienne. Un important groupe, enfin, comptant comme ici cinq tortues, est conservé au Walters Art Museum de Baltimore. Issu des collections de William Walters, il s’agit, et de loin, de l’exemple de bronze signé par Seimin qui soit le plus proche du présent groupe.
La datation, par Lawrence Smith, de la tortue en bronze du British Museum, entre la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle, semble la plus prudente. Il est en effet remarquable que la signature du groupe du Weltmuseum de Vienne précise que le bronze a été exécuté sous l’ère Bunsei (??), soit entre avril 1818 et décembre 1830 ; aussi, la tortue en bronze du Musée Cernuschi, portant, comme il a été dit plus haut, la marque : « vieillard de 72 ans », doit avoir, quant à elle, été exécutée en 1833. Il semble donc que le maître eût tendance à dater lui-même ses bronzes à partir du commencement, en 1818, de la nouvelle ère, et il est par conséquent tout à fait plausible que le bronze du British Museum, comme le présent groupe et celui de Baltimore, précèdent 1818, voire même qu'ils remontent au XVIIIe siècle. Dans la mesure, toutefois, où Seimin ne semble s’être installé à Tokyo — alors nommée Edo — qu’après 1805, et que son activité, avant son installation à Tokyo, est très mal connue, il est préférable, par prudence, de dater ce bronze après son installation à Tokyo et avant le commencement de l’ère Bunsei, soit entre 1805 et 1818, ce qui correspond presque parfaitement à l’ère Bunka (??, 1804-1818).