Par Galerie Gilles Linossier
Travail d’époque Louis XV
Très beau bureau de dame en laque, dit « bureau en pente », d'époque Louis XV attribué à Jacques Dubois, en laque européenne.
Le corps rectangulaire est légèrement galbé et arrondi sur ses quatre faces ; il repose sur une ceinture découpée et de hauts pieds cambrés terminés par des sabots de bronze enveloppant ajouré.
Le plateau, l'abattant et les ceintures antérieure et postérieure sont ornés de figures évoluant dans un parc planté d'architectures et de pavillons ; les deux côtés présentent un arbre habité d'un oiseau, avec bambous et roseaux. Les ocres doré y sont traités en trois registres, mat, bruni, poudré, sur fond noir, avec quelques accents rouges.
L'abattant se rabat pour former la surface d'écriture, garnie de maroquin brun doré au petit fer. Il découvre un vaste compartiment dont la façade s'ordonne en trois tiroirs galbés disposés en enfilade, complétés dans le fond par deux volets coulissants. ...
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L'intérieur est entièrement marqueté de branches fleuries en bois de rose, amarante et bois partiellement teintés, ombrés à la sable chaude.
Le contraste est délibéré : un extérieur sombre, exotique et fermé sur lui-même, qui ne révèle qu'à l'usage un intérieur clair et fleuri. Les garnitures de bronze ciselé et doré , encadrements, chutes, sabots, entrées de serrure, sont abondantes et d'une exécution soignée. La serrure, à trois pênes, est conservée avec sa clé.
Le bureau de pente de dame conservé à Waddesdon Manor, estampillé I. DUBOIS et daté vers 1755, similaire, est lui décrit comme: un extérieur de laque européenne dans lequel sont incrustés cinq panneaux de laque du Japon noir et or, découpés dans un cabinet japonais du XVIIe siècle. Sa notice ajoute que la façade et les côtés portent des reprises de laque européenne destinées à masquer les défauts de la laque d'origine, pratique attestée dès 1752, lorsque le marchand-mercier Lazare Duvaux facture à la marquise de Pompadour la restauration de la laque de deux commodes et l'ajout de reliefs pour en dissimuler les manques.
Ce meuble, très similaire au notre, se définit d'un corps galbé sur ses quatre faces, mêmes hauts pieds cambrés terminés par des sabots de bronze, même extérieur de laque noire et or cerné d'encadrements rocaille, même intérieur clair en placage de bois de rose. Bien que ses proportions soient plus resserrées que les nôtres : 88,5 × 50,8 × 39,4 cm
La notice de Waddesdon signale qu'un exemplaire très voisin fut livré en 1755 à la marquise de Pompadour pour son château de Choisy, avec les mêmes bronzes à motif de soleil sur la façade. Les meubles de Jacques Dubois ont en effet été livrés, par l'entremise des marchands-merciers, à la clientèle la plus élevée du royaume : le présent bureau appartient à cette famille restreinte de petits meubles d'appartement, où le même parti se retrouve d'un exemplaire à l'autre.
Le bureau en pente, que le siècle appelle aussi dos d'âne, appartient à la génération de petits meubles qui accompagne, dans les années 1740-1760, la transformation de l'appartement en une suite de pièces privées. Il est fait pour écrire assis, dans un cabinet ou une chambre, et pour se refermer d'un geste : l'abattant rabattu, la correspondance disparaît. Ses tiroirs en enfilade et ses volets coulissants organisent une intimité que les grands bureaux plats, meubles d'apparat, n'offrent pas.
Aucune femme n'a fait davantage pour ce type de meuble que la marquise de Pompadour, qui commande et fait livrer par Duvaux quantité de pièces en laque pour Bellevue, Choisy et Versailles. Boucher la peint en 1756 accoudée non à un bureau d'apparat mais à une petite table à écrire, encrier et plume posés dessus, papiers glissés en dessous, un livre ouvert sur ses genoux : le portrait d'une femme qui lit et qui écrit, et l'usage exact auquel ce meuble était destiné.
Jacques Dubois est reçu maître le 27 septembre 1742, alors qu'il approche la cinquantaine et travaille depuis longtemps dans le milieu du faubourg Saint-Antoine. Élu juré de la corporation en 1752, la charge qui contrôlait le travail de ses pairs et apposait le poinçon de jurande, il tient rue de Charenton l'un des ateliers parisiens les plus importants de sa génération.
Tout, dans ce bureau, renvoie à son travail : le profil du corps galbé sur ses quatre faces, la découpe de la ceinture et le dessin nerveux des pieds cambrés, l'ordonnance de la marqueterie fleurie de l'intérieur, enfin la richesse et la ciselure des bronzes qui cernent les réserves de laque. Le poinçon de jurande apposé sous la traverse atteste le contrôle de la corporation à laquelle Dubois appartenait au premier rang.
Très beau travail d'époque Louis XV au poinçon de jurande,
collection particulière Suisse
Dimensions : H 83 cm x L 89 cm x P 44 cm
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