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Vierge à l’Enfant dans un paysage - Adrien Dassier
Réf : AT1879
55 000 €
Époque :
XVIIe siècle
Signature :
Adrien Dassier (Flandres ?, vers 1615-1620 – id.,
Materiaux :
Huile sur toile
Dimensions :
L. 106 cm X H. 134 cm
Galerie Michel Descours
Galerie Michel Descours

Peintures et dessins anciens et modernes


+33 (0)4 78 37 34 54
Vierge à l’Enfant dans un paysage - Adrien Dassier

La redécouverte en 2014 de deux importantes peintures religieuses d’Adrien Dassier a permis de prolonger les travaux entrepris par Gilles Chomer dans les années 1980 et 1990 autour de l’œuvre de ce peintre encore mal connu . La galerie Michel Descours révélait alors deux œuvres appartenant à une commande prestigieuse passée à l’artiste par l’abbaye des Bénédictines de la Déserte à Lyon, un Saint Benoît rédigeant le Règle et une Sainte Scholastique accompagnée d’une bénédictine, tous deux conçus comme les volets d’un triptyque, la localisation de l’élément central, une grande Multiplication des pains, restant inconnue. Une Vierge à l’Enfant signée et datée de 1664 vient aujourd’hui étoffer le corpus encore restreint des œuvres de l’artiste. Cette date pose d’emblée la question de sa chronologie, laquelle est encore dominée par de grandes zones d’ombre Lié à l’Europe du Nord par sa formation (il signera longtemps « gallo-belga ») ainsi que par sa femme, fille d’un marchand anversois, Dassier montre une forte attirance pour le classicisme italien, en particulier pour Raphaël, le Cavalier d’Arpin ou le Dominiquin, tout en restant très inspiré par ses aînés Poussin et Philippe de Champaigne. Si on le sait « maître de métier » à Lyon en 1651, rien ne permet en revanche d’établir qu’il ait effectué le voyage en Italie en dehors de ces influences stylistiques.
En 1665, il existe environ quatre-vingt-dix églises à Lyon, dont certaines construites dans la décennie précédente qui n’ont pas achevé leur décor. Outre son travail pour l’abbaye de la Déserte, on connaît au moins deux commandes passées à Dassier par des établissements religieux : le couvent des Carmes déchaussées lui passe contrat en 1666 pour un tableau d’hôtel destiné à sa chapelle des Trois Maries. Un dessin préparatoire très élaboré pour ce tableau perdu, conservé au Metropolitan Museum de New York (ill. 1), offre l’exemple d’une composition inscrivant un groupe dans un paysage, le jeu des drapés, la construction pyramidale et la fontaine architecturée indiquant une maîtrise parfaite du vocabulaire classique. Quelques années plus tard, Dassier concevra un cycle dédié à la vie de la Vierge pour l’église Saint-Nizier, dont seule la Visitation est aujourd’hui connue. Le type physique de la Vierge est significativement proche de celui de notre tableau : long cou, long nez droit, visage rond et plein sourcils arqués, chevelure partagés au milieu, la tête couverte d’un voile. Le jeu des mains, des bras et des regards est également très présent dans ces œuvres comme dans la nôtre, créant des lignes de force cruciformes. Un certain formalisme s’en dégage, un archétype de la figure qui rappelle les multiples variations autour du thème de la Vierge à l’Enfant chez Raphaël. Il faut rappeler que l’un des rares tableaux de Dassier conservés dans un musée, le Songe de Jacob du musée de Lyon, est une citation directe de la peinture de la voûte de la chambre d’Héliodore au Vatican, réalisée par Raphaël vers 1511-1514. Adrien Dassier aurait pu la connaître par gravure, mais il est fort probable que son Jacob soit le résultat d’un voyage effectué peu de temps auparavant en Italie, vraisemblablement dans la décennie 1660. Ce qui nous amène à penser que notre Vierge à l’Enfant aurait pu être peinte lors de ce voyage.
Si Dassier a également pu être sensible à l’influence de Poussin, comme l’atteste son tableau d’Achille parmi les filles de Lycomède, en 1669 (aujourd’hui au musée de Lyon), réplique de l’œuvre de Poussin conservée au musée de Boston, notre Vierge à l’Enfant s’en éloigne pour élaborer un classicisme plus sculptural, proche notamment de l’idée que des statuaires flamands contemporains se font de l’antique depuis que le modèle de leur compatriote François Duquesnoy leur en a montré l’exemple. Grâce à l’éclairage latéral, les formes s’imposent par une volumétrie que le cadrage serré du groupe rend monumental. L’image n’en est pas froide pour autant, l’expression, la couleur et le paysage concourant à rendre sensible cette représentation de l’amour maternel. L’éclat des drapés bleu, rouge et blanc met en valeur les carnations, tandis que la lumière déclinante qui éclaire le paysage à l’arrière-plan contribue à lui donné une tonalité mélancolique. La douceur du visage de la Vierge s’accorde avec son geste d’attraper délicatement avec deux doigts le pied gauche du Christ : cette figure enveloppante, protectrice, vient apaiser les peurs prémonitoires de l’Enfant. Il s’agit assurément de l’œuvre d’un peinte accompli, sachant jouer avec habileté de ses influences pour en offrir une puissante synthèse. À voir comment les œuvres récemment découvertes de Dassier s’imposent avec autorité, on ne peut qu’espérer que son corpus continuera de s’étoffer avec le temps, laissant apparaître un peintre lyonnais majeur.

Galerie Michel Descours

Tableaux XVIIe siècle