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Tabernacle Renaissance - Italie centrale, deuxième moitié du XV siècle
Tabernacle Renaissance - Italie centrale, deuxième moitié du XV siècle - Art sacré, objets religieux Style Renaissance Tabernacle Renaissance - Italie centrale, deuxième moitié du XV siècle - Dei Bardi Art
Réf : 92759
18 000 €
Époque :
XIe au XVe siècle
Provenance :
Italie, probablement Toscane
Materiaux :
Pierre marbrière
Dimensions :
l. 42 cm X H. 73 cm X P. 9 cm
Art sacré, objets religieux  - Tabernacle Renaissance - Italie centrale, deuxième moitié du XV siècle XIe au XVe siècle - Tabernacle Renaissance - Italie centrale, deuxième moitié du XV siècle
Dei Bardi Art
Dei Bardi Art

Sculptures et objets d'art Haute Epoque et Renaissance


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Tabernacle Renaissance - Italie centrale, deuxième moitié du XV siècle

Beau tabernacle en forme de façade antiquisante d’un seul grand niveau, couronnée d’un fronton à volutes.
Le relief arbore un axe de symétrie vertical pour créer un espace empreint de sobriété classique : l’arcade flanqué de pilastres évoque les arcs de triomphe romains ; la présence des chapiteaux ioniques à décor de feuilles d’acanthes est une citation directe de l’architecture romaine ;les deux volutes au sommet s’inspirent des motifs empruntés de l’antiquité.
Un tympan semi-circulaire orné d’une coquille couronné par un arc gravé de l’inscription « Panis Vitae celestis » (« le pain de la vie céleste ») rompt la monotonie de la ligne droite et marque nettement la place de la porte qui conservait l’hostie.
La coquille était dans l’art romaine, symbole de vie et résurrection. Ce symbolisme lié à la naissance et à la régénération est constamment repris dans l’iconographie évangélique.
Deux colonnes bicolores gravés ...

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... encadrent l’ouverture centrale et abritent des décorations qui exaltent la fonction liturgique de l’œuvre : le calice avec l’hostie est un claire référence au rite de la communion et au corpus christi qui était conservé dans le tabernacle ; dans le côté opposé la symbolique chrétienne se manifeste sous forme antiquisante : le navire représente l’Église même ; les dauphins, ici représentés en forme de grotesques alliant éléments hétérogènes du monde animalier et végétale, font parties des symboles identifiés à Jésus par les premiers chrétiens ; le navire et le dauphin forment la décoration d’un chandelier, répété en plus petite échelle sur la colonne opposée, symbole de lumière spirituelle, et efficace résumé du programme iconographique de l’œuvre ; le pied sur lequel s’appuie le navire est en forme de vase à deux anses d’inspiration antique; la structure même du candélabre est fantaisiste, composé de la somme d’éléments dont la valeur décorative des motifs empruntés à l’antiquité est subordonnée au symbolisme chrétien.
Comme le disait Alberti dans son livre de re aedificatoria, « cela ne signifie pas une paganisation du christianisme mais une christianisation de l’Antiquité païenne ».
Sur l’appui apparait un pavement parallélépipédique à décor géométrique en perspective : plus notre œil s’éloigne, plus les motifs décoratifs du sol se réduisent et plus leurs formes trapézoïdales s’intensifie.
La conception d’une vue d’architecture en perspective nécessitait une grande maitrise de la technique et du matériau. Soumis à l'ascétisme d'une technique dépourvue de la profusion des moyens expressifs de la peinture à l'huile, c'est grâce à l'art de la perspective que l'artiste parvient malgré tout à faire apparaître une profondeur dans une surface radicalement plate.

Le contraste chromatique entre la pierre claire et les parties réalisés en stuc noir anime le relief et s’insère parfaitement dans le contexte esthétique toscane du XV siècle. Le bicromismo exalte l’harmonie géométrique des façades en accord aux règles de Vitruvio et s’inspire des incrustations en marbre qui recouvraient des nombreuses architectures romaines. Le contraste rendait aussi le relief facilement lisible de loin et attirait l’attention des fidèles sur la communion, moment centrale du rite chrétien ; ce jeu chromatique assure donc aussi le rôle pédagogique qui était réservé à l’œuvre d’art.
La technique utilisée pour le décor est celle de la « tarsia » ou à incrustation qui consiste à creuser la pierre pour y incruster des morceaux d’une autre matière et embellir la surface de l’œuvre. Dès l’époque byzantine, les Grecs avaient essayé de décorer les surfaces planes, verticales ou horizontales de leurs monuments, au moyen d’incrustations de marbre de mastics colorés dans les plaques de marbre blanc ou de pierre calcaire (Viollet le Duc, Dictionnaire raisonné de l’architecture française du Xi au XIV siècle, V, Paris, 1861, p. 10). Cette technique non jointive fut utilisée surtout par les maitres ébénistes et représenta à la Renaissance l’une des manifestations essentielles de l’évolution du gout ainsi qu’un moyen privilégié pour appliquer les lois de perspective récemment découvertes.
Le seuil de notre tabernacle, combine des figures rectangulaires, circulaires et ovales dont le contraste des couleurs accentue la fuite en perspective.
Comme l’a montré André Chastel : " l’expansion de l’intarsio n’est pas seulement un épisode du décor intérieur ; la nouvelle technique se situe au carrefour de tous les arts. La marqueterie semble avoir précédé la peinture ; elle est enfin, par l’administration systématique des formes géométriques et des mises en perspective, étroitement liée au thème de la « vue d’architecture ». Il est permis d’y reconnaitre un phénomène central de la période ».
Dans l’architecture toscane cette technique était très répandue au XIV et au XV siècle et nous en conservons encore des témoignages importants comme le sol du Duomo di Siena, le baptistère de Florence, l’église de San Miniato al Monte.
La méthode utilisée pour réaliser notre tabernacle est la même utilisée pour le pavement de San Miniato aussi appelé technique « a risparmio » en contraposition à la technique « a campitura »: la pierre est gravée et les espace laissés vides par la décoration à entaille sont remplies d’une pâte utilisée souvent aussi en orfèvrerie : le niello. Cette pâte noire, en contraste avec le blanc du marbre, permettait de créer un jeu de clair-obscur qui mettait en évidence le dessin de la décoration et accentuait le rendu en perspective.
Notre tabernacle présente une technique « a risparmio » car la pâte noire rempli les parties creuses de la sculpture, les figures sont donc foncés ; dans la technique « a campitura » la pâte était distribué sur toute la surface et seulement après on procédait à l’incision des figures qui étaient alors plus claires que le fond. La composition de la pâte noire utilisé pour le remplissage variait dans les différents régions et époques ; dans notre tabernacle la pâte utilisée est composée d’un mélange de colle, stuc et pigment.
Ce tabernacle au décor sophistiqué rappelle immédiatement cette fascination pour l’antique propre à la Renaissance . La sensibilité retrouvée envers les formes du passé, non seulement de l’architecture romaine, mais aussi du roman paléochrétien et florentin, la renaissance des ordres classiques, l’utilisation de formes géométriques élémentaires pour la définition des plans, la recherche d’articulations orthogonales et symétriques, ainsi que l’harmonie recherché entre esthétique antique et iconographie chrétienne permettent de mettre en scène l’idée d’équilibre et perfection comme valeurs absolus et bien reflètent le gout raffiné propre à la Renaissance. Ainsi notre tabernacle est sous plusieurs points de vue, un rare témoignage de son époque.

Dei Bardi Art

Art sacré, objets religieux