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Zoran Music (1909 - 2005 ) Suite byzantine, 1960
Réf : AT1238
45 000 €
Époque :
XXe siècle
Signature :
Zoran Music (Bukovica, Slovénie, 1909 – Venise, 20
Provenance :
Paris, Galerie de France; Italie, collection particulière
Materiaux :
Huile sur toile
Dimensions :
L. 65 cm X H. 81 cm
Galerie Michel Descours
Galerie Michel Descours

Peintures et dessins anciens et modernes


+33 (0)4 78 37 34 54
Zoran Music (1909 - 2005 ) Suite byzantine, 1960

Les dessins réalisés par Zoran Music dans le camp de Dachau, où il fut enfermé pendant quelques mois de l’automne 1944 à avril 1945, sont l’un des témoignages les plus intenses et les plus bouleversants des horreurs et exactions concentrationnaires. Contraint, dans l’exercice de son crayon, par les conditions précaires et rudimentaires, Music a mis au point un procédé rigoureux d’enregistrement graphique des massacres massifs auxquels il a assisté et auxquels il a eu la chance de pouvoir réchapper. Les visions des entassements de corps squelettiques ou des cadavres désarticulés ont eu des retentissements durables et profonds dans son esprit et ont largement déterminé sa perception et son rapport au monde pendant toute la seconde moitié du XXe siècle. La précision et l’exactitude des représentations produisent des effets de réel saisissants, en partie redevables à l’art de Goya découvert à Madrid en 1935, des effets qui permettent aux souvenirs de ne pas se désagréger et, au contraire, de préserver dans la mémoire ces atrocités à la limite de l’énonçable.
Zoran Music est un artiste marqué par la culture de la Mitteleuropa. Cette construction intellectuelle, forgée autour du pouvoir austro-hongrois d’avant la Première Guerre mondiale, théorisée, analysée et explicitée par l’essayiste et romancier Claudio Magris, a été un creuset littéraire et artistique exceptionnel. Selon l’auteur du célèbre Danube, cette région « a été, au-delà de la différence des nationalités et des langues, le magnifique et mélancolique laboratoire du malaise de la civilisation ». Fortement marqué par le plurilinguisme, né en 1909 à quelques kilomètres de Trieste, puis formé aux Beaux-Arts de Zagreb, l’artiste slovène restera très attaché à la région de Venise tout en effectuant de longs séjours parisiens pour se tenir proche du milieu artistique européen le plus dynamique dans les années 1950. Entre 1956 et 1958, Music côtoie des artistes de l’école de Paris happés par la vague non figurative en vogue à cette période et qui devient une sorte de passage imposé aux artistes émergents. Il participe à de nombreuses expositions personnelles ou de groupes (souvent en galerie) ainsi qu’à plusieurs expositions internationales telles que la première Documenta de Kassel (1955) ou le Salon des Réalités nouvelles (1958) qui rassemble les multiples tendances de la peinture abstraite. C’est sans doute à la suite d’un séjour en Dalmatie en 1956, au contact de paysages spectaculaires aux propriétés géologiques et végétales très particulières, que Zoran Music entame un travail moins attaché au motif, plus allusif, davantage animé par des enjeux plastiques…
C’est dans ce contexte qu’il convient de replacer notre peinture datée de 1960 et qui fait partie d’une série d’œuvres de format moyen intitulée Suite byzantine. Il s’agit de l’aboutissement du projet sur les « terres » qu’il a entamé trois ans auparavant et au cours duquel il a constitué trois principaux ensembles : les « terres dalmates », les « terres d’Istrie » ou les « terres adriatiques » (exposées à la Galerie de France en 1958). La voie par laquelle il accède à l’abstraction n’est donc ni gestuelle ni théorique ou intellectuelle, mais sans doute plus intuitive et sensible. Nous observons une mise à distance et une interprétation du rapport physique à un espace géologique. La matrice de ces « paysages » est le plateau calcaire du Carso (Kras en slovène, Cjars en frioulan ou Karst en allemand) qui traverse les provinces de Gorizia et de Trieste et s’étend sur trois pays (du nord-est de l’Italie jusqu’au nord-ouest de la Croatie en passant par un morceau de la Slovénie). Certaines parties sont quasi désertiques, extrêmement dépouillées, minérales, ponctuées parfois d’oasis de terre rouge où des buissons noirs marquent plus fortement le territoire. Dans un entretien radiophonique avec Georges Charbonnier, Music décrivait ces paysages en fort contraste par rapport à la plaine vénitienne : « tacheté jusqu’à l’horizon par des buissons de ronces, parfois noirs, parfois rouges, ce paysage est animé de buissons vivants, taches noires que forment les paysannes qui cheminent au côté de leurs ânes chargés de fagots ». Particulièrement subtile sur le plan chromatique – les tons de rouges et d’oranges diffusés sur la toile vibrent avec des bleus et des mauves plus localisés –, notre composition fait sans doute partie des expérimentations les plus poussées sur le plan plastique au sein de l’oeuvre de Music. La périphérie de la toile est traitée en réserve de manière aléatoire. Plus tard, il jugera assez sévèrement ces tentatives non figuratives et déclare : « J’ai essayé à ma façon de faire de la peinture abstraite. Et dans cette tentative, j’ai perdu complètement ma vérité personnelle. » Le titre de notre peinture, Suite byzantine, n’est pas sans rappeler l’intérêt de l’artiste pour les mosaïques byzantines et en particulier pour l’intensité de certains reflets qui métamorphosent le regard et transportent le regardeur.

Galerie Michel Descours

Tableaux du XXe siècle