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Pierre Reymond ou son atelier - Médaillon émail peint, Limoges milieu du XVIe
Pierre Reymond ou son atelier - Médaillon émail peint, Limoges milieu du XVIe - Objets de Vitrine Style Renaissance
Réf : 78708
7 000 €
Époque :
<= XVIe siècle
Provenance :
France, Limoges
Materiaux :
Email peint sur cuivre
Dimensions :
Ø 10 cm
Objets de Vitrine  - Pierre Reymond ou son atelier - Médaillon émail peint, Limoges milieu du XVIe
Galerie Sismann
Galerie Sismann

Sculpture européenne 1000 - 1800


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Pierre Reymond ou son atelier - Médaillon émail peint, Limoges milieu du XVIe

Ce médaillon représentant la flagellation du Christ a été réalisé selon la technique de l’émail peint sur cuivre. Développé depuis l’Antiquité, l’art de l’émaillerie consiste à fixer de la poudre d'émail sur un support de métal (or, argent, bronze, cuivre) par de courtes cuissons successives, de l'ordre de 800°C. Ces cuissons successives sont imposées par le fait que toutes les couleurs ne cuisent pas aux mêmes températures.
La poudre d’émail se compose d’un pigment à base d’oxyde métallique mêlé à un fondant, la silice, qui assure la vitrification de la couleur lors de la cuisson. La technique de l’émail peint consiste à ajouter à cette poudre un liant afin d’obtenir un mélange pâteux pouvant être déposé à la spatule ou au pinceau sur une plaque de cuivre. Cette dernière sert de support au décor. Elle est d'abord recouverte de fondant (émail translucide) sur ses deux faces et subit une première cuisson : l’envers est ainsi ...

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... solidifié et protégé des attaques du temps (c’est ce que l’on appelle le contre-émail) et l’endroit préparé à recevoir le décor. Ce dernier s’obtient ensuite par la superposition de nombreuses couches d’émail coloré, déposé à la spatule, qu’un nombre identique de cuissons permet de fixer. Des couleurs vitrifiables, broyées suffisamment fines pour être maniées au pinceau, permettent de rehausser certains détails.

Cette technique complexe qui apparaît à Limoge à la fin du XVe siècle, signe la renaissance des ateliers d’émaillerie limougeauds après un siècle de torpeur. Parmi ses plus fervents représentants, il convient de citer Léonard Limosin, le Maître du Triptyque de Louis XII, ou encore Pierre Reymond, à qui nous proposons d’attribuer notre médaillon.

En effet, par de nombreux aspects, notre émail se présente comme l’oeuvre d’un maître confirmé. Ce dernier fait ici la pleine démonstration de son originalité et de son talent en réinterprétant les célèbres modèles gravés de Dürer dans l’idée de créer une composition tout à fait unique, chose rare dans le domaine de l’émaillerie où sérialité et économie de temps sont de rigueurs. On retrouve ainsi sur notre émail le cadre spatiale de la Flagellation de la Petite Passion (1): la scène se déroule dans un espace architecturé qui s’ouvre par un arc en plein cintre, à dextre, sur les murailles à créneaux de la ville devant lesquelles campent deux personnages vêtus et coiffés à l’orientale. La position du bourreau de face ainsi que la corde tenue dans la main gauche de celui de dos, sont quant à elles reprisent de la Flagellation de sa Passion sur Cuivre (2). En revanche, de façon toute à fait exceptionnelle, la position du Christ ainsi que celle de son second bourreau se détachent audacieusement des versions gravées de Dürer. Elles se rapprochent alors davantage de celles qu’adoptent ces personnages dans une version de la Flagellation gravée par Mantegna (3), ou encore sur l'originale Flagellation émaillée du célèbre Retable de la Passion, réalisé par Pierre Reymond pour l’oratoire du Château d’Ecouen (4).
A cette originalité de composition répond une maîtrise parfaite du chromatisme, faisant usage d’une palette sombre rehaussée habillement par endroits de couleurs fondues (bleu, vert, couleur des carnations). Cet emploi de la technique de la grisaille légèrement teintée est emblématique des premières productions de Pierre Reymond. On la retrouve par exemple sur les trois plaques émaillées par le maître représentant saint Jean-Baptiste, saint François et saint Jérôme, aujourd’hui conservées au musée des Arts Décoratifs de Paris (5), ou encore sur un médaillon du Musée du Louvre attribué à l’artiste, représentant le Portement de Croix (6). L’équilibre et la vivacité des figures peintes sur notre émail sont également caractéristiques des productions de Pierre Reymond et de son atelier. En atteste le rapprochement de notre médaillon avec une Pax aujourd’hui conservée à la Wallace Collection (7). Sur cette Pieta, Marie soutient un Christ à la physionomie extrêmement proche de celle du notre. Dans un tracé plus fondu, on y retrouve une anatomie similaire, le même visage, la même façon de représenter la chevelure, lisse à la racine qui se détache dans sa chute en mèches ondulées aériennes.
Tous ces rapprochements nous invitent à dater l’émail de la Flagellation au milieu du XVIe siècle. Cette datation se voit confirmer par l’analyse du contre-émail au revers. Fait d’un fondant transparent, lisse et fin laissant apparaître la plaque de cuivre, il atteste de l’authenticité de cette pièce et de sa réalisation entre 1530 et la fin XVIe siècle, dates à laquelle le contre-émail change de composition et d’apparence.
A l’origine, selon l’usage alors en vigueur, notre médaillon devait s'insérer dans une composition émaillée de grande envergure, de type retable par exemple. Les médaillons des quatre évangélistes aux angles du Retable de la Passion, préalablement cité, témoignent de cette pratique. Ainsi, il y a fort à penser que notre émail était à l’origine associé à d’autres médaillons représentant des épisodes de la Passion du Christ, qui ensembles encadraient une Crucifixion ou une Résurrection.

(1)Albrecht Dürer, La Petite Passion : La Flagellation du Christ, gravure, 1511, Londres, British Museum
(2)Albrecht Dürer, La Passion sur Cuivre : La Flagellation du Christ, gravure, 1512, Paris, Petit Palais, Musées des Beaux-Arts de la ville de Paris
(3)Mantegna ou Ecole de Mantegna, La Flagellation au pavement, gravure, XVe siècle, Paris, BNF
(4)Pierre Reymond, Retable de la Passion, émail peint, Limoges, v.1551, Ecouen, Musée National de la Renaissance
(5)Pierre Reymond, Baisers de Paix : Saint Jean-Baptiste, saint François et saint Jérôme, émail peint, Limoges, v. 1550, Paris, Musée des Arts-Décoratifs, GR10, GR 9 et PE 434.
(6)Att. à Pierre Reymond, Médaillon : Le Portement de Croix, émail peint, Limoges, milieu du XVIe siècle, Paris, Musée du Louvre, OA 981
(7)Atelier de Pierre Reymond, Baiser de Paix : Pietà, émail peint, Limoges, milieu du XVIe siècle, Londres, Wallace Collection, Inv. C582.

Bibliographie / Literature :
Higgott, S., The Wallace Collection Catalogue of Glass and Limoges Painted Enamels, London: The Trustees of The Wallace Collection, 2011, pp. 249-251, cat. no. 70
Baratte S., Les émaux peints de Limoges, Paris, RMN, 2000.

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